La Ré-évolution Permanente n°1 - (4 au 10 juillet) Le déconfinement des luttes !

La tâche est immense… sueur froide à la lecture de la multitude d’articles pouvant se reporter au « mouvement social ». Mais je ne désespère pas, il faut juste que je corrige ma « méthode de travail » au fur et à mesure. On va rapidement dépasser le seul point « hebdomadaire » sous peine d’une indigestion à laquelle je compatis d’avance !

Remaniement ? Et après ?

A titre d’hors-d’oeuvre, un petit article de Basta sur ce que pensent les acteurs du mouvement social du nouveau gouvernement. On aura l’occasion d’y revenir plus en détail.. parce que pour l’instant cette « agitation » du bocal militant n’est pas ce qu’il y a de plus intéressant, pas plus que les longues heures de bla-bla « ante et post » remaniement sur les chaines d’infos ou les émissions spécialisées (qui au passage n’ont jamais été foutu d’anticiper aucun nom)… Idem pour les débats sur les retraites ou l’assurance chômage toujours aussi judicieusement placés en été… pour des coups de massue par ordonnances à la rentrée ?

Politis a raison de présenter ce remaniement comme « un coup de com »… « Heureusement, il y a toujours l’imprévu, pas forcément aussi maléfique qu’un virus. Ce peut-être parfois un mouvement social » conclut Denis Sieffert pour Politis. Il a mille fois raison. Les participations impressionnantes aux dernières manifestations, que ce soit autour du collectif « La Vérité pour Adama » ou à l’occasion des plans sociaux annoncés un peu partout (voir Airbus nationalement mais aussi les rassemblements plus locaux comme celui de BorgWarner à Tulle) sont autant d’indices d’une disponibilité, de l’existence - pour l’instant sans ligne directrice et sans réelles perspectives - d’un mouvement social qui n’a jamais cessé d’exister depuis notamment l’extraordinaire mobilisation des Gilets Jaunes… On l’a juste mis sous le boisseau de la peur sanitaire et des injonctions policières du nouveau petit Bonaparte… pour qui « coup d’état permanent » rime avec « ordonnances » et « répression sans limites »… 

Actions

Les années passent… les siècles passent… et pourtant la condition ouvrière est toujours aussi lourde à porter. Le mépris, le harcèlement productif, la novlangue managériale  insupportable et qui se réinvente en permanence… les cadences, le chronomètre, le lean…

C’est cette réalité que l'on retrouve dans les quelques articles de journaux qui donnent la parole aux salarié-es… Entendez ce murmure avant qu’il ne devienne cri de révolte dans l’usine BorgWarner (voir calendrier à la fin de l’article) en Corrèze :

- « Travailler comme avant, alors que chacun sait que son poste est supprimé, ce n’est pas tenable. Quand vous avez quelqu’un qui vous talonne derrière, tout le temps, qui vous dit « il faut faire des pièces », il y a une façon de le dire, une façon de le faire » (délégué CGT). Derrière lui, ce sont tous les représentants du personnel qui alertent sur un « climat tendu dans les ateliers, un climat qui se dégrade de jour en jour ».

Il faut en profiter, et parce que l’exception confirme la règle, pour dire que cet article de Christophe Bodin de France 3 Nouvelle Aquitaine est très bien tourné et qu’en quelques mots il dépeint assez bien, je pense, le ressenti de ces salarié-es sur qui pèsent 368 suppressions d’emplois.

