LA POSTE : L'ACCORD DE LA HONTE - Chapitre II : Aveuglement et Implosion

Suite de notre travail à vocation archéologique sur l'accord Courrier signé à La Poste en réponse à la "crise sociale" que traverse cette entreprise. Aujourd'hui, nous continuons à nous intéresser aux signataires... Après FO COM, la CFDT et le "Triumvirat" CFTC-CGC-UNSA sachant justement que l'UNSA POSTE n'a pas signé le texte...

Chapitre II : De l’accord de la CFDT au risque d’implosion de la « Liste Commune »

 Côté CFDT, on reste plus… pragmatique que chez FO, en se contentant d’annoncer (Tract de Février 2017) que « la signature de l’accord apporte aux facteurs.trices et aux encadrants.es des réponses concrètes en matière de création d’emplois, de promotion et de parcours de carrière ». 

Pour les réponses concrètes nous verrons dans un prochain chapitre leur « réalité »…

Par contre, il faut rendre à César ce qui appartient à César (ou au valet de César ce qui appartient au valet de César) : pour savoir à l’avance ce qu’il y aura dans un accord, il suffit de lire les tracts de cette organisation extrêmement bien informée pour apprendre par avance ce que proposeront… les patrons. A La Poste, on a remplacé le « syndicalisme d’accompagnement » par le « patronat d’accompagnement ».. nuance !

La CFDT qui colle donc parfaitement à la « stratégie » de son entreprise sans jamais la remettre en cause, n’hésite pas une seconde à servir de relais : « Pour la CFDT, il faut définir les mesures urgentes et immédiates que les postiers attendent et dont ils ont besoin. Ces mesures sont toutes aussi nécessaires à « l’excellence » voulue par La Poste. » Ah tiens, il faudrait donc que les « propositions » de La Poste répondent à ce nouveau leitmotiv de « l’Excellence », pilier de cet accord, terme sur lequel nous reviendrons aussi un peu plus loin..

 

 En attendant, voici donc ces « mesures » essentielles à la CFDT, décrites dans le tract de Décembre 2016

« - Un volet recrutement ambitieux permettant le comblement des vacances d’emploi actuelles et un volant de remplacement qui traduit les ambitions de l’entreprise en matière de santé et de qualité de services ;

- La fin de la systématisation des réorganisations à 2 ans et de la productivité anticipée ; 

- Le cadrage de la sécabilité structurelle et inopinée ; 

- Des mesures concrètes pour le remplacement des encadrants

- Un accompagnement financier et promotionnel à la hauteur des efforts engagés par les agents ; 

- L’engagement de mettre fin à l’intégration des Imprimés Publicitaires (IP) sur les tournées VAE (Vélo Assistance Électrique).

- Une filière qualité clairement identifiée. »

Autant de « mesures » qui se retrouvent miraculeusement dans l’accord signé, même si certaines « revendications » se retournent contre les facteurs et factrices. Par exemple, demander la « fin des réorganisations tous les deux ans » part d’un bon principe. Mais bien sûr, si on n’exige pas en même temps un garde-fou concret  (par exemple un minimum de 5 ans entre deux réorganisations ou un « droit de veto » pour les salariés et leurs organisations), on se retrouve avec la « réorganisation permanente » imposée par l’accord ! Belle avancée en vérité ! Quand à la « productivité anticipée » dont la CFDT demande le retrait, même chose : la productivité se fera au quotidien et en permanence… Quand à la sécabilité, bête noire des facteurs et factrices, la CFDT n’en demande pas l’arrêt… mais le cadrage. Ses voeux sont exaucés, pas ceux des agents !

          Dommage que la CFDT qui se sait écoutée d’une oreille très attentive par ses adhérent/es patrons, n’ait pas proposé le 13 ème mois ou le passage à 30 heures par semaine… on aurait pu avoir un « accord d’avant-garde », mais non…

 Coté « Liste Commune » par contre, c’est l’implosion en plein vol… La liste commune c’est « l’union » électorale de la CGC, de la CFTC et de l’UNSA. Prises séparément, ces organisations ne feraient plus partie du paysage syndical à La Poste, mais leur union a permis de garantir à l’entreprise un « apport » non négligeable pour la signature des accords dont la validité reste fixée à la nécessité de voir les signataires représenter au moins 30 % du personnel. 

