Plans Sociaux : 23 janvier, 4 février... les invisibles sortent de l'ombre !

Les confédérations (hormis Solidaires qui a signé l’appel) auraient pu faire du 23 janvier un premier rendez-vous contre les plans sociaux. Quitte à appeler ensuite au 4 février (appel de CGT, FSU et Solidaires). On aurait préféré… Mais qu’à cela ne tienne ! Que les cortèges des entreprises soumises aux licenciements après le 23 prennent la tête des cortèges le 4… et « l’erreur » sera réparée !

decembre

Et si on parlait de l’avenir ?

L’appel initié par les salarié-es de TUI France ne devrait faire peur à aucune organisation normalement constituée… C’est au minimum une prise de position claire « pour interdire les licenciements et les suppressions d’emplois ». Pourtant, les confédérations syndicales (en dehors de Solidaires) n’ont pas signé. Pourquoi ? Est-ce l’éternelle et sans cesse renouvelée rengaine sur les « moutons noirs », les risques de manipulation de « l’extrême-gauche » qui cache en fait l’absence de toute perspective un tant soit peu nationale des grandes centrales syndicales ?

Pas exactement, car dans le même temps elles ont fait le choix d’appeler au 4 février sur le thème de l’emploi justement. Une autre bonne occasion pour certaines fédérations d’expliquer qu’on ne peut pas mobiliser sur deux dates aussi rapprochées et qu’il vaut mieux privilégier la date des confédérations… Bref, rien de neuf sous le soleil pâle du syndicalisme qui n’arrive toujours pas à se régénérer.

Alors bien sûr on restera clean : ne pas opposer les dates, participer à toutes les initiatives, ne pas cliver, c’est-à-dire en définitive entretenir la machine à perdre.

Il faut pourtant prendre la mesure de l’énergie, de l’engagement et des difficultés que représente l’idée même de vouloir donner un cadre commun aux luttes contre les plans sociaux et les suppressions d’emplois. Et c’est tout à l’honneur des salarié-es de TUI France et de toutes les sections syndicales embarquées dans l’aventure. 

tract-appel-des-tui-bis

 Le 23 janvier et même le 4 février ne sont que le début d’un processus qui va être beaucoup plus long et qui nécessitera sans doute de prendre en compte plusieurs données :

Elargir le champs de la mobilisation

1. Les aides et les milliards distribués par le gouvernement ne font que reculer l’échéance d’un crash économique d’une ampleur sans précédent. De ce point de vue, le mouvement ouvrier ne peut ignorer la globalité de l’effondrement à venir et ne s’en tenir qu’à un cloisonnement de « classe » : il doit donc trouver les moyens d’intégrer notamment celles et ceux qui, il y a quelques mois encore, se situaient plutôt dans la petite bourgeoisie ou la classe « moyenne » comme on dit pour ne pas faire peur. Ne pas laisser cette catégorie aller vers les mains tendues de l’extrême-droite mais au contraire unifier les colères derrière une vision porteuse d’espoir pour la société est un vrai enjeu. Historiquement ce n’est pas la première fois que le problème est posé si on rejette un oeil sur les révolutions de 1830, 1848 ou même la Commune de 1871. Les revendications et les perspectives doivent donc intégrer la situation des commerçant-es, des tout-petit-es patron-es et des restaurateurs-restauratrices.

Elargir le champs des revendications

2. Les plans sociaux ne sont que l’extrême-pointe des attaques subies dans le monde de l’entreprise. La généralisation du temps partiel imposé (APLD) avec ses baisses de salaire, le non-renouvellement des CDD ou la saignée dans l’emploi intérimaire ou sous-traitant, l’utilisation par les patrons « d’armes de destruction massive des acquis » comme l’APC (Accord de Performance collective) ou la RCC (Rupture Conventionnelle Collective) laissent sur le carreau ou rejettent dans la misère et la précarité des millions de travailleurs-travailleuses. Les revendications doivent donc inclure ces données et notamment la suppression de ces dispositifs.

Rétrécir le champs des richesses

3. L’interdiction des licenciements et des suppressions d’emplois doivent être expliquées dans leurs conséquences sous peine de ne pas être du tout crédibles pour la grande masse des salarié-es. Cela implique notamment de mettre sur la table la question de la répartition des richesse, c’est-à-dire pour l’occasion de l’utilisation des profits des entreprises, la confiscation des dividendes et la nature des « sauvetages » pour les entreprises qui n’ont ni profit ni actionnaires.