Ou encore devant l’usine SMART d’Hambach (Moselle) qui va fermer :

« On ne sait pas comment et ni à quelle sauce nous allons être mangés. Après tous les sacrifices que nous avons fait, nous nous attendons à tout ! … Pour l’instant, nous voulons savoir pourquoi et comment ils justifient la vente d’un site après deux mois de confinement. Le covid a bon dos » (Délégué syndical) (Article de France 3 Grand Est)

Il faudrait aussi entendre la voix de ces 72 salarié-es de Lunery (Cher) qui apprennent la fermeture de leur site… et voient le processus infernal des reclassements-licenciements se mettre en place… Trop petits pour se faire entendre, pas assez nombreux pour faire masse et percer le silence… Pourtant ce sont les mêmes inquiétudes qu’ailleurs, le même stress du lendemain qui ne chante plus…

Une proposition en passant :  ayant eu l’immense privilège de participer à la lutte des LU contre la fermeture de leur site à Ris-Orangis (Essonne), il serait peut-être temps de construire une coordination des usines concernées par ces différents plans et autres suppressions massives d’emplois. Préparer une mobilisation centrale contre les licenciements, permettre un électrochoc social pour exiger une loi et des actions contre les licenciements, exiger l’ouverture des livres de compte et mettre à l'ordre du jour le "droit de veto" des salarié-es... Où est-ce qu'on le pose ce débat ?  Certes c'est compliqué, j’en ai conscience. Mais de grandes entreprises peuvent être moteurs sur cette question et organiser dans un premier temps cette coordination permanente des sites concernés…

En Martinique, au François, ce sont les salariés de l’Ehpad « Les Gliciridias » qui sont en grève depuis le 19 juin. Ils sont soutenus par la « Centrale syndicale des travailleur martiniquais » (CSTM). Les négociations semblent bloquées. L’ARS (Agence Régionale de Santé) et de la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique) ont placé l’établissement sous tutelle suite notamment à une visite d’inspection concluant « à la mise en danger des résidents ». Les salariés demandent visiblement « le départ de la Directrice arrivée récemment »… Les salariés grévistes ont été assignés au tribunal le vendredi 26 juin (article Martinique France Antilles). En fait, de la même source, les salariés venus négocier ce jour-là) ont reçu « une lettre d’assignation en justice remise par un huissier pour le mardi 30 juin ». Ce qu’on leur reprochait : « la mise en place d’un service minimum par eux-mêmes ». L’auto-organisation des salariés pour la protection des résidents n’est donc pas du goût de la direction qui défend ses « prérogatives » d’organisation du service minimum mais semble ne pas avoir été en capacité de le mettre en oeuvre vue la tutelle… Il y aurait 40 grévistes sur 50 salariés. L’ARS et le CTM ont également désigné un « administrateur provisoire ».

A Brest, plusieurs jours de grève (CGT et CFDT) dans les cliniques privées « Keraudren" et « Grand Large » (article France Bleu) pour des hausses de salaire et l’amélioration des conditions de travail. Les syndicats demandent 3 % d'augmentation du point d’indice. Pas d’information sur le nombre réel de grévistes (la grève semble très forte parmi les 561 salariés) ni sur l’organisation de la grève…

Utile de rappeler ici que 4200 lits d’hospitalisation ont été supprimés en 2018 en France et le nombre de maternités est passé sous le seuil des 500 selon un rapport de la Drees publié ce 3 juillet. (Source Ouest France). L’accès au rapport complet en suivant ce lien du Ministère des solidarités et de la santé

A Nantes, au 6 juillet, la grève continuait à la maternité de la clinique Jules-Verne. Le personnel demande un poste d’auxiliaire de puériculture supplémentaire. Une pétition de soutien est en ligne ici.

Ce mardi 7 juillet, ce sont 90 % des salarié-es (ils sont 180) de Carrefour Moulins (Allier) qui étaient en grève demandant l’abandon du projet de location-gérance prévu pour septembre. Ils et elles viennent également d’être déboutés « de leur demande d’expertise sur les risques psycho-sociaux liés à ce projet de location-gérance." Déboutés sur le fait que leur délibération n’était pas assez précise et motivée pour qu’une expertise spécifique puisse avoir lieu… Pourtant, motivé-es, ils et elles ont l’air de l’être toujours vu le chiffre de grève ! (Article de La Montagne)

Le 8 juillet c’est le site d’ArcelorMittal de Fos-Sur-Mer (Bouches du Rhône) qui connaît des arrêts de travail suite « à des inquiétudes » autour du versement de la prime « Covid » mais aussi sur les conditions de travail et la pérennité du site.

