Mais où est l’argent des chômeurs de La Poste?

Voilà ! Bientôt cinq mois au chômage et j’attends désespérément le versement de mes allocations par La Poste. Cinq mois que tous les jours je consulte fébrilement mon compte pour savoir si le virement est passé… mais non ! Rien ! Cinq mois sans argent et confronté à une « machine » sans âme qui vous laisse tout simplement dans votre désespoir.

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En écho à l'appel à témoignage de Médiapart sur la question du chômage...

Quoi ? La Poste s’occupe elle-même des gens qu’elle met au chômage ?

Ce fut un choc de plus ! Après celui du licenciement (qui à lui seul mériterait un très long chapitre), j’apprenais avec stupeur que ce n’était pas Pôle Emploi qui s’occupait de moi mais… mon ancien employeur ! Début d’un long calvaire dont l’issue n’est pas encore arrivée à ce jour…

Premier problème : les documents obligatoires que doit fournir l’employeur. Certificat de travail et attestation de l’employeur destinée à Pôle Emploi. Logiquement, ces documents, essentiels pour la constitution de votre dossier doivent être remis dès le lendemain de la rupture du contrat et en tout cas dans un délai inférieur à deux semaines.

Les documents que m’a remis La Poste sont datés du 10 juillet (attestation pour Pôle Emploi et certificat de travail) et reçu le 13 juillet soit plus de 7 semaines après mon licenciement ! Autant dire que vous perdez déjà deux mois pour prétendre à une allocation ! Car pendant ce temps il ne se passe… rien !

Mais ce n’est que le début !

Car pour ouvrir votre dossier auprès du « service chômage » de La Poste il vous faut un autre sésame : un certificat de « refus d’allocation » délivré par Pôle Emploi : le « refus de l’allocation dAide au Retour à l’Emploi ». Encore 15 jours d’attente pour un document finalement reçu le 30 juillet 2020 !

Vous allez ENFIN pouvoir adresser votre dossier à La Poste, dans un centre de gestion qui se situe à Nancy (CSRH Nancy). Mon dossier est parti dès le lendemain, le 31 juillet.. un dossier de fou pour lequel évidemment, vous ne devez oublier AUCUN des documents demandés :

- Une demande d’allocation de 4 pages qui devait être fournie avec les documents de fin de contrat, mais que mon ancien employeur a du oublier… Pas grave ! Fait marcher ton imprimante comme pour le reste des documents !

- La lettre de refus de Pôle Emploi précisant La Poste comme organisme indemnisateur

- Une demande d’attestation mensuelle d’actualisation (DAMA)

- Notification d’inscription à Pôle Emploi

- Les fameuses attestation employeurs

- Copie recto-verso de la carte d’identité

- Copie recto-verso de la carte vitale

- Copie de l’avis d’imposition de l’année précédente

- Relevé d’identité bancaire

Avec cette jolie annotation en gras sur la liste des documents

« Toute demande reçue incomplète ne sera pas étudiée ». Comme c’est gentiment écrit… Le droit à l’erreur ne concerne visiblement que les employeurs, pas les employés !

Voilà ! Dossier enfin complet…

Complet ? Mais non voyons !

Début septembre (pour un dossier transmis le 31 juillet en recommandé donc !), je reçois un nouveau courrier du Groupe La Poste, signé mais sans aucun nom de responsable !), courrier « qui accuse réception de ma demande d’allocation » (plus d’un mois après l’envoi !) Mais qui rajoute : « Cependant votre dossier est incomplet et ne peut être étudié »…. Et de me transmettre un nouveau formulaire « 966-1 » et de me demander un « relevé de carrière A JOUR et de MOINS DE TROIS MOIS (délivré sous condition par la CARSAT-CRAM)…

L’imprimé 966-1, c’est la demande d’allocation, document qui ne m’a jamais été remis au moment de la constitution de mon dossier. J’avais donc récupéré sur leur site un « Formulaire de demande d’allocations pour perte d’emploi » siglé « Infodécision »… Qu’à cela ne tienne ! Je remplis à nouveau.

Par contre, le relevé de carrière ne figure absolument pas dans les pièces demandées lors de l’inscription (voir la liste ci-dessus). Cette petite manoeuvre vous fait donc perdre encore plus d’un mois puisque ce « nouveau dossier » est transmis le jour même où je l’ai reçu… mais nous sommes déjà début septembre, plus de 3 mois après le licenciement ! Imaginez la galère de quelqu’un qui est déjà sans emploi, isolé, sans ressource et à qui on demande tout d’un coup un document (qu’il faut trouver !) sur toute sa carrière. Simplification administrative ? Connaît pas !

