Portfolio

Estampas de la Revolucion Espanola 19 julio de 1936

L'effervescence française actuelle me fait penser aux évènements de 1936 en Espagne. Un état Républicain puceau confronté à une double sédition : les phalanges et les anarchistes. Attention ! L'Espagne en a pris pour quarante ans de franquisme. Rétrospection wikipédienne avec la patte de Sim (José Luis Rey Vila). Voyage au vingtième siècle.
  1. Quant on est bouquiniste, on a des livres, et on les garde un certain temps. Celui que je partage aujourd'hui ne va pas me rester longtemps : c'est un témoignage, poétique, historique, stylistique : il raconte une épopée ; il raconte des événements ; il raconte une propagande. C'est donc fort intéressant ! C'est un cahier spirale intitulé Estampas de la Revolucion Espanola 19 julio de 1936, du peintre José Luis Rey Vila qui signe Sim XXXVI ou XXXVII (peut-être pour éviter les représailles à sa famille). 

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Soulèvement_nationaliste_des_17_et_18_juillet_1936_en_Espagne

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Révolution_sociale_espagnole_de_1936

    Voici  son intégralité. On y sent l'influence de l'art engagé de la propagande internationale communiste. C'est parfois un peu naïf. Les ficelles sont grosses, y compris dans les légendes. Mais il y a une individualité, une patte. Enfin bref,  j'aime bien  ! La faucille y est un poil Van Goghienne quand-même. Et il n'y a pas de marteau. Mais beaucoup d'armes. L'introduction et les légendes sont en espagnol, en français et en anglais. La traduction en français a aussi son charme. Désolé, je n'ai mis que le français !

    PORTIQUE

    La Révolution a des couleurs aussi
    Tout en elle n'est pas lutte à mort, guerre à outrance, sang, douleur. Il y a aussi de la gaîté, des visages souriants, de la vie, de la jeunesse. L’édifice de notre Révolution hispanique se bâtit avec de la joie et de la jeunesse. C'est pour celà qu'elle triomphe. Cette joie, ce ton juvénile, l'enthousiasme qui les vivifie ont été saisis par la rétine d'un grand artiste. Quand l'art se mue en interprète de l’émotion populaire, l’art se spiritualise. Il se convertit en barde magnifique des gestes héroïques du peuple. Il devient esprit et chair tout à la fois. C'est ce qui se produit ici. Cet album est l'essence artistique pure d'un grandiose mouvement de masses. Mouvement émancipateur d'une classe et dignificateur d'une espèce dans lequel se réunissent l'héroïsme, la générosité et les idéals libertaires d'une race. Un artiste, fils du peuple, en a su capter les émotivités les plus profondes. Pages d'amour, de haine, de solidarité, de sang, d'agilité et de mouvement, de mort et de vie, rythmes d'harmonie solennelle coupée par la lueur d'un coup de feu, qui est une flamme de liberté dans cette heure tragique. Et les Bureaux de Propagande de la CONFÉDÉRATION NATIONALE DU TRAVAIL et de la FÉDÉRATION ANARCHISTE IBÉRIQUE, avec le fervent désir de faire connaître au monde la grande épopée du prolétariat ibérique, a édité cette gerbe de scènes et de situations de la Révolution Espagnole évènement qui a ouvert à un pays des perspectives de grandeur économique et spirituelle. Dans cette lutte tout n'est pas sang, douleur, mort... la Révolution a aussi des couleurs. Les voici. 
    BUREAUX DE PROPAGANDE      C. N. T.      F. A. I. 

  2. Marche triomphale

    C’est la marche triomphale des miliciens du pays. Tous les visages reflètent l'assurance car on est sûr de la Victoire - et toutes les poitrines se gonflent : c'est la palpitation historique qui agite le Monde. En avant, camarades ! Ne vous arrêtez pas. Il faut poursuivre l'ennemi, par terre et sur mer, tant qu’il n’aura pas été abattu!

  3. Frères dans la lutte

    La mitrailleuse égrène son chapelet de plomb. Genou en terre, le prolétaire défend le "demain" prometteur contre le triste "hier" dont les derniers échos se perdent au milieu de la fusillade ennemie. Rien de plus sublime, de plus réconfortant que cette magnifique union des camarades de combat.

  4. L’acier

    METALLURGIQUE : Le fusil lui réchauffe les mains ; la colère lui brule le coeur ; ses pupilles cherchent les assassins de son frère et compagnon de travail. Ses muscles d'acier vibrent d'une force irrésistible, car chaque cartouche représente une perte pour l'ennemi ; messager de plomb, elle l'atteindra peut-être ensuite ; et il restera là, héros inconnu, rigide et froid comme cet acier qu'il maniait à la fonderie.

