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Le frère du président Ouattara ministre de la défense

La nomination de Téné Birahima Ouattara au poste hautement stratégique de ministre d’État, ministre de la défense, a suscité quelques grincements de dents.
  1. Au sein de la propre famille politique du président de la république, même si par respect pour le chef l’on ne le crie pas haut, ça se murmure que tant qu’il était ministre des affaires présidentielles, cela ne gênait pas trop, mais N°4 du régime après le Premier ministre et la ministre des affaires étrangères, certains vivent cette nomination comme une couleuvre. Pour les opposants, cette promotion du frère cadet du président de la république relève du népotisme. 

    Dans ma position d’analyste, je me dois d’aborder les sujets sans passion et, surtout, en faisant appel à des faits qui nous conduiront à une meilleure compréhension de la problématique posée.

    En nommant son frère dans le gouvernement, le président Ouattara ne viole aucune législation de son pays. Constitutionnellement, la nomination des ministres en Côte d’Ivoire relève des prérogatives du président de la république. Il n’est tenu de respecter aucun critère dans son choix, et la loi ne lui impose aucune restriction.

    Ce qui devrait intéresser les Ivoiriens, c’est la capacité des personnalités désignées à bien gérer les départements qui leur sont confiés. Et sur ce terrain-là, j’ai découvert par différentes sources que M. Téné Ouattara n’est pas un nouveau venu dans le domaine dont il a désormais la charge. Mes investigations me permettent d’affirmer que depuis une décennie, au poste de ministre des affaires présidentielles, Téné Birahima Ouattara s’occupait également des questions de renseignements, de sécurité et de défense. Il siégeait d’ailleurs au Conseil National de Sécurité. Je me suis entretenu avec plusieurs hauts cadre de la présidence de la république et même de l’administration ivoirienne et tous sont unanimes : "photocopie", comme on l’appelle, est un homme de grande compétence.

    En réalité, à l’analyse, ce que beaucoup voient comme une promotion est même plutôt une forme de rétrogradation pour le frère du président, qui perd en influence. Au poste de ministre des affaires présidentielles, il était au cœur même du pouvoir et rencontrait le président de la république au moins une fois par jour. Il était en effet au courant de tout, et était consulté parfois sur pratiquement tous les sujets sensibles, ce qui ne sera sûrement plus le cas, maintenant qu’il a quitté le palais présidentiel où se trouvaient ses bureaux.

    Alors qu’il entame son dernier mandat, il semble qu’Alassane Ouattara a voulu en effet permettre à son frère de démontrer de ce qu’il vaut réellement aux Ivoiriens, plutôt que de rester à l’ombre de son aîné, où son apport et ses qualités n’étaient connus que par un cercle restreint d’initiés. 

    Certains ont, par ailleurs, reproché au président Ouattara la présence, dans le nouveau gouvernement, de deux de ses gendres. Là-aussi, restons sur l’essentiel et ne faisons pas dans l’émotion. Rien n’interdisant juridiquement la nomination de membres de sa famille, je vais donc plutôt m’attarder sur la qualité des concernés. Plusieurs fois Directeur Général de grandes entreprises ivoiriennes et expert en audit au sein de firmes internationales majeures, à l’instar d’Arthur Andersen ou encore de France Télécom, Bruno Nabagné Koné était déjà ministre quand il a entamé une idylle avec une des nièces du président Ouattara, qui a débouché sur un mariage. Celui que l’on présente comme le deuxième gendre ministre est un brillantissime et fortuné avocat. Conseil d’Alassane Ouattara depuis qu’il est dans l’opposition, Me Adama KAMARA a été Conseiller Spécial de plusieurs premiers ministres depuis près de 30 ans. Pour tous ceux qui connaissent cet homme charmant et très discret, c’est moins sa présence dans le gouvernement qui surprend que le temps qu’on a mis à lui confier des responsabilités plus importantes. 

    Même si comparaison n’est pas raison, ce n’est pas la première fois en Côte d’Ivoire que des parents et proches d’une président de la république sont présents dans la haute administration. Sous gbagbo, sa sœur et au moins un de ses genres occupaient des hautes fonctions, officielles ou officieuses. On se souvient comment Stéphane Kipré, époux de l’une des filles du président gbagbo, est devenu multi-milliardaire en un temps record, grâce à son appartenance à la famille présidentielle. Présidente du groupe parlementaire fpi à l’assemblée nationale, l’épouse de laurent gbagbo était la N°2 de facto du régime, mamadou koulibaly n’étant qu’un simple président du parlement par procuration, par pudeur d’avoir l’épouse du président de la république au perchoir. Mes investigations me permettent d’ailleurs d’affirmer aujourd’hui que si les choses ne s’étaient pas passées autrement, laurent gbagbo avait prévu, au terme de ses deux mandats, de se faire succéder par son épouse simone.

    Au Congo Brazzaville, la fille du président Sassou est, aujourd’hui encore, sa directrice de la communication. Un gendre du président Sassou, Hugues Ngouélondélé, a été maire de Brazzaville, puis ministre aujourd'hui. Au Gabon, Ali Bongo fut des années ministre de la défense de son père dans un gouvernement qui comptait également Jean Ping, gendre d’Omar Bongo. Au Togo, avant de succéder à son père, Faure Gnassingbé était ministre. J’entends ceux qui me répondront que ces exemples africains ne sont que des dictateurs, qui ne sauraient constituer des modèles pour le démocrate Ouattara.

    Ailleurs chez ceux qui ont des siècles de pratique démocratique, François Mitterrand avait nommé son fils, Jean-Christophe Mitterrand, au très stratégique poste de Conseiller aux affaires africaines du président de la république, et son successeur, Jacques Chirac, avait sa fille à la non moins capitale fonction de directrice de la communication du président.

    Outre atlantique, le président Kennedy avait son frère Bobby Kennedy comme ministre de la justice dans son gouvernement. Dans l’administration trump, son genre, Jared Kushner, était conseiller à la maison blanche avec rang de ministre. L’épouse de ce dernier, Ivanka Trump, était elle-même conseillère à la présidence de la république.

    Sans aller plus loin, nous pouvons donc affirmer que la pratique est plutôt très répandue, d’autant qu’elle ne viole aucune loi. La Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara n’inaugure donc rien dans ce domaine. Au risque de me répéter, nous devons plutôt interroger la compétence et la valeur intrinsèque des membres de la famille présidentielle nommés à des hautes fonctions publiques. Et si cela nous gêne tant que ça, il serait mieux indiqué que nous militions pour faire adopter des lois qui interdisent la présence des membres de la famille présidentielle au sein de la haute administration. Mais avant, condamner ce qui n’est pas interdit relève de l’émotion, et lorsque l’émotion entre par la porte, la raison s’échappe par la fenêtre.

    Ce qui est vrai, est vrai !

    Par Saïd Penda/ ancien de la  BBC et de l'Union Européenne- Journaliste d'investigation et analyste politique.   

     

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