Conquérir de nouveaux droits pour les salarié-es

4. Les questions du pouvoir et de la démocratie dans l’entreprise doivent donc être discutées sous une forme offensive et pour l’obtention de nouveaux droits pour les salarié-es : la question de l’ouverture (transparence) des livres de compte, la mise en place d’un « droit de veto »  par les salarié-es dans toutes les instances, y compris dans les conseils d’administration, la redéfinition de toutes les instances représentatives du personnel (abrogation des ordonnances Macron) et la remise en place des CHSCT ne sont pas des revendications secondaires. Elles permettent au contraire de donner vie aux revendications sociales en leur apportant les outils nécessaires à leur mise en place dans l’entreprise.

Régénérer le syndicalisme

5. Le syndicalisme a un grand besoin de se régénérer. La question de la ré-unification syndicale devrait maintenant se poser ou être posée. L’idée d’aller vers un colloque de toutes les forces disponibles, y compris les chercheurs et universitaires pourrait être une perspective à plus long terme pour reposer les bases d’un syndicalisme du XXIè siècle.

Quelques statistiques pour décembre

J’ai corrigé un biais qui apparaissait dans mes tableaux du fait du décompte des semaines dans les statistique de la DARES. Pour prendre un exemple, la semaine du 30 novembre était comptée… en novembre. Or, cette semaine ne compte qu’un seul jour en novembre pour 6 jours en décembre ce qui occasionne un « décalage » dans les décomptes mensuels. J’ai donc re-modifié tous mes tableaux sur la base suivante : pour qu’une semaine de fin de mois reste dans le mois de référence il faut qu’elle comporte au moins 4 jours (sur 7). Cette correction a été établie sur

- la semaine du 31 août 2020 qui glisse donc en septembre

- la semaine du 29 septembre 2020 qui glisse en octobre

- la semaine du 30 novembre 2020 qui glisse en décembre.

Evidemment, ça ne change pas le total du nombre de PSE sur la période du 6 avril au 3 janvier, par contre cela a le mérite d’affiner les tendances mensuelles. Ainsi, la rupture de « novembre » apparaissant dans le graphique 02 n’existe plus : on a donc une décrue en novembre avec une quasi-stagnation en décembre des plans sociaux mensuels. (Voir Graphique 01). Pour mieux visualiser ce « biais », je vous remets le même tableau selon les tableaux précédents (Voir graphique 02).

Nombre de PSE (nouvelle présentation) © @Fayat, source DARES Nombre de PSE (nouvelle présentation) © @Fayat, source DARES
Nombre de PSE (ancienne présentation) © @Fayat, source DARES Nombre de PSE (ancienne présentation) © @Fayat, source DARES

Tous les autres tableaux présentés ici reprendront ma correction des « semaines » pour avoir une vision plus « lissée » de la situation.

D’après la DARES donc (« Situation sur le marché du travail durant la crise sanitaire au 5 janvier » ), le nombre de PSE (Plan de Sauvegarde de l’Emploi) s’établit à 86 pour le mois de décembre (- 5,4 % par rapport à novembre  et - 37 % par rapport à octobre)

- 20 la semaine du 30 novembre (comptée en décembre donc)

- 29 la semaine du 7 décembre

- 26 la semaine du 14 décembre

- 10 la semaine du 21 décembre

- 1 la semaine du 28 décembre (donnée non fournie par la DARES, la quotité étant jugée trop petite d’un point de vue statistique)

(Voir Graphique 03)

Graphique 03 - PSE par semaine © @Fayat, Source DARES Graphique 03 - PSE par semaine © @Fayat, Source DARES
 

Le nombre de rupture de contrats de travail envisagé s’établirait à 8 910 sur le mois. (Voir Graphique 04) ; en augmentation de 3,17 % sur novembre

Graphique 04 -Nombre de ruptures de contrats © @Fayat, source DARES Graphique 04 -Nombre de ruptures de contrats © @Fayat, source DARES

Les procédures de licenciements économiques passent à 793 (Voir Graphique 05) ; en augmentation de 9,38 % sur novembre.

Graphique 05 - Nombre de procédure de licenciements économiques © @Fayat, source DARES Graphique 05 - Nombre de procédure de licenciements économiques © @Fayat, source DARES

Pour novembre, la DARES estime qu’il y a eu effectivement 2,9 Million de salarié-es au chômage partiel. (contre 1,6 en octobre, soit + 81,2 %)

Depuis le 1er mars et jusqu’au 3 janvier 2021, il y aurait donc eu 763 plans sociaux (410 sur la même période en 2019, soit + 86 % !!!) et 80 379 ruptures de contrats envisagées (29 467 sur la même période en 2019, soit + 172 %) , ainsi que 5 824 procédures de licenciements collectifs pour motif économique (dont 5 262 dans des entreprises de moins de 10 salarié-es et 562 dans les entreprise de 10 salarié-es ou plus).

