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Billet de blog 3 mars 2021

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Solidaires est-il devenu un syndicat d’extrême droite ?

S’il est bien-aisé de se prétendre antifasciste, seuls des actes militants peuvent témoigner de l'appartenance d'un individu à un tel courant ; chaque antifasciste supposé, quel qu’il soit, sera amené un jour ou l'autre à contempler son reflet, magnifique ou lugubre, dans le miroir de la lutte ou dans celui de l'inaction.

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1) Solidaires, un syndicat antifasciste ?

Solidaires l’affirme clairement et sans faille sur son site : il est antifasciste, tout du moins le prétend-il.

Antifascisti

Loin de moi l’idée de disserter à l’envi sur l’histoire, la rhétorique, l’idéologie des différentes extrêmes droites ou des différents partis fascistes qui ont gangrené les civilisations. Toutefois, force est de constater qu’en tout temps, celles-ci soutinrent sans faille le patronat au mépris des travailleurs.

S’il est bien-aisé de se prétendre antifasciste, seuls des actes militants peuvent témoigner de l'appartenance d'un individu à un tel courant ; chaque antifasciste supposé, quel qu’il soit, sera amené un jour ou l'autre à contempler son reflet, magnifique ou lugubre, dans le miroir de la lutte ou dans celui de l'inaction.

La lutte dans l’entreprise en mode « fasciste ».

Dès lors que le choix lui est donné de prendre parti pour ou contre les forces de réaction, un jaune (1), un réactionnaire, un militant d’extrême droite, un fasciste – soucieux de défendre les intérêts du Grand Capital plutôt que de les combattre – optera toujours pour les forces de réaction.

De même, il préférera toujours ceux qui, fossoyeurs des valeurs sociales, choisiront de voter les licenciements de salariés protégés ou d’organiser un « putsch » au sein d’une assemblée générale de salariés en lutte, en décidant à l’unanimité de leur unique voix de mettre fin aux luttes desdits salariés, et sera à jamais solidaire de ceux qui affirment qu’ils défendront les travailleurs avant de refuser de tenir leurs engagements : pour ce faire, il n’hésitera pas à combattre ceux qui tenteront par tous les moyens d’obtenir que lesdits engagements soient tenus. 

La lutte dans l’entreprise en mode antifasciste.

À contrario, un antifasciste, tout comme un militant véritablement de gauche, sera toujours aux côtés des travailleurs dès lors que ceux-ci engageront un bras de fer avec les forces capitalistes ou avec ceux qui, au sein d’un syndicat, prennent des décisions dont seront amenés à souffrir les salariés.

Bien entendu, un antifasciste ne tiendra aucun compte des intérêts réactionnaires et carriéristes de membres d’un syndicat ou d’un parti, ni des accointances inavouées et inavouables entre les capitalistes (alliés à leurs serviteurs) et les forces bureaucratiques quelles qu’elles soient.

2) L’antifascisme LFI/NPA.

Si les valeurs de l’antifascisme peuvent être clairement définies, peut-on inférer qu’elles soient toujours mises en pratique lorsque la défense des travailleurs s’oppose aux intérêts politiques de certains syndicats ou partis de gauche ou d’extrême gauche ?

Ressources, un cas d’école.

Force est malheureusement de constater que, dans le cadre de l’affaire Ressources, certains militants de LFI ou du NPA ne mirent pas en pratique les principes mêmes de l’antifascisme. En effet, des militants de ces deux partis prirent fait et cause pour ceux qui violèrent les valeurs mêmes de Solidaires (vote du licenciement de salariés protégés, arrêt de la lutte en AG sans vote à l’unanimité de la déléguée du personnel Solidaires, refus de tenir les engagements de défendre les salariés) et refusèrent de mener des actions – malgré les engagements pris par des élus Solidaires –, afin d’obtenir un emploi pour chaque salarié.

Banderolle devant l'association Ressources

Tu as sans doute pu découvrir, ô lecteur ! comment un militant NPA de Sud PTT (syndicat dont est également issue l’ancienne co-déléguée générale et numéro un de Solidaires), mit tout en œuvre afin d’obtenir l’éviction d’un délégué du personnel de Ressources (encarté alors à Solidaires avant d’en être exclu), lequel avait dénoncé des faits particulièrement graves dont les auteurs, un secrétaire général (syndiqué aux douanes tout comme l’ancien co-délégué général de Solidaires) et une déléguée du personnel de l’association Ressources, étaient membres de Solidaires.