Sauve qui peut !

L’agence de presse Reuters annonce le 6 juillet « qu’EDF prépare un plan d’économies pour compenser l’impact du coronavirus et du confinement sur ses comptes »… Un joli plan compris entre 2 et 3 millions (ah que j’aimerai pouvoir hésiter de faire entre 2 et 3 millions d’économies !), un joli plan nommé « Mimosa » (Dites le avec des fleurs ?)… Mais bon… A ce stade la presse n’est pas en capacité de préciser où seront faites ces économies… On aurait bien un petit bout de piste mais on ne sait jamais, mieux vaut ne pas donner de mauvaises idées. On pourra quand même rappeler qu’EDF en 2019 a affiché un bénéfice net multiplié par plus de 4 à 5,2 milliards d’Euros et un EBE (Excédent brut d’exploitation, comme c’est mignon !) qui a progressé de 12 % à 16,7 Milliards d’euros. (Article du Figaro Economie du 14 février 2020). En attendant les différentes pistes évoquées, le Comité social et économique central (CSEC) d’EDF a demandé à être informé…

Air France a, de son côté, annoncé la suppression de plus de 7500 postes dont 1020 dans sa filiale low cost « Hop ! » Réaction des salariés sur le site de Morlaix (Finistère) qui doit fermer en 2023 (rassemblement de 200 salariés d’après « Tour Hebdo », cadenas pour bloquer l’accès au siège de la compagnie régionale à Nantes, boycott du CSE de Hop !, rassemblement au siège d’Air France à Roissy… Heureusement qu’Air France-KLM a reçu un soutien financier de l’Etat de 7 Milliards d’Euros… Mais au fait, c’était pour quoi exactement ? 

Chez Airbus, c’est  à une manifestation devant le siège du siège social du groupe que les salarié-es sont appelé-es ce mercredi 8 juillet. En cause un « Plan de Sauvegarde de l’Emploi » (PSE), une expression à bannir définitivement lorsqu’il s’agit comme d’habitude d’un « Plan de Destruction des Emplois »… 15 000 emplois supprimés dans le monde dont 5 000 en France

Expression à bannir également : « Plan Social » qui ne consiste la plupart du temps qu’à mettre en place un « Plan Anti-social » comme chez Nokia. Le CSE Central a enregistré 1 233 suppressions d’emplois sans que les justifications économiques ne convainquent personne ! Rappelons qu’une manifestation imposante (entre 3 500 et 6 000 personnes pour 402 emplois supprimés) s’est tenue à Lannion samedi dernier et que les salariés sont invités à monter sur Paris ce mercredi 8 juillet (ils y croiseront peut-être les salariés d’Airbus)

Il y a aussi cette fermeture du Leclerc de Pontault-Combault (77) qui serait remplacé par une enseigne américaine de discount « Costco »… Bien sûr incertitude des salarié-es sur la préservation de leurs emplois (190) et cela après la fermeture de Bricoman fin 2017 et l’annonce de la fermeture de Castorama à l’automne prochain. (Article du Parisien du 6 juillet)

Plan social également annoncé pour NextRadioTV dirigé par le milliardaire Patrick Drahi (9 ème fortune des 500 français les plus riches). Sont concernés notamment BFM TV et RMC (400 suppressions de postes envisagées). La théorie du ruissellement a vraiment l’air de marcher dites-donc sauf qu’il faudrait préciser à ceux qui ont la coupe de champagne tout en haut de la pyramide d’arrêter de boire les verres au fur et à mesure qu’ils se remplissent, sinon… ça ruisselle pas ! C’est d’ailleurs ce qu’ont fait remarquer les salariés en constatant que les résultats financier restaient au vert… Non, du coup, il faudrait écrire que les « résultats financiers restent au verre »… du haut ! Objectif : se séparer d’au moins 330 CDI et de plus d’un tiers des pigistes…

Alinéa a été mis en redressement judiciaire en mai. A Hénin-Beaumont (Pas de Calais), comme sûrement dans tous les magasins de l’Enseigne, les salariés vivent dans l’inquiétude… 6 offres de reprise sont à l’étude… Pendant ce temps, selon un compte-rendu remis au CSE, Carrefour serait dans le rouge pour ses « très grandes surfaces » : 56 % des hypermarchés de l’enseigne étaient dans le rouge en 2019…

Rosières (Groupe Candy Hoover qui appartient au groupe chinois Haier) à Lunery (Cher) a annoncé la suppression des 72 postes du site de production.