 Les grèves en décembre

Avertissement : ne travaillant pour l’instant que sur les alertes de la presse, je ne prétends nullement à l’exhaustivité. Pire ! Je n’ai aucune idée du nombre réel de conflits. Cette veille n’a donc pas l’ambition d’être « scientifique » et doit donc juste être prise comme un extrait peut-être significatif (l’avenir le dira) de la conflictualité en France.

En décembre, j’ai recensé 145 conflits locaux, régionaux ou nationaux (44 de plus qu’en novembre).

Un conflit national n’est compté qu’une fois et pas dans ses déclinaisons locales. Le nombre de grèves par site est donc forcément plus élevé que cela ! J’inclus dans les grèves, les débrayages, même d’une heure du moment qu’ils occasionnent un arrêt de travail.

Sur ces 145 conflits, 17 avaient une portée nationale :

1 - Le 1er décembre dans l’Education Nationale pour les Assistant-es d’Education (AED) avec l’appel du SNES-FSU, de la CGT, du SNALC et de SUD.

2 - Le 3 décembre dans les crèches pour le personnel de la Petite Enfance par la CGT

3 - Le 3 décembre également  dans le Médico-Social par la CGT, SUD, FO et l’UNS

4 - Le 8 décembre, encore dans le Médico-social mais par FO seulement

5 - Le 9 décembre chez TEREOS (sucrerie industrielle, agro-alimentaire) par CGT, CFDT, FO, CGC

6 - Le 10 décembre chez SIDEL (Emballage des liquides alimentaires, Industrie), débrayage d’une heure par CFDT, CGC contre la modification de la complémentaire santé.

7 - Le 10 décembre aussi dans l’Education Nationale (Enseignement supérieur, recherche), sur la question de la Loi de programmation de la recherche par une très large intersyndicale.

8 - Le 10 décembre toujours à EDF contre le projet HERCULE par une intersyndicale

9 - Le 12 décembre chez IKEA par FO sur les primes de fin d’année et les conditions de travail.

10 - Le 17 décembre à LA POSTE par SUD sur les réorganisations, les effectifs, les salaires…

11 - Le 17 décembre à EDF encore toujours contre le projet HERCULE par CGT, CFDT, FO, CGC

12 - Le 17 décembre aussi à la RATP par CGT, UNSA, SUD, SAT, SOLIDAIRES contre l’ouverture à la concurrence.

13 - Le 18 décembre dans les Cantines Scolaires

14 - Le 19 décembre chez UBER EATS par la CGT sur les salaires et les conditions de travail.

15 - Le 22 décembre toujours chez IKEA mais par une intersyndicale sur les salaires, primes et conditions de travail

16 - Le 23 décembre chez AUCHAN par la CGT contre les 1475 suppressions d’emplois prévues.

17 - Le 24 décembre chez CALCIA CIMENT par la CGT contre le PSE, les fermetures de site et la répression.

Majoritairement, les grèves sont  toujours conduites par des intersyndicales (36 % des conflits) ou par la CGT seule (33 %). A noter que la presse zappe toujours aussi régulièrement les organisations syndicales, notamment pour les grèves dans les transports. Après des recherches complémentaires,  il reste que pour 7 % des grèves relayées, on ne sait pas qui appelle ou soutien !!! (Voir Graphique 6)

Graphique 6 - Appels à la grève © @Fayat Graphique 6 - Appels à la grève © @Fayat

Côté localisation géographique (hors conflits nationaux) :

- L’Occitanie est toujours en tête avec 10,3 % de l’ensemble des conflits

- Ensuite on retrouve un groupe de plusieurs régions représentant chacune plus de 8 % des conflits : Hauts-de-France, Nouvelle Aquitaine, Pays de la Loire

- Les régions les moins touchées par les conflits (- de 5 % du total) : Outre-Mer, Corse, Normandie, Centre Val de Loire (Voir Graphique 7 pour les 5 premières régions en pourcentage du nombre de grèves et le Graphique 8 pour l’ensemble des régions).

