Poète à mes heures perdues, nouvelliste à l'occasion, militant parfois, électron libre toujours : ces quelques mots suffiraient à me résumer. Mais comme certains d'entre vous souhaitent peut-être en savoir plus...
1) LE POÈTE
Quoique j'apprécie la poésie en prose, je ne puis faire naître d'émotions qu'en usant du vers (de la musique avant toute chose - Paul Verlaine).
LE SOÛLAUD
Lorsque, soumis au vent béni de la détresse,
Le soûlaud se morfond en sa tête ingénue,
Sa raison affaiblie, vers une aube d’ivresse,
Traîne son corps meurtri par les chants de la nue.
Sur l’onde monotone il glisse avec ardeur,
Tel un pantin qu’un dieu habille patiemment
Et dans le bar obscur où s’éveillent les cœurs
S’aventure et se noie dans le feu du gréement.
La pâle exhalaison des vertes confitures
Réchauffe sa narine et pacifie sa voix
D’où s’évadent, sous l’œil de l’auguste mâture,
Les fantômes errants des pierres et des bois.
Quand son ventre gavé et de vins et de fleurs
Coasse pieusement à la table des cieux,
Sa paupière se lève au rythme des clameurs
Que jettent sur son front ses compagnons fiévreux ;
Et ses jambes tendues comme des pieux sacrés
S’enfoncent dans la nuit marine où se déploient
Les rires de la race obscure où va s’ancrer
La nausée frénétique en qui son ombre croit ;
Puis il plonge – au tréfonds de la cale mystique –,
Vers l’araignée dressée sur son socle de pierre
Qui clabaude en lançant des sermons pathétiques
Et crache son venin sur la dépouille altière.
Quand l’ivresse l’assomme il pose son front pur
Sur la table nourrie par l’apocryphe alcool
Et s’endort en l’éther, bercé par les murmures
Des cafards clapotant dans la boue des faux-cols.
BUTŌ
La lente poésie des puissances funèbres
S'étire, majestueuse, en ce gouffre infini,
Que dessine ton ombre, ô danse des ténèbres !
Brûlante féerie des âmes désunies.
Tes corps larvaires, nids d'atroces révulsions,
Composent la beauté sépulcrale du Geste
– Épure de l'extase et de ses convulsions –
Qui puise dans l'azur les germes de la peste.
Et leur rythme immobile où le temps s'aventure
Vers l'esquisse éperdue de la solennité,
Dans l’œil ivre résonne, ainsi qu'une peinture
Vivante qui se tord dans son immensité.
2) LE NOUVELLISTE
De tous les vices, c'est bien la fainéantise que j'affectionne le plus ; voilà pourquoi je me complais dans l'écriture de nouvelles courtes et très courtes.
DUEL
Après que le duel fut de nouveau légalisé par le Parlement, on vit fleurir partout en France de petits Paul de Cassagnac, adeptes de ce jeu prisé par toutes les classes de la société, ravies que le consentement de la victime put enfin constituer un fait justificatif, rendant pénalement irresponsable l'auteur de l'infraction. Chaque jour, de nouveaux affamés de gloire s’enorgueillissaient de terrasser leur adversaire. D’aucuns, les plus romantiques, vêtus de poignets ou chapeaux mousquetaires, s’essayaient à l’épée ; d’autres, plus modernes, s’escrimaient à singer les gardeurs de troupeaux de vaches de l’Ouest américain, non sans user de jouets modernes tels l'aigle du désert ou quelque autre animal à chien ; d’autres enfin, plus novateurs, préféraient des armes singulières : katana, arc, kunaï ou shuriken. À la grande boucherie des armées guerrières, ces artisans préféraient cet art délicat que certains avait su élever au rang de sport. Certes, les plus puritains condamnaient l’exercice, non par certitude que l’homme fût supérieur à l’animal, mais par nostalgie, en songeant à ces temps anciens où le véganisme n’avait point encore pénétré l’esprit éclairé de la société, ces temps bénis où l’on pouvait encore consommer des viandes, sans avoir besoin de se s’adonner au duel afin que le vainqueur pût, avec respect et dévotion, dévorer le vaincu.
