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L'indispensable parité citoyenne

Il y a soixante-quinze ans, le général de Gaulle signait une ordonnance accordant enfin le droit de vote aux femmes : cette décision historique permettait à la société française de rattraper un retard considérable de sa vie démocratique puisque cette question de la parité citoyenne, effleurée sous la Révolution française, avait failli être prise en compte par la Commune début mai 1871...
  1. ...car un élu au Conseil de la Commune, Jules Allix, frère du médecin personnel de Victor Hugo, élu du VIIIe arrondissement, voulut proposer début mai 1871, un projet de décret établissant la parité hommes-femmes dans la vie politique de la cité. En voici l'introduction :

    "Deux centres,en mode humain, sont nécessaire, c'est certain...le masculin et le féminin, l'Homme et la Femme...alors pourquoi ne pas rechercher la Réalisation harmonique de ces deux centres ?"*

    Ce texte, qui comportait en outre, l'esquisse d'une réorganisation communale de la citoyenneté , préconisait non seulement l'accès au vote des femmes  mais aussi leur éligibilité à tous les postes de responsabilité civile et militaire.

    Allix bravait ainsi la regrettable misogynie proudhonienne de ses collègues mais il pouvait compter sur l'appui et le soutien déterminés d'un certain nombre d'entre eux, notamment de Benoit Malon, Eugène Varlin, Théophile Ferré et Jules Vallès.

    Il faut savoir que ce féministe de choc avait, dès le début de la révolution communaliste, organisé la création d'ateliers communaux mixtes animés par un Comité des femmes que fréquentèrent Elizabeth Dmitrieff, André Léo et Juliette Drouet...

    Les rapports de police le décrivent comme "un monomane de l'émancipation par les ateliers corporatifs" et un illuminé qui fonde des "associations de bas bleu" dans le but de promouvoir "l'égalité absolue de l'homme et de la femme" !

    Malheureusement, la proposition Allix, qui avait soixante-treize ans d'avance sur l'ordonnance du général de Gaulle, se téléscopa avec la tragédie du Moulin-Saquet, qui fut le prélude de la perte du fort d'Issy, et ne fut pas examinée par le Conseil de la Commune.

    Ainsi l'ignoble guerre civile versaillaise obéra cette conquête féministe majeure qui aurait pu infléchir le parlementarisme vers la paix au siècle suivant...

    Les historiens de la Commune semblent l'avoir considéré comme étant "un esprit dérangé, excessif et bizarre".

    Jules Allix était donc un gêneur, en conclut Bernard Noël dans son excellent "Dictionnaire de la Commune", "c'était peut-être sa seule folie".

    En fait, ce Communeux était un apôtre de la mixité sans rivages.

    * in "Socialisme pratique, la Commune sociale. Ordre du jour de Belleville"

     

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