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C'était moins bien avant

Pour conjurer le mauvais sort qui cherche à démolir mon travail en même temps que la vie d'une centaine de familles, je vous parle de mes travaux au 11 avenue Paul Brard à Conflans Sainte Honorine, où existe la librairie-école. Je pense que même les gens qui n'ont pas d'intérêt pour le technique et le manuel, pour peu qu'il aiment la déco, apprécieront.
  1. Voilà comment se présentait ma belle librairie le 20 octobre 2009, quand j'ai ouvert au public après dix jours de peinture et d'installation de mes présentoirs et éléments de bibliothèques fabriqués pendant l'été. Le masque océanien ou africain, trouvé dans un vide-grenier, monte toujours la garde aujourd'hui. Dans le fond, on distingue une tenture qui sépare " l'arrière-boutique", ainsi que le chauffage électrique ruineux, à air pulsé, en haut à droite, qui sera remplacé un an plus tard par un chauffage au bois, poêle et conduit de fumée. On voit le faux plafond suspendu, en dalles minérales, situé à 2,85 m de hauteur. Au-dessus, un espace mansardé qui autorisera la construction d'une mezzanine, à condition de descendre la hauteur de 50 cm, et de prévoir une petite mezzanine encore plus basse, tout au fond, là où à cause de la pente du toit, la hauteur est la plus faible.

     

  2. Je vais entrer dans une zone d’anniversaires. Le 20 octobre, il y aura dix ans que j’ai ouvert, au 11 avenue Paul Brard à Conflans Sainte Honorine, Les livres d’Okaz, échoppe de bouquiniste qui deviendra très vite la librairie-école. Le 11 septembre, cela fera un an que j’ai écrit ici mon premier billet de blog, pour communiquer sur le projet de la mairie de Conflans de démolir mon travail ainsi que les logements et la vie de centaines d’habitants. Tenus pour rien. Le bâtiment l’Arche, en bon état, pas plus moche que d’autres, de construction audacieuse puisque l’avenue passe en dessous, est sacrifié aux goûts esthétiques douteux du maire, et aux appétits financiers et fonciers, qui eux, ne font pas de doute. L’office HLM est en droit de le détruire, puisqu’il en est le propriétaire : la loi n’interdit pas l’incurie, l’incompétence, le gaspillage ni la gabegie. Par contre, le libéralisme revendique la liberté d’entreprendre, donc de démolir puis de reconstruire. (Si les problèmes sociaux du quartier ne sont pas résolus, ce n’est pas l’affaire du capital.) Mon local à moi nécessitera une expropriation, que je redoute, et qui depuis quatre ans a coupé mon élan, a cassé mon moral. Le soutien scolaire à petit prix, que je propose dans ce quartier populaire, n’a intéressé ni la gauche caviar ni la droite foutriquet. Peut-être même que ça les contrarie : une initiative privée occupe le terrain de la puissance publique. J’ai souvent à expliquer aux gens que je ne suis pas une association ! Quand je me rends compte qu'on peut croire que c'est la mairie qui me paye, j'ai envie d'avaler mon avis de taxe foncière.

    Comme vous le voyez par ailleurs, je pourrais encore changer de nom et me baptiser Vélibrairie-école.

  3. L'hiver 2010, je me suis chauffé au bois ! À la différence de l'hiver 2009 où je m'étais ruineusement caillé les meules grâce à EDF, j'ai eu une douce et chaleureuse chaleur, pour pas un flèche. (Sauf le coût des équipements, environ 1500 €). Et beaucoup de sueur de mon front. Ça été tout juste : j'ai allumé aux alentours du 20 novembre.

    Vous voyez que j'ai placé trois poutres à la bonne hauteur par rapport à la future mezzanine, pour porter le conduit de fumée. La solution par boisseaux de terre cuite gainés est moins onéreuse en matériel mais plus en main d'œuvre. Pas grave, puisque c'est moi qui bosse. Au poêle.

  4. Ensuite, j'ai créé la salle de classe. Une table ronde, les élèves sont ensemble, non pas chacun pour soi. Vous voyez contre le mur le compas géant, fabriqué avec des chutes de bois et d'alu, et des élastiques, avec lequel j'ai tracé le cercle de rayon 0,90 m et de centre X, sur trois plans de travail en hêtre adjacents. Des fois, je fais chercher le petit trou qu'a marqué la pointe (un clou) du compas. Malgré un ponçage tous les ans pour nettoyer, on le voit encore. Le chauffage au bois, lui, il permet d'expliquer plein de choses, en physique et chimie, en SVT, en écologie. Certains enfants sont sidérés d'apprendre qu'il y a un feu à l'intérieur !

  5. En 2013, j'ai démonté le plafond. C'est une structure légère en fer galvanisé et tiges filetées pendant de la charpente métallique qui supporte le toit en bac acier. Elle porte des dalles minérales de 10 mm d’épaisseur, carrées, de 60 cm. J’ai revendu les dalles sur leboncoin, ainsi que le chauffage à air pulsé, qui va être installé dans une église évangélique. C'est le pasteur qui est venu le chercher. J'ai eu droit à une petite prière en ma ferveur faveur.