LE SANG
Les houris, dépitées, trahies, humiliées, telles des amazones guerroyaient en silence contre les cruels desseins, créateurs de leurs stigmates indélébiles.
- C’est un scandale ! s’exclama la plus pure des pures, en franchissant avec rage la porte du palais de Mahomet, lequel, épuisé par le labeur causé par sa prompte obéissance à l’unique fatwa énoncée par Allah, reposait sur sa couche.
Des traces de sang jonchaient la plaine, pareilles à de petits glyphes d’azur qui eussent jailli de la plume parfaite du grand ordonnateur. Dans le moindre recoin de cet univers avait été livré le plus noble des djihads, le combat absurde et pourtant nécessaire, la bataille insensée : les basses œuvres exécutées tête basse et à regret.
- Ce n’est pas ma faute, répondit Mahomet en contemplant la rosée divine qui s’écoulait le long de la cuisse de la plus pure des pures, tandis qu’un chant de larmes célestes résonnait au tréfonds du Paradis.
Afin de lutter contre les hordes barbares, lesquelles, le cœur ivre de vierge, le niaient tout en louant son nom, Allah, dans sa grande sagesse, avait été contrait d’ordonner au Prophète de déflorer chaque houri.
3) LE MILITANT
Il était une fois une association d'insertion nommée "Ressources" laquelle aurait été (afin de préserver la présomption d'innocence, je m'oblige à employer le conditionnel) victime de son ancienne direction (abus de confiance et détournement de fonds publics). Cette affaire défraya la chronique judiciaire dijonnaise. On vit fleurir dans le journal local "Le Bien public" une douzaine d'articles ; des journaux, télévision et radios relayèrent l'affaire, notamment Dijoncter "site d'info coopératif et révolté".
Membre du syndicat Solidaires avant d'en être exclu, je fus l'un des délégués du personnel de Ressources qui menèrent, avec les salariés, un certain nombre d'actions afin de tenter de sauver l'association (occupation de Ressources, occupation de la Direccte, opération escargot, etc). Si nous pûmes repousser l'échéance et obtenir un redressement judiciaire, victime du refus de la Direccte de renouveler l'agrément de l'association - condition nécessaire à sa survie - nous ne pûmes éviter la liquidation judiciaire...
Le cercle des parfaits au centre de l’enquête
100 000 euros de formations non prestées remboursées a l'association
4) L’ÉLECTRON LIBRE
Si l'on me demandait de définir ce qu'est un électron libre, je dirais qu'être un électron libre, c'est refuser d'agir sous la contrainte, refuser de suivre le troupeau tel un mouton de Panurge amorphe, savoir demeurer droit dans ses bottes, mais aussi être capable, lorsqu'une déléguée du personnel Solidaires décide, en parfaite violation des règles démocratiques, d’arrêter la lutte en assemblée générale "sans vote", lorsqu'une déléguée du personnel Solidaires vote le licenciement des salariés protégés, lorsque des salariés sont victimes de la trahison des engagements pris par un secrétaire général et une déléguée du personnel Solidaires, de dénoncer ces faits, encore et toujours, ce que je fis comme en témoigne l'article publié sur Dijoncter (voir liens ci-dessous).
Pour faire suite au courrier envoyé aux co-secrétaires généraux de Solidaires (numéros un dans la pyramide syndicale) ainsi qu'aux diverses dénonciations récurrente des faits que vous venez de lire, mon éviction de Solidaires fut prononcée. Le secrétaire général le demeura et continua d'exercer ses fonctions de secrétaire national (numéro trois dans la pyramide syndicale), l'ex-déléguée du personnel de Ressources resta membre de la commission "femmes" de Solidaires. Aucune sanction ne fut prise à leur encontre ce qui démontre à l'évidence que leur comportement est incontestablement conforme aux valeurs de Solidaires. Celui-ci prétend être un syndicat différent des autres ; au vu des faits que je viens de vous relater, il n'est pas impossible que cela soit exact.
Une dernière précision : parmi les militants ayant voté mon exclusion, on trouve un certain nombre de militants du NPA et de La France Insoumise, des partis qui, eux aussi, prétendent être différents.
Vous pourrez me lire à l'occasion, si la littérature ou la lutte vous intéresse...
Me suis-je bien présenté ?