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Il n'y a pas de Commune-bis!

Aujourd'hui où sort en librairie le volume 2 de mon essai "Les 72 Immortelles" dont la couverture est un portrait de Louise Michel par Eloi Valat, il me faut répondre à de nombreux correspondants qui m'interrogent pour savoir si les "gilets jaunes" ne seraient pas les héritiers des Communeux...
  1. Il faut toujours se méfier des exercices ou des jeux uchroniques car si certains événements ou quelques situations semblent se répéter, il y a des différences essentielles qui apparaissent dans l'analyse comparative.

    Contrairement à une idée reçue, l'histoire n'est pas un perpétuel recommencement !

    Mais si on voulait absolument trouver une référence historique pour le mouvement des "gilets jaunes", il faudrait remonter jusqu'au Moyen Age avec la révolte des Maillotins en 1382 sous le règne de Charles VI où il y eût une révolte contre l'oppression fiscale car pour renflouer ses caisses, la monarchie n'avait pas trouvé d'autre moyen que celui de taxer les denrées de première nécessité...

    Aujourd'hui, le seul point commun existant entre la colère jaune et l'exaspération communaliste de 1871 est le rôle majeur tenu par les femmes  dans le soulèvement populaire et son instillation progressive dans la société.

    Car il y eut effectivement en 1871 une Commune-bis, celle qui s'installa en marge du Conseil de la Commune siégeant à l'Hôtel de Ville, dans les mairies d'arrondissement et dans les quartiers dont la fermentation idéologique, sociale et politique fut constamment alimentée par les Clubs rouges réunissant chaque soir citoyennes et citoyens dans toutes les églises de Paris.

    C'est lors de ces fiévreuses assemblées que furent inventées, discutées et ciselées, toutes les idées novatrices afin de construire enfin cette république sociale, populaire et progressiste qui aurait dû naître de la Commune. 

    Un ordre libertaire, pacifiste, délibérément orienté vers la fraternité universelle.

    Cette Commune-bis dont l'icône incontestable est Louise Michel, a été portée à bout de bras et animée par des dizaines d'héroïnes peu connues qui mériteraient bien une place au Panthéon :

    Elizabeth Dmitrieff, Nathalie Lemel, André Léo, Paule Minck, Anna Jaclard, Victoire Tinayre, etc...

    Elles occupent la place d'honneur dans le coeur des vaincus de 1871 !

    Elles sont donc immortelles.

    NB/ Cela étant, ce pouvoir actuel, parfait héritier du pouvoir versaillais, justifierait un soulèvement communeux.

    "Il est honni car il s'est méthodiquement rendu haïssable. Il paye une facture venue sans doute de trés loin, mais dont il est le parachèvement le plus forcené, par conséquent l'endosseur le plus logique. Il n'a plus pour se cramponner que le choix de la répression sanglante, peut-être même de la dérive militaire. Il ne mérite que de tomber." (Frédéric Lordon)

     

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