  6. On voit les poutres IPE du toit, et les panneaux isolants en laine de verre, que j'ai gardés. Après avoir repeint les parties visibles des poutres, je glisserais des lambris de pin.

  7. Tout au fond du bâtiment, la où la hauteur de toit est la plus faible, je fais une mezzanine plus basse : en dessous, dans ce qui va être la cuisine, on a 2 mètres de hauteur de plafond, au lieu de 2,30 ailleurs. Et au dessus, contre le mur du fond, 1,80 m. Le panneau à gauche, c’est le tableau noir que vous avez vu dans la salle de classe.

  8. Le plancher de la petite mezzanine est posé. Cet espace d'environ 12 mètres carrés me sera très utile pour la construction de la grande mezzanine.

  9. Les trois premières poutres qui sont là depuis 2010 reçoivent de la compagnie.

  10. Une poutre IPN de 180 mm de haut et 7,30 m de long est placée au milieu, pour soutenir les demi-bastaings de pin de 150 mm. La mezzanine ne va pas jusqu'au bout du bâtiment, ni à l'arrière, pour cause de petite mezzanine, ni à l'avant : à l'entrée de la librairie-école, il y a 5 mètres avant qu'elle ne commence.

  11. Une fois les deux mezzanines terminées, je réorganise la salle de classe.

  12. Jusqu'à présent, j'ai tout dessiné sur du format A4. C'était simple, et on pouvait adopter une échelle très petite. Mais pour les escaliers, c'est beaucoup plus compliqué. Surtout pour celui qui se trouve côté espace personnel, à l'arrière, et qui tourne. J'ai acheté sur Le coin une table à dessin, sauvée du musée ou de la casse. Ça m'a rappelé l'IUT. J'ai dû acheter trois grands rouleaux de papier pour avoir des plans de deux mètres. Vous voulez pas m'en acheter un ?

  13. Escalier côté rue. Voici le limon, ou la crémaillère, je ne me souviens plus de la différence. Il n'y en a qu'un, les marches seront encastrées dans le mur. Après le traçage, je commence le sciage à la scie circulaire, et le termine à l'égoïne, puisqu'il faut bien sûr que la fin de la coupe soit droite.

  14. Cette structure va soutenir l'escalier et le garde-corps. Les quatre morceaux ont été soudés chez moi (contrat EDF trop bas à la boutique), et apportés sur le toit de la kangoo. C'est du tube carré de 80 mm. Ici, j'ai "présenté" l'ensemble. Après, je vais le déplacer pour pouvoir scier le mur.

  15. Encore la sueur de mon front. Heureusement, ce n'est pas dur : béton cellulaire. (Le procédé de fabrication du parpaing consiste à injecter 80 % d'air dans le béton. Ça donne un matériau léger et isolant.) Je me suis fait engueuler par l'épicier à côté, il avait d'étranges fleurs des trucs qui tremblotaient sur des étagères, écloses pour lui sous des cieux . Parce que ça commence à la scie, mais ça se termine au "couteau" et au marteau.

  16. Tout est prêt pour recevoir marches et contremarches.

  17. La rainure de la marche pour accueillir la contremarche est faite avec une défonceuse. La contre marche est prise dans une tablette en pin lamellé collé de 18 mm d'épaisseur. La marche est prise dans un panneau lamellé-collé de 42 mm d'épaisseur.

  18. C'est au tour de l'escalier côté cour. Le limon en est bien plus complexe, à cause des angles : l'escalier tourne. Il est "balancé". Les marches du haut et du bas ne sont pas perpendiculaires au limon.

  19. Les marches sont sciées.

  20. Les sciages sont tracés sur le mur.

  21. Comme déjà vu, d'abord à la scie, puis au "couteau", sorte de burin très large et très fin.

  22. Le scellement est fait avec du ciment blanc. Quatre doses de sable pour une de ciment.

  23. Sous les panneaux de laine de verre, je glisse du lambris de pin brut de sciage et peint en blanc. C'est très beau, et y avait une promo, c'est très économique !

  24. J'arrête la pose du lambris en arrivant à la mezzanine. Plus besoin d'échafaudage, je continuerai sur la mezzanine. La lisse du garde corps est un lourd fer rectangulaire, posé avec l'aide de deux jeunes du coin.  La seule chose que je n'ai pas pu faire tout seul.

  25. Nouveau réagencement de la salle de classe, dû à l'existence de l'escalier côté cour.

  26. La structure porteuse des garde-corps et de l'escalier est peinte. Les garde-corps sont posés

  27. Le cheval commence à sentir l'écurie (non, non, pas à cause de la sueur de son front). Dans la salle de classe informatique, une grande table en U faite avec des plans de travail en hêtre accueillera 12 élèves avec leur ordinateur.

  28. Box, alimentation, se trouvent sous ces tablettes triangulaires qui se trouvent entre les tables.

  29. Pour ce garde-corps, j'ai opté pour une solution mixte, fer plat de 50 x 5 et pin massif de 27 mm.

  30. Et un petit placard pour les outils, en récupérant un espace perdu sous l'escalier.

  31. Inspection des travaux (presque) finis.

  32. Mon escalier social.

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