ABahCmoi
Abonné·e de Mediapart

65 Billets

0 Édition

Billet de blog 5 avr. 2015

ABahCmoi
Abonné·e de Mediapart

Et si le Président de La Poste repassait devant le Sénat pour une vraie audition ?

Le vrai-faux retour d’un PDG du groupe La Poste devant le sénat - Cet article est une pure fiction… par contre les faits qui y sont relatés sont vrais et peuvent être vérifiés.

ABahCmoi
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le vrai-faux retour d’un PDG du groupe La Poste devant le sénat - Cet article est une pure fiction… par contre les faits qui y sont relatés sont vrais et peuvent être vérifiés.

 Mercredi 1er Avril 2015

- Présidence de M. Jean Charles Leblanc, président -

Audition de M. Philippe Lhaw, président-directeur général du groupe La Poste

 La réunion est ouverte à 10 h 00.

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Mes chers collègues, j'ai le plaisir d’accueillir à nouveau M. Philippe Lhaw, président-directeur général du groupe La Poste. Il voudra bien nous excuser des inconvénients d’une deuxième audition, mais à la relecture du document écrit du 24 mars dernier, un certain nombre de questions complémentaires sont apparues.

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Merci Monsieur le président. C'est toujours un honneur pour moi, en tant que président-directeur-général de cette grande entreprise publique, que de me rendre devant vous pour vous parler de son plan stratégique et de ses perspectives. Ceci dit, je ne vois pas vraiment ce que j’aurais pu omettre dans mes réponses.

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Et bien c’est justement ce que nous allons voir. En parlant des volumes du courrier, vous avez illustré son écroulement, dans des proportions moindres qu’au Danemark avez vous précisé, en nous disant qu’entre 2008 et 2014, les volumes avait diminué d’un tiers en France en passant de 18 milliards de lettres et d’objets à un peu moins de 13 milliards. Vous avez rajouté que la prévision pour 2020 serait de 9 milliards de lettres et d’objets… Ma question va être simple : pouvez vous nous dire quelle sera la croissance en France pour cette même année en 2020 ?

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Pardon ?

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Et bien en fait Monsieur le Président, mes collègues et moi-même sommes particulièrement intéressés par vos prévisions économiques. Nous en parlions hier avec le Président de l’Assemblée Nationale. Comme nous avons du mal à pronostiquer ce que sera la croissance au deuxième semestre 2015, nous nous demandions si vous pourriez nous prêter quelques temps vos experts car vous avez de la chance de savoir ce que sera l’état de l’économie et son évolution puisque vous savez déjà combien de lettres et d’objets seront échangés dans 5 ans.

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Je… Vous vous moquez Monsieur le Président… Je.. en fait c’est une estimation, ce n’est pas tout à fait sûr… on se doute un peu quand même…

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Oui, nous comprenons, Monsieur le Président, ne le prenez pas mal, mais comme toute votre stratégie repose sur cette affirmation, comprenez qu’on vous demande juste comment vos experts ont trouvé cela… D’ailleurs, et n’y voyez nulle offense à vos prévisions qui ont le mérite d’exister, il semble que vos prévisions étaient un peu moins réalistes il y a quelques années. En lançant le plan CQC, Cap Qualité Courrier et en vous dotant des Plate-formes industrielles courrier (PIC) parmi les plus modernes d’Europe, il semble que vous n’ayez pas tout à fait anticiper l’évolution du trafic à cette époque. Plusieurs de ces PIC ont été depuis fermées, non ?

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Oui, euh… certes, mais ce n’était pas moi à l’époque, je ne peux vous dire…

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Bien ! Revenons à l’essentiel. Vous avez affirmé que les volumes avaient chuté entre 2008 et 2014 d’un tiers en passant de 18 milliards de lettres et d’objets à un peu moins de 13 milliards.

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Tout à fait, oui… Ce n’est pas sans conséquence pour notre entreprise !

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Certes. Mais si nous vous avons demandé de revenir, c’est que nous avons un problème avec vos affirmations. Nous avons demandé à un cabinet d’expert travaillant pour le compte du Sénat de revoir tous les rapports d’activités annuels présentés par l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes, l’ARCEP.