Graphique 07 - 5 principales régions touchées par la grève © @Fayat Graphique 07 - 5 principales régions touchées par la grève © @Fayat
Graphique 08 - Ensemble des régions touchées par les grèves © @Fayat Graphique 08 - Ensemble des régions touchées par les grèves © @Fayat

Concernant les revendications, ce sont toujours les salaires qui arrivent en tête (26 % des revendications sur les 145 conflits). C’est sensiblement le même rapport qu’en novembre. Par contre la part des conflits salariaux portés par le secteur médico-social pour l’extension des mesures du Ségur a considérablement chuté :  de 72 % en novembre, ils ne représentent plus que 16 % des conflits portant sur les salaires. (Voir Graphique 9 et 10).

Graphique 09 - Revendications principales © @Fayat Graphique 09 - Revendications principales © @Fayat
Graphique 10 - Part du Ségur dans les revendications salariales © @Fayat Graphique 10 - Part du Ségur dans les revendications salariales © @Fayat

Mais ce qui est sûr c’est que les conflits liés aux mesures salariales du Ségur sont de plus en plus durs et longs. On peut citer :

- la grève (CGT) au SSIAD de Capdenac (Aveyron) en grève depuis le 20 novembre (et toujours en grève au 8 janvier)

- la grève (CGT) des aides-soignant-es (SSIAD) de l’Hôpital de Bergerac (24) débutée le 12 décembre et toujours en grève le 31 décembre

- ou encore la grève des Aides à domicile (ADMR) du Loir-et-Cher en grève depuis le 21 décembre (toujours en grève au 12 janvier).

- Enfin citons également la grève (CGT) de la Maison d’Accueil spécialisée (MAS) de Decazeville (Aveyron) depuis le 6 novembre.

Il est clair qu’il y a un point de blocage organisé par les patrons de la santé pour ne pas permettre aux revendications salariales de se généraliser : il faut faire pourrir les grève pour décourager les autres secteur du médico-social de s’y mettre !

Ensuite, on trouve les luttes liées aux conditions de travail (18 %), qui passent devant les luttes liées aux Plans sociaux (15 %). Sans prétendre à l’exhaustivité par cette veille, ces tendances devraient pouvoir irriguer les débats des « stratèges syndicaux » surtout en des temps où l’on reparle de convergence. La question des salaires reste le marqueur principal des luttes réelles…

Enfin, les manques d’effectifs (7 %) sont le quatrième sujet des grèves analysées et touchent généralement le secteur public ou les services.

Lorsqu’on s’intéresse aux secteurs ayant le plus fait grève, c’est le secteur industriel et donc le privé qui reprend la tête en décembre (27 % des grèves) talonné de près par le transport (14 %) et la santé-médico-social (12 %).

On trouve ensuite des secteurs qui émergent dans notre graphique, chacun représentant à peu près 6 % des conflits comme l’énergie (avec notamment les grèves EDF contre Hercule), les services (avec une flambée chez les livreurs Uber Eats, Deliveroo, etc) et les grandes surfaces. La Poste reste stable avec toujours 6 % des conflits (Voir Graphique 11)

Graphique 11 - Secteurs en grève © @Fayat Graphique 11 - Secteurs en grève © @Fayat

On pourra noter la percée encore timide mais réelle de la logistique (2,7 % des conflits) avec entre autre la grève emblématique à la STEF (Logistique des « Intermarché ») de Montbarlier (82) en grève depuis le 16 décembre.

Si l’on fait un petit zoom au sein du secteur industriel, on trouve le secteur agro-alimentaire (21 % des grèves dans l’industrie) qui passe devant le secteur aéronautique (18 %) suivi de l’industrie « para-médical - pharmaceutique » (10 %) puis l’automobile (5 %) (Voir Graphique 12)

Graphique 12 - Détail dans l'Industrie © @Fayat Graphique 12 - Détail dans l'Industrie © @Fayat

Citons également quelques grèves parmi les plus longues ou les plus importantes en dehors de celles déjà citées ci-dessus :

- VERALLIA (CGT, verrerie industrielle) à Chateaubernard (16) commencée le 22 novembre qui était toujours en cours début janvier suite à la tentative de suicide d’un salarié et à l’annonce de 23 licenciements.

- XPO (CGT, logistique), 10 jours de grève du 2 au 12 décembre sur les salaires et les conditions de travail.