Il n’y a donc eu aucun retard de ma part dans la transmission des documents et des dossiers…

Par contre, à ce jour, mardi 13 octobre, 143 jours après mon licenciement, je vis SANS AUCUNE RESSOURCE !

La Poste en « auto-assurance » en matière d’allocation de chômage.

C’est un « Bulletin des Ressources Humaines » (BRH CORP-DRHG-2020-073 du 17 juin 2020) qui fixe les règles en matière d’allocation chômage. Ces règles s’appliquent indifféremment aux salariés, contractuels de droit public, fonctionnaires et apprentis.

Outre toutes les modalités de calcul et la présentation des différents droits, il y est prévu des « acomptes et avances » : « Les acomptes sur allocations correspondent à des paiement partiels et anticipés par rapport à l’échéance habituelle. La demande d’acompte doit être exceptionnelle et justifiée par la situation de l’allocataire » (Chapitre 6.1 du BRH)… Super ! Merci ! Mais alors comment expliquez-vous que ma demande d’avance, début septembre, faite par mail, après 3 mois de non-paiement par La Poste, soit restée sans réponse ?  Tout comme celle, réitéré début octobre, après 4 mois de non-paiement par La Poste !

Enfin sans réponse, pas exactement ! Suite à ce mail « on » m’a encouragé à appelé un numéro de téléphone ou… d’envoyer un courrier. Depuis deux mois que je tente d’appeler ce numéro, je n’ai JAMAIS eu de réponse… « en raison d’un trop grand nombre d’appels, nous sommes dans l’incapacité de vous répondre… La Poste s’excuse…. » IMPASSE !

Une fois, en quatre mois, j’ai eu un appel téléphonique de ce service m’invitant à prendre contact avec une « assistante sociale de La Poste ». Aussi bizarre que cette démarche puisse paraître pour quelqu’un qui a été licencié de La Poste, je l’ai fait… Réponse de l’Assistante sociale : « je vais consulter ma direction pour savoir ce que je peux faire »…. Depuis.. aucune nouvelle ! Merci… IMPASSE !

A savoir tout de même que le décret 2019-797 du 26 juillet 2019 relatif au régime d’assurance chômage prévoit également la possibilité de disposer d’un acompte (article 24 du décret).

Vers une action de groupe contre La Poste ?

Outre le fait que La Poste ne tient aucun compte des alertes lancées, ni de l’état de santé déclaré et vérifiable de « ses chômeurs » (pour ma part, j’ai été licencié à l’issue d’un arrêt maladie pour Burn-Out et à l’issue d’une « reprise d’étude » qui m’a permis d’obtenir un Master 2 en sociologie), il reste incompréhensible qu’une entreprise qui arrive à payer chaque mois au moins 270 000 personnes soit dans l’incapacité de faire face à ses obligations en ce qui concerne les plus précaires : celles et ceux qui sont au chômage. Il paraît que des fédérations syndicales sont intervenues sur le sujet…. Très bien ! mais ce qui est sûr c’est que cela ne suffit pas et que nous sommes sans doute des milliers à n’avoir AUCUN revenu pendant des mois… en France… en 2020 !

La question qui devrait être posée, c’est de retirer la gestion du « chômage » à La Poste dont on ne sait, au final ce qu’elle fait avec l’argent de « SES chômeurs ». Pour ma part, je lance aussi un appel en direction d’avocats qui voudraient s’engager peut-être dans une action de groupe avec tous les chômeurs de La Poste concernés par cette attitude inhumaine, cynique et indifférente à notre sort…

Car malheureusement, je ne suis pas le seul et ce, depuis fort longtemps ! Il suffit de faire un petit tour sur Internet pour se rendre compte que le système perdure depuis des années. En voici un petit aperçu histoire de ne pas penser que je suis en pleine hallucination ou paranoÏa :

« 5 août 2016 (Audi94 sur le site « droit-finances ») : « … lorsque je me suis retrouvée au chômage à la fin de mon CDD, Pôle Emploi m’a informé qu’ils ne pouvaient rien pour moi, qu’il fallait que je me débrouille avec le pôle chômage de La Poste. J’ai alors reçu un dossier avec une montagne de documents à leur transmettre pour au final rien du tout puisque Pôle Emploi ne m’avait pas donné le document le plus important… (…) J’ai repris le travail à La Poste en intérim 1 mois et demi après la fin de mon CDD jusqu’au 11 avril 2016 et depuis (au 5 août), je n’ai touché aucun droit au chômage. (…) J’essaye de les appeler sans arrêt tous les jours mais ça ne répond pas, ils me doivent 3 mois de chômage, j’ai accumulé des dettes, je ne m’en sors plus (…) »