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Ah ?!!!

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Oui Monsieur le Président, et je dois dire que nous sommes sceptiques. L’étude que nous avons demandé porte sur l’évolution globale du courrier de 2005 à 2013, l’année 2014 n’ayant pas encore été présentée par l’ARCEP. Il y avait 16,8 milliards d’envois de correspondance en 2005, il y en a eu 13,7 milliards en 2013. En 9 ans, le volume des objets de correspondance a donc chuté de 23,7 %…

Ce qui nous inquiète, Monsieur le Président, c’est que nous n’avons jamais trouvé les 18 milliards d’objets dont vous parlez pour 2008 !

Les objets de correspondance étaient exactement, d’après l’ARCEP, de 16,154 milliards en 2008… et non 18 milliards.

Si l’on prend la totalité des objets distribués en France, en 2008, on est là à 19,750 milliards… mais dans le même ordre de grandeur, en 2013, tous ces objets représentent encore 16,282 milliards….soit une baisse de 17,56 % en 6 ans…

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Ah.. mais quelque soit les chiffres, la baisse est énorme !

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Oui, Monsieur le Président, mais ce ne sont pas les 33 % que vous nous avez annoncé (le tiers des lettres et objets nous avez vous dit.). Si l’on prend la globalité des volumes courrier, on passe de 20,5 milliards en 2005 à 16,2 milliards en 2013 soit une baisse de 20,6 % sur 9 ans… on s’éloigne encore un peu plus de vos 33 %. Comme nous venons de le voir, si l’on prend comme vous l’année 2008, la baisse est encore moins importante : 17,56 %…

Pour votre information Monsieur le Président (mais ce devrait être à vous de nous donner les bonnes… informations), voici un petit tableau des évolutions courrier entre 2005 et 2013, sur la base des rapports de l’ARCEP (nous vous mettrons le tableau complet dans le compte-rendu écrit) :

Objets de correspondance : de 16,806 Milliards à 12,896 Milliards soit - 23,7 %

Lettres et colis remis contre signature : de 276 millions à 305 millions soit + 10,51 %

Colis : de 638 millions à 732 millions soit + 14,73 %

A noter le bond édifiant des Express Colis Léger de 280 millions à 401 millions soit + 43,21 %

Presse : de 2,789 milliards à 2,418 milliards soit - 13,30 %

Et enfin la Publicité non adressée de 18, 570 milliards à 20,626 milliards soit 11,07 %

Vous avez donc aussi de fortes hausses dans certaines catégories et notamment sur des objets qui prennent plus de temps pour vos facteurs comme les objets remis contre signature… 

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - ………

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Monsieur le Président, lorsque le volume global d’objets distribués baisse de 20 % (comme de 2005 à 2013), à combien estimez vous l’impact de cette chute au niveau du travail quotidien de vos facteurs ?

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Ah ça, je ne sais pas Monsieur Leblanc ! Il faudrait demander à mon directeur du Courrier, vous savez, moi je viens de la Banque..

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Et bien nous lui avons demandé Monsieur Lhaw. Votre Directeur nous a expliqué que l’impact d’une baisse de trafic sur le travail quotidien d’un facteur était différenciée, tout simplement parce que même si un client reçoit 4 lettres au lieu de 5, le facteur devra tout de même passer à la boite aux lettres et faire son parcours de distribution à peu près dans les mêmes conditions. Votre directeur nous a donc affirmé comme il le fait à chaque rencontre stratégique avec les organisations syndicales qu’une baisse de trafic de 10 % correspondait à une baisse d’activité de 4 % en milieu rural et de 5 à 6 % en milieu urbain. Pour une chute de trafic de 20 % en 9 ans comme nous venons de le voir, la baisse d’activité « moyenne » serait donc comprise pour vos facteurs entre 8 et 12 % sur la même période et selon les milieux d’activité, rural ou urbain. Partagez vous notre analyse Monsieur le Président ?