  5. Le « bélier »

    Un groupe de combattants. Le grondement des mitrailleuses les oblige à se réfugier derrière la barricade, impatients, retenant leur souffle … Voici enfin le moment de sortir ; les premiers furent fauchés par les balles meurtrières, mais la machine guerrière se mit en marche. En avant !!

  6. L’employé de chemin de fer

    Durant des années, depuis qu'il est homme, il maniait la pelle ; chaque jour, debout dans la locomotive, il alimentait la bête d'acier. La vie s'écoulait dans un rythme chronométrique. Mais un jour, des coups de feu retentirent qui firent avancer d'un bond l'horloge de sa vie, et la bête ferrée s’arreta en chemin... Alors il épose la pelle pour prendre le fusil et défendre la liberté !

  7. Poing en l’air

    Voyez-les, camarades! Le drapeau rouge flottant sur leurs têtes, ils marchent ou combat. Que d’allégresse ! La mort les guette peut-être, mais qu'importe. Ils poursuivent leur route, défiant hommes et choses. Au-dessus de l'auto hérissé de baïonnettes, dans le matin triomphal, un bras "prolétaire" renouvelle la vigoureuse affirmation.

  8. Commentaires

    Le retrait de l'ennemi jette un peu de répit sur cet après-midi. Une forte odeur de poudre remplit l’atmosphère et des lueurs rouges-reflets du sang prolétaire embrasent l'horizon. D'une tranchée à l'autre, on échange de brefs commentaires. Il faut vaincre ! Et comme mûs par un ressort, les poings menaçants se lèvent vers le Ciel. Nous vaincrons !!

  9. La dernière accolade

    Dans le triste village retentirent les premiers pas de ces deux compagnons qu'unissait une amitié quasi fraternelle. Ensemble ils parcoururent les petites rues étroites où le soleil n'osait pas descendre ; on eut dit qu'il craignait de se salir aux murs graisseux des vieilles maisons. Devenus hommes, ils saisirent le fusil et luttèrent côte à côte, jusqu'à ce qu'une balle meurtrière vint interrompre cette amitié. Les bras bronzés déposèrent le corps inerte dans l'étroit lit, et le village endeuillé fut témoin de leur dernière accolade.

  10. Mascarade

    En effet, ce n’est qu’une tragique mascarade, car dans la poitrine des braves qui sont tombés, un cœur palpite toujours pour la cause du prolétariat. Toute une vie cosmique, toute une survivance historique s’agite dans ces « demi-morts ! »

  11. Il le vit tomber

    Il reçut le dernier regard de son compagnon d'armes au moment où celui-ci tomba sous les balles ennemies. Arrachant aussitôt le fusil des mains qui le serraient fortement, il se redressa et un cri jaillit de tout son être : Je te vengerai, camarade !!

  12. Le sacrifice du cheval

    Pauvre bête ! Toi aussi tu meurs pour la Révolution ! Image sanglante qui nous pénètre l'âme et nous invite à la résistance soutenue !

  13. Lutteur

    Fièrement dressé, démarche altière, muscles souples, il se lance dans la lutte. Il ne craint pas l'ennemi, au contraire. Tout en lui respire la ferveur et l'enthousiasme dont sont pénétrés ceux qui défendent une juste cause : la liberté du Prolétariat !

  14. Elle sut mourir

    Seize ans, la démarche légère, bust bref. Le combat s'engage dans les rues : Aux barricades ! Empoignant le redoutable pistolet teint du sang de son compagnon, elle tire tant qu'elle peut... et tombe, mais elle a déjà compris la Révolution !

  15. Les exigences de la vie

    Toute la matinée les fusils et les canons vomirent la mitraille. Heures d'inquiétude et d'intense émotion ! L'ennemi recule et la faim se fait sentir. Midi. Voici la casserole de terre noire, le pain de ménage et la poignée de riz... Il faut refaire les forces pour poursuivre et écraser impitoyablement la bête fasciste.

  16. Après le combat

    Le sifflement des balles s'est tu… le peuple célèbre triomphalement la victoire. les trophées enlevés aux traîtres, le sabre homicide, la sinistre cocarde, autant de reliques historiques aux mains du prolétariat.

  17. Guerrier

    Vrai guerrier, gracieux gladiateur aux mains brunes il jette au vent la semence d'une nouvelle génération d'héroïques travailleurs, serviteurs de l'Ideal.