Encore dans l’aéronautique, Level France (Low cost filiale du groupe IAG) a informé son CSE d’un « projet de cessation totale de ses activités »… mais surprise, l’article d’ « Airmag » n’annonce même pas le nombre de salarié-es concerné-es… Pas important d’un point de vue financier ?

Renault entend également supprimer 15 000 postes dans le monde, dont 4 600 en France (Caudan-Morbihan ; Choisy le Roi-Val de Marne ; Dieppe-Seine Maritime ; Maubeuge-Nord - Arrêt de la production à Flins-Yvelines

Sanofi annonce aussi la suppression de 1700 emplois en Europe dont un millier en France… Ici ce n’est pas le Covid qui est en cause (on en serait vraiment étonné) mais « une nouvelle stratégie »… M’enfin monsieur le Président du laboratoire, détruire des emplois pour accentuer les profits n’est pas homologué comme « nouvelle stratégie » quand même !

Technicolor prévoit la suppression de 110 emplois d’ici la fin de l’année.

HSBC France annonce également la suppression de 235 postes dans sa banque d’investissement

Initiatives

Affiche de la "Caisse de grève" Affiche de la "Caisse de grève"
          La Caisse de grève mise en place et gérée par Info Com CGT et Sud Poste 92 a atteint plus de 3 millions d’euros. Cette réussite est sans aucun doute un signe fort de l’impact des derniers mouvements sociaux parmi la population. Les informations sont disponibles sur une page dédiée (caisse-solidarité). Un onglet permet de voir comment les dons ont été utilisés (onglet transparence). Plus de 39 000 dons pour 40 994 grévistes, le bilan est éloquent ! Voilà en tout cas une initiative qui renoue avec les premières actions de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT) au XIXè siècle qui utilisait sa caisse de grève pour encourager la solidarité internationale avec les grèves qui se développaient alors un peu partout en Europe. Vous pouvez continuer à faire des dons sur la page « pot commun ». On serait en droit d’attendre une telle transparence de la part de toutes les organisations syndicales et la mise à disposition de leurs « fonds secrets » pour tous les mouvements sociaux, que l’on soit syndiqué-e ou non. Un élément à soumettre au débat d’une nécessaire « refondation sociale » incluant la question du syndicalisme (ré-unification ou re-formation), l’auto-organisation des salarié-es, les nouvelles formes de lutte et la question centrale du pouvoir des salarié-es dans les entreprises.

 

Dura Lex, Sed Lex !

Prêt de prolos : l’article 52 de la Loi 2020-734 du 17 juin assouplit les règles relatives au prêt de main d’oeuvre entre entreprises jusqu’au 31 décembre 2020. « Horaires de travail fixés par l’entreprise utilisatrice avec l’accord du salarié » (oui, bien sûr !)… Possibilité de contourner l’avis du CSE par une consultation sur les différentes conventions signées… dans le délai d’un mois à compter de la signature de la convention de mise à disposition…

Gestion des risques

Dans son livre « La société ingouvernable, une généalogie du libéralisme autoritaire » (Edition La Fabrique, 2018), Grégoire Chamayou

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aborde, entre autre, la question du « contre-activisme d’entreprise », notamment à travers l’exemple de Nestlé qui avait du faire face à une campagne orchestrée par des activistes britanniques qui « dénonçaient les effets sanitaires du substitut de lai maternel commercialisé par Nestlé dans les pays du tiers-monde » (Page 119). Ce qui préoccupait les dirigeants de Nestlé allait devenir une préoccupation générale dans les entreprises afin de pouvoir faire face aux « conflits sociaux externes ».