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Et bien, vous me voyez surpris de ces affirmations et il faudra que je demande l’origine de ce delta à mes collaborateurs.

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Un delta… Même si nous ne pouvons que regretter l’évolution négative du courrier papier, nous ne sommes plus dans le catastrophisme de votre premier rendez vous ! Vos facteurs sont à 35 heures par semaine, non ?

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Bien sûr et le Dialogue Social a permis aux agents de choisir les régimes de travail qui leur convenaient le mieux pour faire ces 35 heur…

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Oui, oui… mais là n’est pas le propos. Si l’on considère que la baisse d’activité moyenne tourne autour de 10 % pour une baisse de trafic de 20 % sur 9 ans, cela correspond donc à un « gain de temps » de 3h30 par semaine (10 % de 35 heures), soit 30 minutes par jour puisque je crois me souvenir que vos agents travaillent 6 jours sur 7. Trente minutes par jour en moins sur 9 ans d’un point de vue de l’évolution des trafics, c’est, je pense ce qu’il vous manque donc aujourd’hui pour que vos facteurs travaillent toute leur journée, d’où votre recherche de nouvelles activités… C’est cela Monsieur le Président ?

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - (Tousse) - Hum.. En fait, non Monsieur le Président car nous réorganisons nos services tous les deux ans. Les gains de productivité sont donc repris régulièrement, aussi bien sur la baisse de trafic que sur l’effet de la mécanisation du tri dont nous sommes devenus des champions en Europe. 

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - J’avoue que je comprends de moins en moins ! Vous nous annoncez une chute vertigineuse du trafic de l’ordre de 33 % de 2008 à aujourd’hui alors qu’elle n’est visiblement que de 17,5 % sur la même période !

Vous omettez de nous dire que cette chute de trafic ne génère en fait qu’une baisse d’activité de vos agents de l’ordre de la moitié environ, c’est à dire 10 %, qui plus est sur 9 ans de 2005 à aujourd’hui, c’est à dire un tout petit peu plus d’1 point par an… 

Pour autant, vos services s’épanchent dans la presse régionale sur la recherche de nouveaux services pour vos facteurs alors que vous admettez ici que les gains de productivité ont été repris au moins tous les deux ans et que donc vos agents sont occupés en permanence. Mes collègues ont même reçu des organisations syndicales qui ont démontré, avec vos propres dossiers de réorganisation, que la baisse d’activité annoncée était supérieure à la baisse de trafic… alors que votre direction nationale affirme logiquement le contraire…et que, dans certains départements, non seulement vous considériez une baisse de trafic bien supérieure à votre moyenne nationale, mais qu’en plus vous anticipiez, dans les calculs de vos nouvelles organisations, une « chute de trafic » à venir… une sorte de double peine non ? M. Kaspar, dans son rapport à l’issue du grand dialogue qui faisait suite à la vague de suicides que vous avez connu, n’a-t-il pas fait état de ces constatations ?

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Non, pas du tout ! A aucun moment !

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Et bien c’est étrange. Pourtant, nos experts ont mis en évidence cet état de fait avec vos propres chiffres et ce, en quelques jours. Permettez nous de ne pas comprendre quel serait votre intérêt à grossir des chutes de volume qui se suffisent à elles-mêmes !

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Nous cherchons des solutions, vous l’avez souligné vous-mêmes. Nous recherchons de nouveaux services et…

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - A ce sujet, vous avez annoncé un objectif de 200 Millions d’Euros générés par ces nouveaux services à l’horizon 2020… Pour l’heure j’ai cru comprendre que le chiffre d’affaire était plutôt dans les 10 ou 15 millions d’Euros… Votre Chiffre d’Affaire global du Courrier, cette année par exemple, est de 11,131 milliards… Même si vous aviez atteint votre objectif de 200 millions d’Euros en 2014, la part des nouveaux services dans votre chiffre d’affaire ne représenterait que 1,8 % ! Un peu juste pour sauver votre comptabilité non ?

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Il faut bien commencer par quelque chose !