« 1 février 2019 (Yohan75020 sur le site « droit-finances ») : « (…) Beaucoup de gens sont visiblement concernés, il est probable que le groupe La Poste soit redevable de nombreuses indemnités non versées, ce qui pourrait entraîner un procès à plus large échelle. »

« 19 juin 2019 (Jeanne sur le site « droit-finances ») : « J’essaye de les joindre depuis cinq mois. Je les ai eu au téléphone il y a une semaine : la dame m’a menacé de raccrocher car je perdais patience. Elle m’a dit « si je raccroche, vous aurez des raisons de pleurer ». Je travaille depuis 10 ans, je vis seule avec ma fille de 5 ans et je me suis retrouvé sans aucun revenu pendant plus de 5 mois. J’ai connu les assistantes sociales et le Resto du Coeur. C’est honteux » .

« 20 janvier 2020 (Julie sur site « Droit-Finances ») : « Depuis début décembre, ils ne font que me réclamer des documents qu’ils ont déjà… je n’arrive pas à les joindre au téléphone… je commence à perdre patience. J’ai même contacté Pôle Emploi qui m’ont répondu que malheureusement ils ne pouvaient rien faire mais qu’avec La Poste c’était toujours la même histoire. Je suis perdu et je ne sais plus quoi faire ! J’ai 3 enfants et vivre qu’avec un seul salaire ce n’est réellement pas possible ».

L’Est Républicain fait paraître un article le 11 octobre 2015 sur Anthony, ancien CDD. Même galère : attendre le « solde de tout compte et l’attestation de contrat de La Poste », attendre « l’attestation de rejet de Pôle Emploi » et envoyer son dossier à La Poste. Et au bout de 3 mois, Anthony se retrouve sans rien. La Poste dans le même article dément CATEGORIQUEMENT que les versements des allocations chômage soient effectués de manière générale avec trois mois de retard.. « Il existe un certain nombre de démarches à faire pour toucher les indemnisations. Le temps dépend de la réactivité de la personne »… Ben voyons ! Il n’y a qu’à vérifier les dates que je donne en début d’article pour se rendre compte que malheureusement votre réactivité n’est pour rien dans le délai de traitement !

Ouest France également fait paraître un article le 23 septembre 2020 sur un facteur au chômage qui ne touche rien depuis un an..

Le syndicat SUD 38/73 sur son site informe qu’en septembre 2020, la Fédération du même nom a « interpellé La Poste » qui « reconnaît ses manquements et a annoncé avoir recruté du monde pour traiter les nombreuses demandes ». Ah tiens, ce n’est plus de la faute du chômeur… on avance !

Une pétition de la CGT FAPT 54, datant d’il y a 4 ans, souligne que « Beaucoup de personnes souffrent du retard de traitement de leurs dossiers et vivent des situations dramatiques (perte de logement, difficultés financières…). Il est temps que la Poste prenne ses responsabilités quant à la dérive de son service d'indemnisation chômage et de mettre les moyens humains et techniques nécessaires afin que les agents du CSRH (Centre Services Ressources Humaines) de Nancy puissent travailler dans de meilleures conditions et assurer le traitement des dossiers dans des délais raisonnables ! » … Oui il était temps, mais visiblement rien n’a été fait !

On trouve dans les commentaires de cette pétition, beaucoup d’autres commentaires comme celui de Lahcen (il y a 3 ans) : « Je signe parce que moi même victime de cette situation inadmissible depuis mi-mars j'attends mes indemnités chômage, on est 28 juin 2017 , j'ai trois enfants , je paie plus mes crédits les huissiers frappe à ma porte, je ne comprends pas une grande entreprise de cette taille qui dépense des millions pour soigner son image , ses salariés sont traités comme des esclaves (…) »

Ou encore celui d’Anaïs (il y a deux ans) : « Pour mon cousin. Il a attendu 7 mois pour être indemnisé. Il a été obligé de demander de l'aide financière à sa famille. La CAF ne lui versait pas ses APL car il n'avait toujours son attestation de droit. Il s'est tellement endetté qu'il a été obligé de quitter son logement avec des factures (EDF,  ... ) en retard de paiement et retourner vivre chez sa mère. En dommage collatéral il est tombé dans une sévère dépression. C'est inadmissible. »

La liste est très (trop) longue.