- SMRC (CGT, FO, CGC, sous-traitant automobile PSA) à Rougegoutte (90) du 7 au 14 décembre contre la remise en cause des accords collectifs et contre un APC (Accord de Performance collective)

- GIFRER (CFDT, paramédical) à Décines (69) du 8 à au moins le 16 décembre contre le plan social (125 emplois sur 215)

- DELPIERRE (FO, agro-alimentaire) du 14 au 21 décembre contre le plan social

- OCEANIA (O Oe to oe rima, agro-alimentaire)  à Tahiti du 14 à au moins le 23 décembre sur les salaires et les contrats de travail

- LIBRAIRIE DU MUCEUM (SUD, Culture) à Marseille (13) du 15 au 26 décembre sur l’avenir de la librairie après son rachat par Acte Sud

- NOVOTEL (CNT-SO, Hôtel) à Marseille (13) avec une grève des femmes de chambre du 17 novembre au 16 décembre pour le paiement des heures supplémentaires et complémentaires.

- POLYCEO (FO, filiale de Derichebourg, éboueurs) du 17 au 30 décembre contre les pratique du management local.

- ONET (CGT, sous-traitance entretien Hôpital de Valenciennes)  du 18 au 23 décembre pour un changement de classification, requalification CDD en CDI et conditions de travail.

- SABLIERES de GUADELOUPE (UGTG) en grève depuis le 14 novembre sur la question du dialogue social et la demande de mise en place d’un CSE 

- MARINA EXPRESS (O oe To Oe Rima, Grande Surface) à Tahiti en grève du 23 décembre  à au moins le 30 décembre contre le management autoritaire.

- CARREFOUR (CSTP / FO, Otahi, CSIP, O oe to oe rima et A tia i mua, Grande Surface) à Tahiti en grève du 22 décembre à au moins le 30 décembre sur la question du management et des salaires

Sans oublier la reine des conflits :

- IBIS BATIGNOLLES (CGT, Hôtel) où les femmes de chambre totalisent 17 mois de grève pour la reconnaissance de leurs contrats de travail et des droits afférents.

Et avec une spéciale dédicace à la grève des 5 enseignants-chercheurs de l’UNIVERSITE de BOURGOGNE à DIJON  depuis le 23 novembre sur les retards de salaire et leurs conditions de vie.

Enfin pour conclure ce chapitre sur la durée annoncée des grèves dans les préavis, sans surprise ce sont les grèves de 24 heures qui dominent (63,4 %), les grèves illimitées représentant tout de même 23,4 % des préavis. (Graphique 13)

Graphique 13 - Durée des grèves © @Fayat Graphique 13 - Durée des grèves © @Fayat

Entreprises touchées par les plans sociaux au mois de décembre

NATIONAL

  • COMEXPOSIUM - Evénementiel - PSE - 135 salarié-es (34 % du personnel)
  • AUBERT & DUVAL (Groupe ERAMET) - Alliage, sous-traitant aéronautique - PSE - RCC - APLD - 462 salarié-es (12 % du personnel) dont 31 à Imphy (58), 144 à Ancizes-Comps (63), 25 à Aubières (63), 68 à Issoire (63), 144 à Pamiers (09) - A&D veut atteindre un EBITDA (bénéfice avant intérêts, impôts…) de 15 % alors qu’il est de 4 % aujourd’hui (représentant syndical CFDT du CSE)
  • PROBOX (Groupe ADEO, famille Mulliez) - BTP - PSE - Fermeture - 50 salarié-es (100 % du personnel) - 7 fermetures de site - Reclassement promis chez BRICOMAN
  • COMPASS - Restauration collective - PSE - Fermeture - 1 300 salarié-es (10 % du personnel)
  • HSBC - Banque - PDV - RCC - 557 salarié-es (8 % du personnel)
  • CROUZET (Groupe INNO VISTA SENSORS) - Composants Mécatroniques - PSE - 72 salarié-es (17 % du personnel)
  • U-SHIN (Groupe MINEBEAMITSUMI, Japon) - Sous-traitant Automobile, Antivols et verrous de voitures - PSE - 220 salarié-es (44 % du personnel)
  • HYPPOCAMPE - Distribution de produits et matériels vétérinaires - Fermeture - 90 salarié-es (100 % du personnel) dont 17 à Semoise-sur-Loire (58) et Caen (14) pour le reste (73)
  • JOHN DEERE (Groupe DEERE & COMPANY, USA) - Tracteurs - PSE - 45 salarié-es (x % du personnel) dont une trentaine dans le Loiret (45) sur deux usines à SARAN et ORMES
  • FESTI - Déguisements et décorations - Fermeture - 98 salarié-es (100 % du personnel) et 31 magasins fermés

Total : 9 entreprises3029 salarié-es directement concerné-es sur 25 310 (11,9 % des effectifs maximum - Manquent effectifs John Deere)