  18. Jeunesse

    Une commotion populaire lui fit interrompre ses jeux de fillette adolescente. Elle contempla, avec curiosité d’abord, la lutte héroique engagée par un peuple avide de liberté et de progrès, puis, emportée par l'enthousiasme fervent des masses, elle se lança dans la bataille. Aujourd'hui elle manie d'une main sûre le fusil, et se bat avec une ardeur acharnée pour le triomphe de la Révolution.

  19. Lanciers

    Estampe impérialiste. Discipline de fer et attitude martiale dans leur avance impétueuse. C'est la discipline acquise par l'enthousiasme et la loi, sans chefs ni haut commandement. C'est la marche d'un peuple qui rompt pour toujours avec un passé d'opprobre.

  20. Gardiens de la Révolution

    L’arme au bras ils se lancèrent à l'assaut des redoutes fascistes et conquirent pour la classe ouvrière les suprêmes joyaux du capitalisme, qu'ils sauront défendre contre les irresponsables et les inconscients.

  21. Trêve

    Longues et trépidantes heures de lutte. Moments angoissants avant l'attaque cruelle de l'ennemi. Instants de calme, qui permettent de contempler au milicien son œuvre. C'est un Monde qui meurt entre le feu et les débris. Ce sont des flammes purificatrices, hérauts d'une nouvelle Ere.

  22. Repos

    La journée a été rude, nombreuses les incursions. Quelques moments de repos bien gagné ; quelques moments seulement, car il faut reprendre la besogne, épier l'ennemi...

  23. Un héros

    Un héros... quelconque ; front large, regard pénétrant, joues saillantes ; traits d'acier; c'est la personnification du courage, de l’audace, de l'intuition et de l'héroisme.

  24. Le départ

    Le camion qui doit conduire les combattants au front ronfle lugubrement. Le moment du départ approche ; c'est la séparation d'êtres chers qu'on ne reverra peut-être jamais. Un rictus amer se dessine sur les lèvres de la milicienne, mais il n'en faut rien laisser paraître ; aussi levant le poing en l'air, elle sourit... Salut, camarades !

  25. En pleine lutte

    Sur un terrain abrupte avancent laborieusement, écrasés sous le poids d'une pesante charge, deux symboles de la révolution : le milicien et l'infirmière. Muscles tendus et une flamme rebelle dons le cœur, tous deux luttent sans trêve, s'exposant héroïquement pour secourir les victimes de la barbarie fasciste.

  26. Le délire

    Le malade délire, des visions horribles le torturent, épuisant ses forces. Pour la centième fois, il tente de se soulever sur sa couche, mais il retombe aussitôt, vaincu par la douleur. L’infirmière, seconde mère, s'efforce de le calmer.

  27. Le réveil

    La Jeunesse a terrassé la maladie. Les douleurs ont disparu, les blessures se sont cicatrisées. Un immense désir de vivre envahit l'âme du milicien. Avec une gratitude infinie, il contemple l’infirmière qui le soigna comme une sœur aux heures angoissantes et fiévreuses qui précédèrent la convalescence. Puis les deux sourient, et leurs cœurs battent à l'unisson à la pensée d'une nouvelle vie, plus noble, plus humaine …

  28. Milicien anonyme

    D'un enthousiasme débordant, il marche à l'assaut sans préoccupation, de façon merveilleuse ; dans ses yeux brille la foi dans le triomphe de ses idéals. Milicien anonyme ! Vrai héros de la Révolution !

  29. L’aurore nouvelle

    Une large brèche au toit de l'édifice obscur permet au soleil d'y pénétrer. Il entre avec audace dans le temple, qu'il remplit de sa lumière purificatrice, blanchissant tout et jetant une vive clarté sur ce qui fut le royaume des ténébres.

  30. La moisson

    Robuste ouvrier de la civilisation naissante, défenseur héroique de la Révolution, ta faucille est le symbole - arme et outil à la fois - de la nouvelle société. Salut, homme des champs !

  31. Ils ne passeront pas !

    Non, ils ne passeront pas ! Tant qu'elle sentira couler une goutte de sang dans ses veines, ils ne passeront pas ! Avec un souverain mépris de la vie, elle est prête à offrir la sienne pour ses camarades et pour l'Humanité entière ! Ses mains qui jusqu'ici ne connaissaient que le maniement d'une aiguille subtile, empoigne maintenant l'outil meurtrier. Non, ils ne passeront pas !

  32. L’ennemi a passé

    Des hommes en uniforme et en soutane passèrent et rasèrent le villaqe, brûlant les maisons, les vergers, la moisson … Les cadavres jonchent les rues. Mais quand l'heure de la victoire aura sonné, je retournerai au village, et lutterai jusqu'à la mort sur ce sol arrosé par les sueurs de mon père et où coule maintenant un sang innocent !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.