La généralisation des ripostes face aux « violences policières » et au racisme de par le monde ces dernières semaines et en particulier le développement de « Black Lives Matter » a visiblement poussé les managers à réviser à vitesse grand V leurs « SWOT » (Strenghs, Weaknesses, Opportunities and Threats). "Le SWOT est une « méthode d’analyse fondée sur l’examen croisé des forces et des faiblesses de l’organisation (…) ainsi que des opportunités et des menaces présentes dans l’environnement » (Page 122)

Du coup, plusieurs sociétés ont dégainé leur communication « éthique » en soutien au mouvement « Black Lives Matter ». C’est le cas de L’Oréal, Mars (qui détient Uncle Ben’s) ou Unilever après que Quaker Foods ait annoncé le retrait de l’image de « mammy » (caricature de la nourrice noire). (Voir article complet de Sud Ouest sur la question)

Controverse amicale

Dans un article du 19 avril 2020, paru dans « Contretemps », Hadrien Clouet et Maxime Quijoux se posent la question du « pouvoir des salarié-es comme réponse à la crise ». Les auteurs mettent en avant le fait « qu’une nouvelle séquence de tensions sociales traversent les entreprises et les marchés ». Après avoir rappelé les contradictions systémiques entre les choix économiques réalisés par les capitalistes (délocalisations, choix productifs, fermeture de sites de production « unique » de matériel sanitaire) et les attentes sociales (ou sanitaires) de la population, ils mettent en évidence que l’Etat, par ces décisions (plan covid, ordonnances, gestion de la crise) a, de fait, exacerbé ces contradictions (« suspension généralisée des repos dans certains secteurs, dérogations à la durée horaire d’emploi et aux repos calendriers et dominicaux", etc.)

Dans ce cadre, les auteurs tentent de dessiner le « paysage » syndical de la défense des enjeux sanitaires au travail. Certes il y a bien des exemples, mais (et on ne peut leur reprocher vue l’actualité de l’article en pleine crise), cela ne suffit pas pour l’instant à généraliser, notamment par manque d’éléments chiffrés sur la portée réelle des gestes d’insubordination dans les entreprises. Par exemple le chiffre d’un « facteur sur cinq » ayant exercé son droit de retrait à La Poste semble considérablement exagéré (en n’oubliant pas que La Poste ne se limite pas à ses facteurs et que les personnels des guichets ont été considérablement exposés pendant toute la crise et encore aujourd’hui). Sur le « travail de sensibilisation » sur le long terme, et même si les auteurs soulignent que la fusion des IRP dans les CSE « a considérablement affaibli le périmètre des enjeux sanitaires », il faudra là aussi pouvoir tirer les premiers bilans, non de cet « affaiblissement » mais de cette destruction massive des CHSCT et de leurs conséquences sur les questions de prévention et de suivi de la santé des salarié-es. (voir à ce propos mon mémoire en M2 Sociologie que je peux transmettre à votre demande si vous le désirez).

C’est donc sur la base de ces résistances (isolées) ou de ces solidarités collectives (très partielles) qu’Hadrien et Maxime nous proposent de mettre en avant le « pouvoir salarial des coopératives, facteur de résiliences économiques » en citant quelques exemples d’initiatives fortes dans de telles entreprises.

Mais, sans me prétendre en aucune manière « sociologue du travail », mais quand même « vertébré » par une longue expérience des rapports au travail, les conclusions avancées par l’article sont quand même assez… évidentes, non ? « L’appropriation des moyens de production n’est pas qu’un principe économique, qui modifie les buts et la rationalité du travail, mais aussi un principe sanitaire fiable, prudent et de long-terme »… ou encore « on peut émettre une hypothèse forte : plus le travail salarial-syndical et/ou coopératif - est fort dans une entreprise, plus le sens social de son activité est affirmé ».