Tu as sans doute pu découvrir, ô lecteur, comment des militants de LFI  et NPA furent bien plus choqués par la dénonciation des faits que par lesdits faits et soutinrent ceux qui en d’autres temps eussent été considérés comme des « hontes de Solidaires », mais qui, force est de le constater aujourd’hui, n’en sont que le sinistre reflet.

Cet antifascisme – cet anticapitalisme – fort singulier, est-il l’apanage du seul syndicat Solidaires ou à contrario le reflet d’une gauche et d’une extrême gauche peu ou prou au service du Grand Capital ?

Murielle Resiguier, une antifasciste moderne ?

Militante et députée La France Insoumise, Murielle Resiguier sut développer, au sein de son équipe de travail, un anticapitalisme moderne que le Grand Capital ne saurait condamner.

Selon Mediapart, ses salariés furent l’objet d’un management violent, d’une véritable souffrance au travail (près de la moitié de ses salariés se sont retrouvés en arrêt maladie). Adepte de la « cohabitation permanente », c’est par amour des travailleurs sans doute que Muriel Ressiguier permit à au moins quatre de ses collaborateurs de passer la plupart de leurs nuits parisiennes sur leur lieu de travail. Force est de constater que c’est par amour pour les travailleurs que ceux-ci s’assoupissaient sous un meuble, le corps compressé entre l’imprimante et les câbles d’un ordinateur (des conditions de travail capitalistiques qui ne déplairaient pas à l’extrême droite), un amour anticapitaliste propre à LFI, puisque ses dirigeants, à l’instar de Jean-Luc Melenchon, n’ont jamais exclu Murielle Resiguier. Selon Médiapart, des employées disent avoir informé Jean-Luc Mélenchon, lequel aurait demandé à les rencontrer personnellement. Il les aurait reçues pour leur dire qu’il prenait la situation au sérieux. On connaît la suite...

Si un parti tel que La France Insoumise ne daigne pas exclure une députée malgré un tel comportement, faut-il s’étonner que des élus LFI, membre ou non du bureau national, persistent à ne pas voter (et, pire encore, à ne pas exiger) l’exclusion de ceux qui ont choisi en toute conscience de trahir et leurs engagements et les valeurs de Solidaires ?

Mohed Altrad, un milliardaire anticapitaliste ?

Lors des élections municipales de Montpellier, le Grand Capitaliste Mohed Altrad, après avoir convoité le soutien de plusieurs partis politiques comme les Républicains et la République en marche, zélés défenseurs des capitalistes, avait bénéficié au premier tour du ralliement de militants issus du Parti socialiste, de la droite locale, des membres proches de la formation présidentielle et de plusieurs personnalités des quartiers populaires, tous unis afin d’offrir la mairie de Montpellier au Grand Capital.

Altrad, vingtième fortune de France

L’entre-deux tours permit d’assister à une alliance quelque peu singulière entre la liste NousSommes, (composée entre autres de Julien Colet – militants LFI et ancien Secrétaire général de l’union locale CGT de Montpellier – et Nathalie Oziol, également de LFI, prêts tous deux à défendre, outre les travailleurs, les valeurs « anticapitalistes » de LFI), et la liste du capitaliste Moded Altrad, milliardaire et vingtième fortune de France, un homme, fidèle, lui, à ses convictions, qui souhaite supprimer les prud’hommes.

Le Midi libre nous apprit que LFI était consternée par cette alliance. Consternée, pas si sûr, car si LFI se fût comportée comme l’eût fait un véritable parti de gauche, sans nul doute eussions-nous assisté à l’exclusion de ces deux militants ; or, tel ne fut pas le cas.

Là encore, si un parti tel que La France Insoumise ne daigne pas procéder à l’exclusion de certains de ses membres lorsque ceux-ci se rallient à un capitaliste, milliardaire de surcroît, et qui, comble de tout, ne brille pas par son respect du droit du travail, et donc des travailleurs, faut-il s’étonner que des élus LFI, membres ou non du bureau national, persistent à ne pas voter (et pire encore à ne pas exiger) l’exclusion de ceux qui ont choisi en toute conscience de trahir et leurs engagements et les (prétendues?) valeurs de Solidaires ;

3) Antiracisme et antifascisme de gauche, une exception LFI/NPA ?

