Mercredi 23 septembre
En raison d'un mouvement de grève des chalands, forts rares en cette après-midi-là, je me cantonnerai à résumer ma journée de mendicité ainsi : Nada !
Jeudi 24 septembre
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Par acquit de conscience, j'ouvris ma boîte mail et y constatai – sans surprise – que les co-secrétaires généraux de Solidaires ne m'avaient toujours point répondu ; aussi ignorais-je encore les raisons pour lesquelles ceux-ci avaient naguère cautionné la trahison des engagements pris pas l'ex-déléguée du personnel de Ressources et le secrétaire général de Solidaires 21, ni pourquoi la majorité des syndicats de Solidaires 21 – syndicats certes différents des autres – avaient majoritairement fermé les yeux sur les faits pourtant scandaleux et indignes d’un syndicat démocratique : vote du licenciement des salariés protégés, arrêt de la lutte à l’unanimité de l’unique voix d’une DP – sans vote en Assemblée Générale –.
Malgré le temps maussade et les risques de pluies orageuses, dixit la météo, je partis derechef à la conquête de ma clientèle. Dès que je fus assis sur ma serpillière, j'attendis – c'est bien l'attente qui caractérise le mieux l'emploi de mendiant – que des âmes généreuses daignassent m'offrir quelque menue monnaie.
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Malheureusement, de petites pluies fines se succédèrent tout l'après-midi, lesquelles furent suivies d'une averse au goût de bise, aussi les rares chalands se ruèrent à l'intérieur de la maison des syndicats sans même poser leur regard sur moi. Je dus agir avec précipitation afin de sauver ma pancarte lorsque celle-ci, ballottée par le vent, fut giflée rageusement par la pluie. J'ouvris mon parapluie, pris mon sac sur les genoux, avant d’y déposer mes outils de travail. J'étais en plein goudron, aussi priais-je Tajín, afin qu'il fît cesser cette agression de la nature. Malheureusement, ma foi était trop faible, rien n'y fit, et des bruits d’orage, jaillis du lointain, se rapprochèrent. Comme je craignais une vengeance céleste, je dus m'enfuir en direction de l'Eldorado, cinéma d'art et essai dijonnais dont je suis le seul mendiant-habitué. J'y arrivai cinq minutes avant la projection « d’Ondine », le dernier film de Christian Petzold (auteur entre autres de « Transit » et « Phoenix »), dans lequel je pus contempler avec ravissement la fantasmatique Paula Beer : une histoire d'eau dont je m'enivrai bien au sec. Les sièges sont bien plus confortables que les serpillières.
Vendredi 25 septembre
Je décidai de m'offrir un week-end de trois jours – ô joie patronale – et me rendis de nouveau à l'Eldorado afin d'y voir trois films « Antoinette dans les Cévennes » de Caroline Vignal que je puis vous conseiller, ainsi que « Scanners » (film sans grand intérêt à mon humble avis) et « Crash » (un petit bijou) de David Cronenberg.
Je passai donc une partie de l'après-midi et de la soirée sans travailler, confortablement assis dans un fauteuil moelleux, loin, très loin des dalles inconfortables de la maison des syndicats et de ma serpillière, délicatement glissée sous mes fesses afin de me servir de siège protecteur.
Néanmoins, je conservais l'art de la lutte, et durant ma pause cinématographique, m'obligeai à écrire à Solidaires 21 afin de les informer que, dans l’hypothèse où je n’obtiendrais pas de réponse de la part des co-secrétaires généraux, je comptais dorénavant l’obtenir d’autres membres du syndicat dont je fus exclu.
Je termine là mon article de journal de cette semaine, non sans vous inviter à lire le courrier électronique reproduit ci-dessous.
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LA SEMAINE PROCHAINE :
LE JOURNAL D'UN MENDIANT – SEMAINE QUATRE, PREMIÈRE PARTIE