HAUTS DE FRANCE

  • GRISS - Vannes industrielles et soupapes de sûreté - Armantières (59) - PSE - 80 salarié-es concerné-es (40 % du personnel) - Grève et blocage le 9 décembre 2020
  • CITP (Groupe ROUSSEAU) - Chaudronnerie et tuyauterie plastique - Bethune (62) - Liquidation judiciaire - 50 salarié-es concerné-es (100 % du personnel)

Total : 2 entreprises - 130 salarié-es directement concerné-es sur 250 ( 52 % des effectifs)

GRAND EST

  • FOSSIL (groupe FOSSIL, USA) - Fabricant de vêtements - Monswiller (67) - PSE - 57 salarié-es concerné-es (20 % du personnel)
  • HANSATON (groupe SANOVA, Suisse) - Paramédical, prothèses auditives  - Sarreguemines (57) - Fermeture délocalisation - 14 salarié-es concerné-es (64 % du personnel) - Champagne offert aux salarié-es pour fêter les bons résultats de l’entreprise !
  • O-I France (Filiale de OWENS ILLINOIS, USA) - Verrerie - Reims (51) - PSE - 18 salarié-es concerné-es (7 % du personnel)
  • DELPIERRE (Groupe LABEYRIE FINE FOODS) - Agro-alimentaire -Wisches (67) - PSE - Fermeture - 83 salarié-es concerné-es (100 % du personnel) - Grève du 14 au 21 décembre

Total : 4 entreprises 172 salarié-es directement concerné-es sur 635 (27 % des effectifs) -

BOURGOGNE FRANCHE-COMTE

  • ANGEL FRANCE (groupe ANGEL, Japon) - Fabricant jetons et cartes de jeux - Savigny-lès-Beaune (21) - PSE - 80 salarié-es concerné-es (76 % du personnel)

Total : 1 entreprises 80 salarié-es directement concerné-es sur 105 (76 % des effectifs)

AUVERGNE RHÔNE-ALPES

  • PORCENTRE (Groupe ALTITUDE) - Boucherie industrielle - Volvic (63) - PSE - 10 salarié-es concerné-es (56 % du personnel)
  • GIFRER - Laboratoire - Decines (69) - PSE - 125 salarié-es concerné-es (58 % du personnel) - En grève en décembre
  • CCI LYON METROPOLE - Chambre de commerce - Région - Restructuration - 67 salarié-es concerné-es (15 % du personnel) dont 14 à Saint-Etienne (42) et 6 à Roanne (42)
  • CASINO de SAINT-NECTAIRE - Casino - Saint-Nectaire (63) - Liquidation judiciaire - 15 salarié-es concerné-es (100 % du personnel)
  • UCC COFFEE (Groupe UCC COFFEE, Japon) - Fabricant de capsules de café - Valence (26) - PSE - 20 salarié-es concerné-es (15 % du personnel)
  • CENTRE FRANCE LA MONTAGNE - Presse - Clermont-Ferrand (63) - RCC - 100 salarié-es concerné-es (5 % du personnel)
  • CERAMIQUES DE COUTEUGES - Céramiques - Couteuges (43) - Liquidation judiciaire - 82 salarié-es concerné-es (100 % du personnel)
  • CLAUSTRE ENVIRONNEMENT - Tri des Conteneurs Jaunes - Marsac-en-Livradois (63) - Licenciements économiques - 5 salarié-es concerné-es (13 % du personnel)
  • ALMEYRIS - Assurance et Tiers Payant - Clermont-Ferrand (63) - PSE - 47 salarié-es concerné-es (28 % du personnel)
  • DIETAL - Luminaires - Saint-Georges-du-Mons (63) - PSE - 70 salarié-es concerné-es (33 % du personnel)
  • ESL (Entreprise Sondage Lyon) - Sondages - Lyon (69) - Cessation de paiement - 150 salarié-es concerné-es (100 % du personnel)

Total : 10 entreprises 691 salarié-es directement concerné-es sur 3 290 (21 % des effectifs) -

PROVENCE - ALPES - CÔTE D’AZUR

  • INTEGRA NEUROSCIENCES IMPLANT (Groupe USA) - Implants Cérébraux - Biot (06) - PSE - Transfert activité Suisse (?) - 102 salarié-es concerné-es (100 % du personnel)

Total : 1 entreprises 102 salarié-es directement concerné-es  sur 102 (100 % des effectifs) -

OCCITANIE

Total : 0 entreprise 0 salarié-es directement concerné-es sur 0 (0 % des effectifs) -