Faut-il s’étonner du comportement de militants de LFI ou du NPA et faut-il s’étonner du comportement des plus hautes instances de Solidaires dont l’attitude ne saurait déplaire à tous les hommes et à toutes les femmes de droite et d’extrême droite ?

La réponse nous est peut-être donnée par le Porte-Parole du PCF, Ian Brossat, qui s’attrista après avoir appris la mort de Patrick Devedjan, ancien membre d’Occident, groupe d’obédience nationaliste, para-militaire, organisé sur le modèle des courants fascistes italiens de l’époque au sein duquel gravitèrent des anciens de la Milice, de l’OAS et un certain nombre de fils de bonne famille qui voulaient en découdre avec les communistes et les gauchistes.

Quand Ian Brossat porte la pensée du PCF

Il convient de rappeler que le rôle d’un porte-parole (Ian Brossat continua d'occuper ce poste malgré ses émouvants aveux de tristesse antifasciste) est de porter et la pensée profonde et la parole d’un parti, en l’occurrence le Parti Communiste Français.

4) Cachez ces morts sociaux que nous ne saurions voir !

On ne peut que s’interroger sur les raisons réelles qui conduisirent une majorité de syndicats de Solidaires à refuser de tenir les engagements pris par certains de ses élus (en présence des salariés ), et, en conséquence, à sacrifier les morts sociaux de Ressources.

« La DIRECCTE a la vie de nos conjoints dans ses mains » - Anna, femme de raffineur.

On ne peut que s’interroger sur les raisons pour lesquelles une chape de plomb s’abattit sur « l’affaire Ressources », non pas sur l’affaire pénale (toujours en cours) qui semble mettre en cause des élus proches de LREM, mais bien sur l’affaire sociale et sa longue traîne de morts sociaux sacrifiés par la Direccte, laquelle choisit d’œuvrer à la mise à mort de l’association Ressources en lui retirant l’agrément indispensable à sa survie.

À l’heure où de « probables » futurs morts sociaux de Grandpuits peuvent être vus avec leur croix devant la Direccte, on ne peut, là encore, que s’interroger : pourquoi l’idée même d’une telle action dans le cadre de l’affaire Ressources put-elle choquer Solidaires 21 ?

Pour quelles raisons, en effet, ne fallait-il pas mettre la pression sur la Direccte, et pourquoi ne fallait-il pas mettre la pression sur le Conseil Départemental ? Existe-t-il des collusions ou des intérêts communs entre Solidaires et la Direccte, le Conseil Départemental et la Préfecture d’une part, des collusions ou des intérêts communs entre Solidaires et le Grand Capital d’autre part, des collusions ou des intérêts communs enfin entre Solidaires et un ou plusieurs partis ? Pourquoi ce sens – zélé – du sacrifice d’autrui ? Solidaires est-il un syndicat si différent des autres, un syndicat dirigé par des bureaucrates carriéristes au service non pas des travailleurs, mais d’eux-mêmes ?

Afin de ne pas commettre un délit, ni être condamné pour diffamation, je me permettrai de ne pas répondre à cette question, mais je te laisse libre de penser, ô lecteur ! comme je me permets de penser moi-même.

5) Mensonges ? manipulation ? démagogie ? etc

Ne faut-il pas voir au sein de Solidaires, comme au sein de l’ensemble des partis prétendument anticapitalistes – qui aiment parfois à adopter un comportement que ne renierait pas l'extrême droite – l’image dégradée d’une gauche puante et étronée (2), cette même gauche démagogique qui, en refusant de s’unir, contribuera à mettre en présence au second tour de l’élection présidentielle deux candidats qu’elle considère, chaque jour un peu plus, l’un comme l’autre, comme des membres de l’extrême droite, une extrême droite qu'elle est pourtant censée combattre ?

L'impossible union sacrée entre le parti communiste et la sociale-démocratie n'eut pas lieu en Allemagne, comment la gauche la plus bête du monde, une gauche capitaliste, pourrait-elle s'unir aujourd'hui ?

(1) : ouvrier, ouvrière qui s'oppose aux idées révolutionnaires des syndicats dits rouges (Ac. 1935), refuse de prendre part à une action revendicative, une grève.

(2) : néologisme composé à base du substantif "étron".

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