Je lance donc cette bouteille à la mer pour que la presse d’enquête (comme Médiapart par exemple qui a lancé une enquête sur le « chômage ») aille voir ce que La Poste fait de l’argent de SES chômeurs, pour que des élus (députés, sénateurs) interpellent La Poste sur cette gestion calamiteuse qui détruit de nombreuses vies, et bien sûr en direction d’avocat-es qui pourraient s’engager à défendre des gens qui n’ont plus de droit et plus d’argent pour tenter de les faire respecter quand ils existent encore !

Un système et une organisations qui vous broie !

A toutes ces difficultés (le mot est faible) il faut encore rajouter une « organisation » qui fait de vous un être invisible, sans intérêt ni prise en considération.

Il faut donc ici parler du support lié à l’Assurance chômage gérée par La Poste. On vous engage à vous inscrire sur un site « infoalloc.net" qui porte très mal son nom ! Un site minimaliste, qui contrairement à ceux d’autres services publics comme la CAF ou Pôle Emploi vous laisse dans un état de solitude difficile à décrire.

Tout d’abord, tant que votre dossier n’est pas traité (et surtout accepté) par La Poste vous aurez droit chaque jour (puisque vous consultez fébrilement ce site même plusieurs fois par jour), à une page presque blanche, froide, sans aucune indication particulière (Capture d’écran 1).

Capture d'écran site InfoAlloc n° 1 Capture d'écran site InfoAlloc n° 1

J’ai eu le droit à cette page d’accueil pendant plus de 4 mois ! (La rubrique « Mon historique » est totalement vide, puisque, du point de vue de La Poste, vous n’avez pas d’histoire).

Rien d’autre… aucune indication sur la réception de vos courriers, l’éventuel délai d’attente pour le traitement (ce que sait très bien faire la CAF qui vous informe de ces délais), aucune possibilité de joindre qui que ce soit ou de savoir si oui ou non vous êtes dans les tuyaux ! L’indifférence et la froideur… Vous n’existez plus tant que La Poste n’a pas décidé que vous pouviez exister !

Quatre mois, c’est très long ! Ce sont au moins 120 jours à regarder ces trois lignes de message…

Lorsque La Poste m’a demandé des documents complémentaires, afin de ne pas perdre de temps, j’ai cliqué sur le beau logo en haut de la photo : « Déposer des fichiers ». Après avoir passé l’étape 1 (informations personnelles) et l’étape 2 (très drôle en vérité, sur les « conditions d’utilisation de la plateforme ») je suis tombé sur cette page (Capture d’écran 2)…

Capture d'écran site InfoAlloc 2 Capture d'écran site InfoAlloc 2

Je ne sais pas si « Lorem Lipsum » m’est personnellement adressé… Bon à priori c’est plutôt Lorem Ipsum qu’il faudrait lire… Une petite recherche sur Internet me donne l’origine de cette phrase utilisée par les typographes et qui viendrait de « Neque porro quisquam est qui dolorem ipsum quia dolor sit amet, consectetur, adipisci velit » et qui signifie : « Personne n’aime la douleur en elle-même, ne la recherche et ne la souhaite, tout simplement parce qu’il s’agit de la douleur ». Tout ça pour dire que même sur son site, La Poste n’a rien à faire de ce qu’elle écrit, c’est dire si on représente quelque chose dans ce monde !

Et puis un matin le miracle ! Le 24 septembre, soit 124 jours après mon licenciement, je reçois cette nouvelle « Nous venons d’instruire votre dossier. » mais déjà avec une première menace de « dérèglement » : « A ce jour, POLE EMPLOI ne nous a pas encore fait parvenir vos actualisations à compter de juin 2020 . Nous vous invitons donc à prendre contact avec votre agence Pôle Emploi afin de les récupérer et à nous les transmettre par retour de mail. »

Damned ! Outre le fait que j’avais pris le soin de transmettre par mail toutes mes actualisations (réalisées ponctuellement à chaque date d’ouverture chaque mois !), j’écris donc à Pôle Emploi pour anticiper les prochains problèmes…

Réponse de Pôle Emploi (Capture d’écran 3) : « nous n’avons rien dans votre dossier de la part de votre employeur »…

Capture d'écran réponse Pôle Emploi Capture d'écran réponse Pôle Emploi

L’un des deux ment… mais lequel (j’ai une lourde tendance à croire Pôle Emploi tout de même qui ont toujours su répondre dans des délais très brefs - 1 ou 2 jours - à toutes mes demandes et questions)? J’en suis encore à prier Pôle Emploi de bien vouloir me confirmer qu’ils ont reçu le fameux « DAMA » de La Poste et que le nécessaire sera bien fait chaque mois… Vous les sentez les problèmes arriver en rafale ?