NOUVELLE-AQUITAINE

  • CERINNOV - Equipement robotique industrie céramique - Limoges (87) - PSE - 13 salarié-es concerné-es (33 % du personnel)
  • O-I France (Filiale de OWENS ILLINOIS, USA) - Verrerie - Vayres (33) - PSE - 30 salarié-es concerné-es (12 % du personnel)

Total : 2 entreprises 43 salarié-es directement concerné-es sur 295 (14,5 % des effectifs) -

CENTRE VAL DE LOIRE

  • GUILLEMET - Transporteur routier - Argenton-Sur-Creuse (36) - Plan de Cession SAS GALLAUD - 29 salarié-es concerné-es (31 % du personnel)
  • BOSCH AUTOMOTIVE STEERING - Colonne de Direction (sous-traitant FORD) - Vendôme (41) - PSE - 49 salarié-es concerné-es (10 % du personnel)
  • ITAB - Production de gondoles pour la grande distribution - Romorantin (41) - PSE - 42 salarié-es concerné-es (65 % du personnel)
  • PRESTAL - Métallurgie - Amboise (37) - Liquidation judiciaire - 10 salarié-es concerné-es (100 % du personnel)
  • RADIALL - Sous-traitant aéronautique - Chateau-Renault (37) - PSE - 46 salarié-es concerné-es (13 % du personnel)

Total : 5 entreprises 176 salarié-es directement concerné-es sur 998 (17,6 % des effectifs) -

PAYS DE LA LOIRE

  • SICA2M - Convoyage de pièces en milieu industriel - Loué (72) - Fermeture - 150 salarié-es concerné-es (100 % du personnel)
  • ETPO (Entreprise Travaux Publics de l’Ouest) - BTP - Saint-Herblain (44) - PSE - 32 salarié-es concerné-es (9 % du personnel)
  • PIMLOO (Groupe VYV3) - Petite enfance - Angers (49) - RCC - 17 salarié-es concerné-es (100 % du personnel)
  • SAINT-GOBAIN GLASS SOLUTIONS - Vitrages - Trélazé (49) - PSE - 49 salarié-es concerné-es (61 % du personnel)

Total : 4 entreprises - 248 salarié-es directement concerné-es sur 597 (41,5 % des effectifs)-

BRETAGNE

  • BLANC AERO TECHNOLOGIES (Groupe LISI AEROSPACE) - Sous-traitant Aéronautique - Plérin (22) - RCC - 20 salarié-es concerné-es (15 % du personnel)
  • POCHART - Traiteur - Brest (29) - Liquidation judiciaire - 8 salarié-es concerné-es (100 % du personnel) -
  • ALLIORA - Coffret et emballages pour grandes marques - Fougères (35) - Rachat Antoine Bruno - 11 salarié-es concerné-es (24 % du personnel) -

Total : 3 entreprises - 39 salarié-es directement concerné-es sur 184 (21 % des effectifs)

NORMANDIE

  • ABATTOIRS DE GRANDPARIGNY - Abattoirs - Grandparigny (50) - Cessation d’activité - 130 salarié-es concerné-es (100 % du personnel)
  • GSK - Industrie pharmaceutique - Evreux (27) - Plan réorganisation 2021-2024 - 80 salarié-es concerné-es (7 % du personnel) - Accord signé avant Noël par CGC et CFDT

Total : 2 entreprises 210 salarié-es directement concerné-es sur 1330 (15,7 % des effectifs)

ILE DE FRANCE

  • MPM MOTORS - Constructeur automobile - Saint-Quentin-en-Yvelines (78) - Liquidation judiciaire - 200 salarié-es concerné-es (100 % du personnel)
  • GIBERT JEUNES - Librairie - Paris (75) - PSE - Fermeture - 71 salarié-es concerné-es (89 % du personnel)
  • VISUAL TRANSDEV (Groupe TRANSDEV, filiale de la Caisse des Dépôts) - Transporteur Bus - Vitry-sur-Seine (94) - PSE - Cessation d’activité (?) - 63 salarié-es concerné-es (100 % du personnel) - CSE a saisi la Direccte et appel à la mobilisation le 22 décembre 2020
  • FLYBUS (Groupe TRANSDEV, filiale de la Caisse des Dépôts) - Transporteur Bus - Roissy (95) - PSE - 22 salarié-es concerné-es (23 % du personnel)
  • L-ACOUSTIC - Sonorisation spectacles - Marcoussis (91) - PSE - 35 salarié-es concerné-es (x % du personnel)