La question qui reste néanmoins posée (mais pas entièrement ici) reste celle de la propriété des moyens de production. On a, je pense, largement conscience que les initiatives individuelles ou collectives, le poids du secteur « coopératif » en France sont largement inadaptés face aux bulldozers de la finance et aux décisions des conseils d’administration. Pourquoi alors ne pas reposer la question telle que Marx pouvait l’exprimer en analysant la Commune de Paris (« La Guerre civile en France ») : « Oui, messieurs, la Commune entendait abolir cette propriété de classe, qui fait du travail du grand nombre la richesse de quelques-uns. Elle visait à l’expropriation des expropriateurs. Elle voulait faire de la propriété individuelle une réalité, en transformant les moyens de production, la terre et le capital, aujourd’hui essentiellement moyens d’asservissement et d’exploitation du travail, en simples instruments d’un travail libre et associé ». Y’a-t-il un mot à retirer ? A mon sens non ! Faut-il ré-imaginer les moyens d’atteindre ce but ? Sans aucun doute à la lumière de l’histoire du XXe siècle. C’est ce débat que personne ne pose plus ou presque qui est pourtant le seul à même d’apporter des réponses concrètes et une feuille de route stratégique face au capitalisme destructeur (d’emplois, de la nature, de l’être humain…). Les « coopératives » sont bien un élément de ce débat (ce qui implique d’avoir une vraie analyse globale, sociale et économique), mais ne peuvent être la seule perspective. Tout simplement en raison d’un petit problème. Ceux qui ont le pouvoir économique ne se laisseront pas dépouillés petit à petit de leurs machines à profit. Le choix « coopératif » reste tout de même périphérique par rapport au coeur du système (puisque la plupart du temps, il me semble, les coopératives concernent des entreprises qui étaient vouées à la fermeture). Je reste donc sceptique sur cette unique perspective (mais l’article avait peut être pour inconvénient d’être trop court pour pouvoir y exposer tous les arguments des auteurs).

Lectures

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- Toujours accessible, l’excellente revue « Les Mondes du Travail » avec un hors-série de mars 2020 : Mobilisations et grèves. Au sommaire :  Entretien : « A notre échelle on a fait l’expérience qu’on pouvait déplacer des montagnes (Coordination RATP-SNCF) - Les syndicats ont décidé de ne pas retomber dans le piège de 2010 et de 2016 (CGT Chimie) - « On va rester mobilisés et continuer nos actions » (CGT FNME) - « La bataille de l’opinion publique a été gagnée grâce aux grévistes » - « Le monde enseignant se révolte ». - Dossier : la réforme des retraites, critiques et alternatives - Enquête créativité de la lutte : l’assemblée générale interpro Montreuil Bagnolet - Raisons d’agir (ou pas) - Bilan et perspectives - Une mobilisation puissante loin d’être terminée - Ouvrir une discussion - Pourquoi la grève ne s’est pas généralisée ? - Quelles leçons tirer d’un revers ? Une mobilisation, la comprendre et l’aider à gagner - Champs libre : - Ni réformistes, ni contestataires : comment penser le rôle des syndicats dans une mobilisation interprofessionnelle ? L’armée de réserve intellectuelle et le travail gratuit : précaires de toutes les universités, unissez-vous ! Violences policières, violences de policiers ou répression du mouvement social.

 

- Parution de la revue « Le Mouvement Social » n° 269-270. Au sommaire : L’histoire sociale en quête de public - 1960-2020 : soixante ans d’histoire sociale - Les écritures alternatives : faire de l’histoire « hors les murs ? » - Ecrire l’histoire en images. Les historiens et la tentation de la bande dessinée - Mettre en scène l’enquête en sciences sociales : formes et enjeux de la valorisation artistique des travaux de recherche - « Là est son gibier ». Achoppements théoriques et pratiques d’un historien écrivain - Sous l’oeil des Houillères. Retour sur une expérience documentaire - Entendre l’histoire pour comprendre son élaboration : des bulles sonores à la webapp « passe-ici.fr" - Le carnet de recherche. Un nouvel outil dans l’écriture d’une histoire du temps présent - Ecrire pour le (grand) public sans renoncer aux pairs : trois expériences de revues en ligne - Les français, la mémoire de la Grande Guerre et son centenaire - L’histoire populaire : label éditorial ou nouvelle forme d’écriture du social ? - L’histoire sociale autrement.