Oui, mais voilà ! L’UNSA s’est inscrite depuis le début des négociations du côté de l’intersyndicale SUD-CGT avec des positions très claires sur les réponses à apporter à la crise sociale…

Quand à la caractérisation de l’accord, il ne fait aucun doute sur l’analyse du contenu par l’UNSA (Tract de Février 2017) : « Ce texte est un déni de la réalité : la montagne a accouché d’une souris  ! L’UNSA Postes ne signera pas ce texte en l’état ». Dans une autre communication de janvier, cette organisation concluait : « L’UNSA Postes refuse de signer cet accord pour ne pas cautionner notamment le principe des réorganisations permanentes, la pause méridienne, la flexibilisation des moyens de remplacement. Pour réussir le rendez vous qu’elle avait avec les organisations syndicales, La Poste aurait du sortir du déni et accepter de remettre en question son organisation du travail qui génère le mal-être de l’ensemble des postiers ».

On voit mal comment certaines « discussions » vont se passer dans ce qui reste donc de « Liste Commune »… 

Sans parler des couleuvres que certains doivent toujours être en train d’essayer d’avaler (elles sont si grosses !!!). Ainsi, la CGC, dans un tract « spécial courrier » de décembre s’étouffait devant une nouvelle fiche de poste « Encadrant de Terrain » qui prévoyait 50 % de Qualité et 50 % d’activités de production (Collecte et Distribution). La CGC écrit donc avec une vision tout à fait clairvoyante : « Nous vous laissons imaginer la vie reposante d’un cadre : le matin en tournée de distribution et si possible sans doublure, en début d’après midi conseil de direction suivi d’un ETC sur la stratégie de La Poste pour le facteur-guichetier et pour terminer la journée une petite tournée de collecte. Pour la CGC Groupe La Poste, cette fiche de poste est inacceptable et irréaliste. Elle démontre l’incompétence, le manque de connaissance du terrain de son initiateur et surtout l’irrespect de notre entreprise à l’égard de certains Encadrants ». Pan sur le bec comme on dit au Canard Enchainé ! Faut pas blaguer là, c’est quasiment une prise de position pré-révolutionnaire !

Bah ! Finalement, ce ne devait pas être si grave que cela puisque la fiche de poste du Responsable Opérationnel (ROp) prévoit : « 40 à 50 % de management et 50 à 60 % d’appui production (remplacement des positions de travail de son équipe, tâches d’amélioration de la Qualité de Service, relations clients et réalisations de services complexes). Il faut savoir que ces responsables Opérationnels seront essentiellement issus de la catégorie « Facteur Qualité » et aura pour mission de s’occuper de petits sites distants du site principal. Pour les autres (les cadres déjà en place) qui deviendront « Responsable d’Equipe », l’article 4.3.2 de l’accord prévoit « Aucune tache d’exécution ne peut figurer dans la fiche de poste des Responsables d’Equipe », ce qui est assez drôle lorsque l’on connaît le goût pour la sémantique de La Poste. Surtout que cette phrase remplace une autre phrase antérieure de l’accord qui disait, elle : « Les Responsables d’Equipe ne réalisent pas d’exécution, sauf circonstances exceptionnelles ». J’espère que vous aimez le travail dans la dentelle des « négociateurs »… car il aurait été plus simple et plus explicite d’amender la phrase en gardant : « Les Responsables d’Equipe ne réalisent pas d’exécution »… plutôt que d’écrire une phrase aussi alambiquée qui signifie en fait : « Ah ah, tu pourras faire de l’exécution mais on ne peut pas l’écrire dans ta fiche de poste »… Bref, ce sera à la CGC de gérer « ses contradictions » auprès de son électorat, mais en attendant, elle a bien signé pour une fiche de poste qui prévoit que les encadrants feront du vélo en distribuant des petites lettres dans les boites… Certains vont vite comprendre comment on « limite le recours à la sécabilité » (la sécabilité à La Poste consiste à faire une partie du travail d’un collègue absent en plus de son propre travail). D’ici à dire comme la CGC que tout cela démontre « l’incompétence et le manque de connaissance du terrain » de la part de celui (ou celle) qui a signé… nous n’irons pas jusqu’à là ! En tout cas, le site de la CGC Groupe La Poste est vierge de toute information depuis le 16 novembre 2016…. Etrange non, après la signature d’un accord historique !

 Pour la CFTC, l’attente est encore plus insupportable… Il suffit de se déplacer sur le site National du syndicat, de cliquer sur les « informations Poste » pour apprendre que « la CFTC sera dans l’action pour la journée de grève intersyndicale du…. 12 décembre 2013 »… Ce qui est pourtant sûr, c’est qu’ils ont négocié… et signé… Nous ne savons pas quel signe d’ailleurs ils ont pu faire en paraphant cet accord… les voies des négociateurs sont impénétrables, même sur leur site !

 

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