Total : 5 entreprises 391 salarié-es directement concerné-es sur 439 (89 % des effectifs minimum, manquent effectifs L-Acoustic)

OUTRE-MER

  • COLAS - BTP - Martinique - PSE - 28 salarié-es concerné-es (39 % du personnel)
  • MUTUELLE MARE GAILLARD - MMG - (Groupe VYV) - Mutuelle - Guadeloupe - Restructuration - 8 salarié-es concerné-es (10 % du personnel - à confirmer)

Total : 2 entreprises 36 salarié-es directement concerné-es sur 152 (23,7 % des effectifs - à confirmer) -

TOTAL GENERAL :

51 entreprises - 5 347 salarié-es directement concerné-es sur 33 735 salarié-es, soit 15,8 % des effectifs (maximum, manquent effectifs référence John Deere, L’Acoustic)

Explications et sigles

Cette liste d’entreprises touchées d’une manière ou d’une autre par des plans sociaux est issue d’une veille internet. J’ai recensé pour décembre 51 entreprises alors que la DARES en annonce 86 (sachant que je ne compte qu’un PSE pour une entreprise qui peut décliner plusieurs plans sociaux sur plusieurs de ses sites)

Le nombre de salarié-es concerné-es (5 347 ici) est lui aussi inférieur au chiffre annoncé par la DARES (8 910).

Dernier avertissement, les chiffres donnés dans le détail ne présagent pas de la réalité effective des licenciements. Mais, ce qui n’en reste pas moins vrai c’est que les salarié-es vivent ou vont vivre sous ces « épées de Damoclès » qui rajoutent à la tension du travail journalier l’inquiétude sur l’avenir et une paupérisation grandissante et inquiétante !

Voici la traduction des sigles utilisés dans cet article

PSE : Plan de Sauvegarde de l’Emploi - Je passe sur l’alibi du « plan qui vise à éviter les licenciements » puisque dans les faits il les annoncent la plupart du temps… Le PSE doit être validé par la Direccte (Inspection du travail). Il est obligatoire dans les entreprise de plus de 50 salarié-es lorsque les licenciements présumés concernent 10 salarié-es minimum (sur une période de 30 jours consécutifs). Un d’accord collectif majoritaire dans l’entreprise peut être signé. La consultation du CSE (Comité Social et Economique qui remplace les Comités d’Entreprises (CE) est obligatoire

APC : Accord de Performance Collective. Cet accord a été introduit par l’ordonnance du 24 septembre 2017 (Ordonnance Macron) relative au « renforcement de la négociation collective ». Ces accords ne sont pas forcément liés à la préservation de l’emploi, ils peuvent être liés au « fonctionnement de l’entreprise ». La crise COVID les a fait « décoller ». Ils ont la capacité de pouvoir modifier :

- l’aménagement du temps de travail, son organisation et sa répartition

- l’aménagement de la rémunération

- les conditions de la mobilité professionnelle ou géographique interne à l’entreprise.

Ce qui est le plus important c’est que les clauses de l’accord se substituent aux clauses « contraires et incompatibles » du Code du travail. L’opposition du salarié peut entraîner son licenciement comme on l’a vu dernièrement chez Derichebourg

PDV : Plan de Départ Volontaire. Il s’agit d’une « rupture amiable » du contrat de travail basée sur le volontariat. Le PDV n’est pas prévu par le Code du travail, mais a été reconnu par la chambre sociale de la Cour de Cassation dans un arrêt du 26 novembre 1984. Généralement, le PDV est assorti d’indemnités « attrayantes » et donne droit au salarié aux indemnités chômage.

RCC : Rupture Conventionnelle Collective. Elle est prévue par un « accord collectif » qui doit être également validé par la DIRECCTE (Inspection du travail). Elle est encadrée par l’article L.1237-19-1 du Code du travail. Le CSE est également consulté. Il s’agit là encore d’une conséquence de l’Ordonnance 2017-1387 du 22 septembre 2017 (Ordonnance Macron) relative à la « prévisibilité et la sécurisation des relations de travail. (On ne rit pas !)

APLD : Activité partielle de longue durée. Il est issu d’un décret 2020-926 du 28 juillet 2020 et du « plan de relance «  du gouvernement. L’APLD permet à une entreprise de diminuer l’horaire de travail de ses salarié-es et de recevoir pour les heures non travaillées une allocation en contrepartie d’engagements, notamment en matière de maintien de l’emploi. Nécessite aussi un accord collectif. Le salarié reçoit une indemnité horaire, versée par l’employeur, correspondant à 70 % de sa rémunération brute.

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