Si vous voulez faire un geste pour un chômeur en quête permanente de lecture… vous pouvez me l’offrir, ça me fera plaisir…

Résumé

Samedi 4 juillet

- Tulle (Corrèze) : Manifestation en soutien aux salarié-es de l’usine BorgWarner, sous-traitant de Volkswagen - CGT-CGC-FO - Objet : Fermeture de l’usine et jusqu’à 2000 suppressions d’emplois - Entre 1500 et 2000 manifestant-es. Intersyndicale en place, perspective d’un comité de soutien et d’une coordination automobile… ce qui est une très bonne idée ! (Article de France 3 Nouvelle Aquitaine)

- Lannion (Côte d’Armor) : Manifestation massive (Plus de 5000 personnes) en soutien aux salarié-es de Nokia avec des salarié-es de Hop ! Et de la Fonderie de Bretagne.

Mardi 7 juillet

- Monchy-Le-Preux (Pas de Calais) : Arrêts de travail chez Akebono (constructeur japonais de plaquettes de frein) - Risque de cession foireuse de l’entreprise

Mercredi 8 juillet

- Toulouse (Haute-Garonne) : Manifestation monstre autour des salarié-es d’Airbus… 8 000 sur toute la France, 3600 à Toulouse pour un cortège de 4 km de long… Rappel : 5 000 suppressions d’emplois prévue en France.

- Paris : Manifestation des salarié-es de Nokia contre la suppression de 402 postes à Lannion (Côte d’Armor) et 831 à Nozay (Essonne)

- Fos-Sur-Mer (Bouches du Rhône) : arrêts de travail chez ArcelorMittal à l’appel d’une intersyndicale (prime Covid, Conditions de travail, pérennité du site)

Jeudi 9 juillet

- Abbeville (Somme) : Grève à Verescence (Leader mondial du flaconnage en verre) - CGT - Objet : Réduction de la prime de fin d’année (suite négociations NAO) - Impact chômage partiel et baisse d’activité (- 40 % deuxième trimestre 2020) - Jusqu’à 70 % de grévistes selon la direction - Reconduction possible.

- Saint-Malo (Ile et Vilaine) : Manifestation de 250 dockers de toute la France en soutien à leurs 32 collègues malouins licenciés.

- Hambach (Moselle) : Rassemblement de 400 salarié-es aux portes du CSE extraordinaire, devant l’usine SMART - Enjeu : la reprise de l’usine par Ineos Automative.

- Toulouse (Haute-Garonne) : Manifestation à l’appel de la CGT en soutien à la filière aéronautique (90 000 salarié-es dans la Région). Présence de JeanLuc Mélenchon (FI)

Vendredi 10 juillet

- Nantes (Loire-Atlantique) : Appel à manifester après l’annonce de la nomination de Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur et d’Eric Dupont-Moretti au ministère de la justice - A l’appel du collectif « Nantaises en lutte », de SapphoGang et BLM Nantes

- Clermont Ferrand (Puy de Dôme) : Manifestation des salarié-es du centre de maintenance de Hop ! (Filiale d’Air France) - CFDT-CGT-UNSA - Objet : annonce de 49 suppressions de poste sur le site de Clermont.

Rappel : le mail de contact : mouv.social.visible@gmail.com - Vous pouvez m'y envoyer tracts, articles de fond, analyses, critiques, dates et en fait tout ce que vous voulez. Précisez bien si vous êtes d'accord pour une publication ou s'il s'agit uniquement d'un document destiné à ma recherche personnelle. Merci à vous...

 

 

 

 

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