Lundi 10 mai
À quatorze heures – plus exactement à 13 heures 45 : j’arrivai en avance à mon rendez-vous –, je me présentai à mon entretien où je retrouvai avec joie un mendiantophile, président d’une association dijonnaise. Outre mon bienfaiteur, étaient présents ma conseillère Cap Emploi ainsi que le secrétaire de l’association.
Nous devisâmes cordialement durant près de deux heures, aussi, me permettrai-je de résumer brièvement cet entretien.
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Je serais embauché (gardons la marque du conditionnel) dans le cadre d’un contrat de vingt heures par semaine d’une durée de dix mois renouvelable, afin de participer activement à la création d’une auto-école solidaire (au temps « heureux » de Ressources, avant de mourir assassinée par moult protagonistes, celle-ci s’appelait APIC) avant de travailler en son sein.
Pour ce faire, je monterais le dossier auprès du Conseil Départemental, l’un des fossoyeurs de feu l’association Ressources (ce serait une sorte de pied-de-nez au destin), tout en effectuant diverses tâches administratives ; après quoi, une fois la structure créée – et après avoir suivi une formation prévue contractuellement – je deviendrais en quelque sorte un « encadrant » qui travaillerait dans la nouvelle structure en compagnie de moniteurs d’auto-écoles.
Bien évidemment, je continuerai (revenons à la marque du futur) de mendier des heures de travail afin de compléter mon modeste salaire, et surtout je continuerai d’œuvrer afin d’obtenir une réponse au courrier envoyé aux numéros un de Solidaires, toujours muets et manchots, comme le sont les membres du collectif de Solidaires, lesquels persistent également à refuser d’expliquer... l’inexplicable : comment Solidaires 21, tout comme les plus hautes instances, continuent-elles de soutenir ceux qui ont trahi les travailleurs de Ressources.
Mardi 11 mai
En raison de pluies persistantes et de vents importants, je m’abstins de mendier ce mardi-là.
Mercredi 12 mai
Dès quatorze heures, je retrouvai mes belles amours mendiantes…
Cette journée fut une cruelle désillusion ; personne ou presque ne franchit les portes menant à la défense des travailleurs ou à la trahison de ceux-ci, tant et si bien qu’un peu avant dix-sept heures je renonçai au doux espoir d’entendre peu ou prou tinter ma sébile.
Néanmoins, ma jolie voisine m’honora d’un sourire et d’un bonjour. Il suffit de peu de chose pour déposer quelques soupçons de joie dans le cœur d’un mendiant…
Jeudi 13 mai
En raison de l’ascension, journée historique lors de laquelle un prophète prétendument ressuscité décida de réunir une dernière fois ses disciples avant de rejoindre ses pénates mortuaires, je m’abstins de mendier ce mardi-là ; nul disciple syndical, en effet, croyant ou non, ne daigne travailler lors des jours fériés (s’il en est un, il me pardonnera sans doute cette affirmation erronée). Force est de constater que les religions ne sont point les alliées des mendiants.
Vendredi 14 mai
En raison de vents de quarante kilomètres à l’heure et de bourrasques plus rapides encore, je m’abstins de mendier ce vendredi-là et choisis de m’adonner quelque peu à la cuisine : Soupe de poivrons rouges au paprika, gâteau de carottes, riz au cumin, compote de pommes au citron… de quoi se consoler de cet épisode fort court de mendicité.
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LA SEMAINE PROCHAINE
LE JOURNAL D'UN MENDIANT SEMAINE 21