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Oui mais alors modérez un peu votre communication dans la presse sinon les lendemains risquent d’être difficiles ! Même avec 15 millions cette année, vous seriez à 0,13 % de votre Chiffre d’Affaire courrier. Etes vous sûr que cela justifie tous les changements d’organisation que vous voulez imposer comme la coupure méridienne par exemple qui créée de nombreux conflits et entrave le fonctionnement du service public postal ?

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Je reconnais que pour l’instant nous avons peu de nouveaux services susceptibles de compenser la baisse de trafic, mais il vaut mieux être prêt au cas où….

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Pourtant il me semble que votre politique tarifaire a déjà permis de compenser ces baisses de trafic… Votre dernier bilan comptable est clair

- Sur les « correspondances et autres produits et services de La Poste » qui représentent 60 % de votre Chiffre d’Affaire Courrier-Colis, vous ne perdez que 0,09 % c’est à dire 6 millions

- Sur le « Colis » vous ne perdez que 0,76 % c’est à dire 12 millions…

En fait, les deux secteurs où vous perdez le plus sont le courrier publicitaire et la presse… qui représentent 94 % de vos pertes financières ! 

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - C’est vrai… Je reconnais que logiquement, la crise économique a poussé les entreprises à faire des coupes dans leurs budgets communication… La Publicité adressée a chuté, tout simplement parce que les sociétés préfèrent encore revenir à une publicité de masse, la Publicité Non Adressée (PNA) plutôt que de cibler leurs clients, ce qui revient beaucoup plus cher. D’ailleurs l’évolution des trafics PNA le prouve : depuis 2005, là où la Publicité adressée a chuté de plus de 25 %, la PNA a augmenté de 11 %.

Je vous rappelle ce que j’ai dit lors de ma première audition : si le déclin du courrier est réel, je pense aussi que le courrier continuera d'exister, notamment via l'essor prévisible du marketing direct, qui permet de susciter l'attention de clients tendant à ne plus lire les messages électroniques.

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Effectivement ! Il y a longtemps que je ne lis plus les publicités reçues sur mes mails et qu’elles passent toutes dans mes « indésirables ». Ce qui est dommage, en fait, c’est que vous ne fassiez rien pour que le courrier soit une marque de valeur alors que vous en avez la possibilité et surtout des agents très attachés à leur image et à la qualité du service rendu au public

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Comment ? Je ne comprends pas !

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Et bien, mes collègues pourront vous le confirmer dans chacun de leurs départements… Non seulement vous réorganisez les services tous les deux ans, reprenant un nombre d’emploi toujours plus important, mais au quotidien, bon nombre de positions de travail ne sont pas couvertes, laissées à l’abandon créant ainsi en permanence du travail supplémentaire pour les présents, je crois que vous appelez cela de la sécable, c’est à dire prendre une partie du travail de son voisin absent en plus du sien… Des tournées de distribution ne sont pas faites… Vous n’avez pas profité de la baisse de certains trafics pour faire de l’excellence et donc prouver la supériorité du courrier physique sur d’autres moyens d’information… 

Récemment, je vous ai vu également développer une vaste campagne de distribution de catalogues dénommée « Temps L ». Cette campagne consiste à utiliser l’image de vos facteurs pour inciter les usagers, sur la base de cette confiance, à commander en retour… 

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Oui ! Comme vous le voyez, nous recherchons par tous les moyens à redonner des couleurs au trafic et à la relation physique avec nos clients…

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - usagers ! Mais bon… Oui, le problème quand même c’est que ce trafic généré par ces commandes échappe à La Poste !

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Comment ? Qu’ouis-je, qu’entends-je, qu’acoustiquais-je ?

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Ah vous ne saviez pas ? Mais les colis sont acheminés majoritairement par « Colis Privé », un concurrent de La Poste et exceptionnellement par votre filiale Chronopost.. Mais jamais par votre réseau Colis interne ou par Coliposte… Et encore ! Je n’aborderai pas ici l’expansion de votre autre filiale, PickUp qui multiplie les « consignes colis » et va même jusqu’à créer des agences dans les gares ou les centres commerciaux… Comptez vous contourner vos obligations de service public et les 17 000 points de contact en ne laissant à votre réseau que la misère et à vos filiales les secteurs les plus rentables et bien sûr hors contrôle de la Loi et de vos obligations ? Est-ce cela votre vraie référence au Danemark ?

