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Billet de blog 9 mars 2021

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Le journal d'un mendiant - Semaine douze

Douze semaines de mendicité et toujours aucune réponse à mes courriers envoyés aux bureaucrates de Solidaires. Force est malheureusement de constater que ces délégués généraux muets et manchots semblent démontrer chaque jour un peu plus, outre leur mépris des vrais militants, leurs accointances profondes avec le Grand Capital et ses serviteurs.

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Lundi 8 mars 

Douze semaines de mendicité et toujours aucune réponse à mes courriers envoyés aux bureaucrates de Solidaires. Force est malheureusement de constater que ces délégués généraux muets et manchots semblent démontrer chaque jour un peu plus, outre leur mépris des vrais militants, leurs accointances profondes avec le Grand Capital et ses serviteurs.

Illustration 1
Toujours présent malgré le froid

Ainsi méditai-je (pause salutaire entre deux chapitres du livre dont j'avais repris la lecture) lorsque une voix qui ne m'était pas inconnue me lança un « Bonjour Alain ». C'était le nouveau secrétaire général de Solidaires 21 (militant à la France insoumise, paraît-il).

Comme nombre d'autres militants de Solidaires 21 (dont certains encartés à LFI ou au NPA), avait-il lui aussi adopté naguère un comportement (défendre ceux qui ont trahi les travailleurs de Ressources) à même de réjouir l'extrême droite et l'Action française ? me demandai-je...

Je répondis à son bonjour, pris de ses nouvelles et continuai de mendier, tout en me replongeant dans « Fatale Vengeance ».

Vers 14 heures 30, je m'interrompis et m'emparai de mon smartphone, avant de constater que la température dijonnaise était de 6° et le ressenti de 3° seulement. Il faudra que je m'habille plus chaudement demain, pensai-je. Je mendiai durant plus de deux heures encore, et convins que la lecture n'est pas l’alliée du mendiant ; personne en effet ne daigna remplir ma petite boîte en fer, fût-ce avec quelques centimes d'euros.

Mardi 9 mars

Comme la veille, cette après-midi-là, la température ressentie avoisinait les cinq degrés.

Illustration 2
Deux pull-over et une paire de gants

Ganté, vêtu d'un pull de plus que la veille et prêt à recevoir la dive aumône, un peu avant quatorze heures, je m'assis sur ma dalle.

Face à moi, un véhicule d'Orange, solidaire de ma condition de mendiant, jouait le rôle de paravent. Grâce à une CFDTiste, j'appris durant l'après-midi qu'en raison – paraît-il – d’une panne due à l’installation de la 5G, Internet était indisponible depuis le matin même.

Je regrettai de ne pas avoir glissé d’autres livres dans mon sac de mendicité, afin de les prêter à ceux-là qui, contraints de ne pas pouvoir effectuer leurs tâches bureaucratiques habituelles devaient quelque peu s'ennuyer.

Une fois encore, je rentrai bredouille. Décidément, me dis-je en quittant ma dalle, la Covid 19 a tué le commerce.

Mercredi 10 mars

Ô joie pensai-je ! en m'asseyant sur ma serpillière, le réchauffement climatique a vaincu l'horrible froidure. Depuis mon poste de travail, je pouvais apercevoir des graffitis écrits en rouge – comme le sang des morts sociaux de Ressources – sur l'un des murs de feu la petite maison du peuple : «  Où est Steve ? », « Ni Dieu ni maître ! ».

Illustration 3
Touche pas à Steve

Après les avoir contemplés, je repris mon travail de lecteur, qui ne fut interrompu que par le « bonjour » que me lança le nouveau secrétaire général de Solidaires 21.

– Tu lis quoi ? me demanda-t-il.

– « Fatale vengeance » de Charles-Robert Maturin, répondis-je, c'est un auteur remarquable.

Nous causâmes littérature : je lui conseillai la lecture de Charles-Robert Maturin, cet auteur remarquable dont je ne me lasse pas, et dont, comme tant d’autres, il ignorait le nom. Force est de constater que, pour un secrétaire général de Solidaires 21, il est plus facile de causer littérature que d’expliquer les raisons ayant conduit à la trahison des travailleurs de Ressources. Les hommes passent, les méthodes perdurent.

Hormis un chien venu renifler ma pancarte, ce fut le seul être vivant que je croisai cette après-midi-là.

Jeudi 11 mars

Les météorologues de Météo France prévoyaient de la pluie, ainsi qu'un vent de 55 km/heure ; aussi, quelque peu contraint et forcé par leurs prévisions, je renonçai à mendier.

Vendredi 12 mars 

Les météorologues de Météo France prévoyaient encore de la pluie, ainsi qu'un vent de 55 km/heure, je renonçai derechef à mendier, tout en priant Éole, afin que celui daignât quitter au plus vite la belle Dijon.

LA SEMAINE PROCHAINE

Le journal d'un mendiant - semaine treize

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