Mais, bon, ça y est, mon « compte » est alimenté sur le fameux site de La Poste

J’ai donc droit à une page internet divisée en 4 parties. Sur l’une d’elle (en haut à droit) un superbe bouton vert qui affirme « Votre demande d’allocation est traitée. Vous avez reçu ou allez recevoir une notification de droits »… La capture d’écran date du 13 octobre ! Mon compte est désespérément VIDE ! (Capture d’écran 4)

Capture d'écran Site InfoAlloc n° 4 Capture d'écran Site InfoAlloc n° 4

L’autre particularité de cette merveilleuse page InfoAlloc c’est de vous offrir une « roue de la fortune ». (Capture d’écran 5).

Capture d'écran site InfoAlloc n° 5 Capture d'écran site InfoAlloc n° 5
Comme vous le constatez, la mienne est toujours vide au 13 octobre (comme quoi je ne raconte pas d’histoire !). Mais cette roue a en fait un intérêt caché. C’est un décompte qui va vous accompagner tout au long de votre indemnisation jusqu’à ce qu’elle soit arrivée à 100 % de vos droits… Vous avez donc un compte-à-rebours qui va vous accompagner jusqu’à la fin histoire de bien vous mettre la pression sur le futur…

Appel à témoignage et à l’action

Devenir chômeur ou chômeuse, en France, en 2020, c’est devenir invisible. C’est subir sans cesse et à travers tous les outils mis en oeuvre par l’Etat et ses délégataires (Pôle Emploi, Entreprises chargées de l’assurance-chômage, sous-traitants du « marché de l’emploi » (qui n’a de marché que le nom !), une auto-responsabilisation aussi bien dans son « état de chômeur ou chômeuse », que dans la recherche de subsides ou dans sa propre recherche d’un nouvel emploi. Je reviendrais là-dessus sur les parcours proposés par Pôle Emploi (où vous ne rencontrez quasiment plus personne, tout se faisant « à distance ») où le discours managérial et entrepreneurial est devenu la clef de votre transformation de « gueux » en « entreprise de soi » comme le définissent si bien Pierre Dardot et Christian Laval dans leur « nouvelle raison du monde ».

« Ces politiques (néolibérales) visent également à « activer » le marché du travail en modifiant le comportement des chômeurs. Le « chercheur d’emploi » est supposé devenir un sujet acteur de son employabilité, un être « self-entreprising » qui se prend en charge lui-même. Les droits à la protection sont de plus en plus subordonnés aux dispositifs d’incitation et de pénalisation qui obéissent à une interprétation économique du comportement des individus »

Et de rappeler ce passage de l’Agenda 2010 du chancelier allemand Gerhard Schröder : « Tout bénéficiaire de l’argent des contribuables doit être prêt à limiter autant qu’il est possible la charge qu’il représente pour la collectivité, ce qui signifie que tous biens et revenus propres doivent d’abord être utilisés pour subvenir à ses besoins élémentaires » (Page 306)

Est-ce la devise de La Poste ? Bientôt 5 mois sans aucune ressource, vivant de la générosité de mes proches, rajoutant encore à l’humiliation d’avoir perdu son travail l’humiliation de la quête pour sa propre subsistance, est-ce que cela n’est pas assez ?

Je ne céderai pas à la tentation de mettre fin à mes jours, justement au nom de mes proches et de mes enfants. Mais ce combat pour la survie continue à me tuer à petit feu. Il rajoute au burn-out et à la dépression originels, aux trahisons et délations sans fondement des gens qui étaient censés m’aider la seule fois où j’ai eu besoin d’aide dans ma vie après avoir consacré la mienne aux autres, au cynisme et à l’indifférence d’autres qui ne comptent de toutes façons plus dans ma vie, il rajoute donc des marches supplémentaires pour en sortir… et les marches semblent de plus en plus hautes…

Ce texte est un appel à celles et ceux qui ont encore l’énergie pour faire en sorte que cette situation soit corrigée au plus vite. Si vous êtes de ceux-là, n’hésitez pas à me contacter. Pour faire en sorte que plus un chômeur ou chômeuse géré-e par La Poste ne subisse de situations aussi dégradantes… Merci de votre attention.

 

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