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Mais pas du tout, Monsieur le Président, je faisais référence au Danemark parce que… parce que… à cause du numérique, Monsieur le Président ! Ils ont su s’adapter, c’est tout !

 M. Jean-Charles Leblanc, président. -Ah ça ! Pour s’adapter, ils se sont adaptés ! Il ne reste plus que 67 bureaux traditionnels au Danemark pour 694 points de contacts… Et justement lorsqu’on lit sur votre site réservé aux collectivités que cela est « la résultante d’une stratégie qui vise à remplacer les bureaux de poste par des corners postaux situés dans les magasins ».. on a de quoi se poser des questions sur votre nouvelle lubie des « PickUp ». Vous ne seriez pas en train de comploter avec votre collègue de la SNCF par hasard, puisque ce dernier est venu demander que les gares deviennent des zones marchandes et à ce titre puissent bénéficier de dérogations pour l’ouverture des commerces le dimanche… Comme c’est là que vous implantez justement vos « PickUp »… 

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Quelle imagination Monsieur le Président ! Pas du tout ! Foi de banquier !

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - J’ai récemment vu un excellent reportage sur une chaîne cryptée qui a démontré la dangerosité de vos méthodes de production et de management auprès des agents par l’utilisation notamment du Lean… C’est la productivité qui a prévalu tout au long de ces années, pas vraiment l’envie de promouvoir le service public ou un autre service public… Mais je l’avoue c’est aussi notre responsabilité en tant que politiques…

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - ah ah… c’est quand même vous qui avez changé le statut de La Poste pour en faire une Société Anonyme…

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Je vous remercie de vos propos, Monsieur le Président, et je passe la parole à mon collègue Philippe Leprince, qui représente le Sénat à la Commission supérieure des postes et des communications électroniques (CSPCE).

 M. Philippe Leprince. - Merci Monsieur le Président. Je voulais revenir également sur la question des reclassés

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Oh nonnnnnnnn !

 M. Philippe Leprince.. - Oh siiiiiiii ! Vous avez eu des expressions particulières dures envers cette catégorie de votre personnel qui représente 3000 personnes sur 260 000. Je vous cite : « Il faut assumer la différence choisie initialement ! » ou encore « Vingt-quatre ans après, ceux qui avaient fait le choix de ne pas suivre les 90 % autres dénoncent la différence de statut alors qu'ils ont opté en ce sens ! » et enfin « L'indice terminal de la carrière a été augmenté de cinq points, ce qui représente vingt-sept euros qui bénéficient immédiatement aux salariés et qui seront intégrés dans le calcul des pensions de retraite. La situation économique du groupe ne permettait pas de donner plus ! ». Vous savez, nous venons de lire le rapport de la cour des comptes sur les rémunérations des cadres dirigeants de La Poste et il semble que de ce point de vue la situation économique du groupe vous ait permis de donner beaucoup plus… 

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Oui mais j’ai dit aussi que nos rémunérations fixes étaient bloquées depuis 2 ans.

 M. Philippe Leprince.. - Vous n’allez tout de même pas comparer des rémunérations à plus de 150 000 euros par an et un plafond à 450 000 euros avec les salaires ou traitements de vos employés ! D’autre part vous fustigez les agents ayant conservé leur grade de reclassement en affirmant qu’il faut qu’ils « assument »… J’avoue que la provocation est quand même grave de votre part. Oserais-je vous citer encore une fois le rapport de la cour des comptes : lorsque vos cadres dirigeants optent pour la direction d’une filiale alors qu’ils sont fonctionnaires, qu’ils signent un contrat d’ordre privé sachant pertinemment que s’ils perdent ce poste ils seront de toutes façons réintégrés en tant que fonctionnaire, vous ne leur dites pas « assumez vos choix » ! Ils ne prennent aucun risque mais par contre touchent les avantages sur tous les tableaux. Ce n’est pas le cas de vos agents reclassés !!! Ils payent tous les jours leur « choix »… Vous ne pouvez vous contenter de tels propos !

 M. Philippe Lhaw, président du groupe La Poste - Pffff… A force d’attendre, finiront tous par être à la retraite et puis voilà !

 M. Jean-Charles Leblanc, président. - Belle mentalité monsieur le Président…. Et bien, je pense que l’on va remercier le président de La Poste et que nous aurons l’occasion de le faire revenir d’ici peu.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
« Les SDF étrangers ne sont pas les bienvenus » : un préfet ne devrait pas dire ça
Dans un tweet, le préfet de l’Hérault a déclaré vouloir « en finir avec la délinquance des SDF étrangers » à Montpellier, affirmant que les CRS « ne les lâcheraient pas ». Une stigmatisation assumée, dans la lignée de la politique prônée par Gérald Darmanin envers les « délinquants étrangers ».
par Prisca Borrel, Nejma Brahim et Camille Polloni
Journal
Ce que le gouvernement a fait aux chômeurs
La première réforme de l’assurance-chômage est pleinement entrée en vigueur il y a tout juste un an, et nul ne sait combien de chômeurs elle a pénalisé. Si les chiffres sont invisibles, les conséquences sur la vie des gens sont brutales. Témoignages.
par Cécile Hautefeuille
Journal
L’imam Iquioussen, réclamé par la France, a été arrêté en Belgique
Visé par un mandat d’arrêt européen émis par la France, le prédicateur Hassan Iquioussen a été interpellé par la police belge vendredi, près de Mons. Il appartient désormais à la justice belge de se prononcer sur son éventuelle remise à la France. 
par Camille Polloni
Journal — Migrations
Sur TikTok, les passeurs font miroiter l’Angleterre à des Albanais, qui s’entassent à Calais
Depuis le début de l’année, les Albanais sont particulièrement nombreux à tenter la traversée de la Manche pour rejoindre l’Angleterre, poussés par des réseaux de passeurs dont la propagande abreuve les réseaux sociaux. Une fois dans le nord de la France, beaucoup déchantent.
par Nejma Brahim

La sélection du Club

Billet de blog
Élections au Brésil - Décryptage et analyse
Lecteurs et lectrices des pages « International » de la presse francophone savent que le Brésil vit un moment crucial pour son destin des prochaines années. À moins d'une semaine du premier tour des élections présidentielles, le climat est tendu et les résultats imprévisibles sous de nombreux aspects.
par Cha Dafol
Billet de blog
Brésil : lettre ouverte aux membres du Tribunal Supérieur Électoral
En notre qualité d’avocats de Monsieur Lula nous avions interpellé sur l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques à l’origine des poursuites et de la détention arbitraires subies par notre client. Nous dénonçons les attaques ignominieuses de Monsieur Bolsonaro à l’encontre de Monsieur Lula et sa remise en cause systématique de décisions judiciaires l’ayant définitivement mis hors de cause. Par William Bourdon et Amélie Lefebvre.
par w.bourdon
Billet de blog
Billet du Brésil #5 / Dimanche, un coup d’État est-il possible ?
S'accrochant au pouvoir, Jair Bolsonaro laisse planer le doute sur l'éventualité d'un coup d'Etat, en cas de défaite aux élections. Mais les conditions sont-elles vraiment réunies pour garantir son succès ?
par Timotinho
Billet de blog
L'affrontement bolsonariste du « Bien » contre le « Mal » : erreur philosophique et faux antagonisme
[Rediffusion] Au Brésil, les fanatisés bolsonaristes se présentent en porteurs du bien. Si toute réalité humaine porte, mélangées ensemble, les dimensions de bien et de mal, lorsqu'un groupe fanatique et son chef optent pour la haine, l'esprit de vengeance, le mensonge, la violence, la magnification de la dictature et la torture à l'aide de fake news, ils ne peuvent pas prétendre « nous sommes des hommes bons ».
par Leonardo Boff