Lettre Ouverte au Président Vladimir Poutine

15 soldats russes morts, le responsable est identifié, après votre entretien téléphonique avec Netanyahou, allez-vous "comprendre votre partenaire" et pardonner ? Pourquoi les USA fournissent à Israël leurs armes les plus modernes alors que vous, vous abstenez de fournir vos armes modernes et efficaces - S300 et S400 -, même quand elles sont défensives ?

Monsieur le Président,

Les dirigeants russes n’ont pas encore tiré toutes les conséquences du « partenariat avec les USA, avec Israël et avec les États de l’OTAN » initié par l’élite corrompue des gouvernements de Gorbatchev, puis Eltsine. Ils continuent d’avaler des couleuvres et réagissent a minima en attendant le coup suivant de « leurs partenaires » et la situation stratégique de la Russie ne cesse d’empirer : sanctions, coup d’État malveillant en Ukraine, troupes US aux frontières... Et cela ne s’arrêtera pas là.

Or une autre situation est clairement envisageable.

En effet, passé un certain seuil de crédibilité nucléaire, la suprématie technologique ou de potentiel économique, un « petit pays » comme la Corée du Nord est en mesure de porter aux USA des dommages inacceptables ou à faire perdre aux USA leur place de leader du monde occidental impérialiste. Pour cela, il suffit de passer des paroles à des mises en demeure solennelles et, si nécessaire, au conflit ouvert, "tiède" et si l'ennemi le veut aller au conflit généralisé. La Russie a le potentiel pour imposer le respect de ses intérêts. Khroutchev avait tapé de sa chaussure sur la table du Conseil de Sécurité de l'ONU et les USA étaient obligé de l'écouter : ils n'ont plus jamais tenté d'attaquer Cuba. Mais, La Russie n'est pas l'URSS et Cuba n'est pas la Syrie...

La différence réside dans la compréhension de ce qu'est la différence entre la guerre populaire d’un côté et la guerre des élites capitalistes impérialistes de l’autre.

Dans la guerre populaire, les cadres du pays ne craignent pas de voir leur niveau de vie atteint, voire de payer de leur vie : pour eux seul importe l’avenir du pays. En exemple, nous avons toutes les guerres et révolutions que nous avons vues pendant le XXème siècle et en premier lieu la Révolution d’Octobre russe, puis la Révolution populaire de Chine consacrée par la création de la République Populaire de Chine. A cette liste, il faut ajouter la Révolution iranienne et la résistance héroïque de la direction de Cuba et de son peuple fier et courageux.

Dans cette catégorie de gestion des conflits, le principe est simple : « du moment que l’on peut apporter à l’adversaire des pertes insoutenables, quand il faut aller au charbon, il faut y aller ! ». De toute façon, une gouvernance réellement démocratique et réellement populaire peut toujours survivre à une guerre, même très lourde.

Mais dans la guerre des élites capitalistes et impérialistes, il est hors de question pour ces dernières de perdre définitivement leurs richesses. Une fois perdues, elles ne reviendront pas parce que, même face à un « petit pays », le conflit profitera aux tierces parties qui remplaceront les forces d’oppression des pays espérant par la menace et l’intimidation obtenir des avantages indus.

Revenons aux rapports USA – Israël – Russie.

Indiscutablement, la Russie a des intérêts qui se situent en Asie, en Europe et aussi autour de la Méditerranée. Mais elle est en permanence repoussée, obligée à chaque étape à renoncer à une nouvelle partie de ses intérêts. « Cela fait mal, mais c’est encore supportable ».

Ce jour, face à Orban qui lui présentait ses condoléances, Monsieur Vladimir Poutine, vous avez fait une déclaration où vous trouvez déjà des circonstances atténuantes au profit d’Israël. Pourtant, il y a eu 15 militaires morts, un avion technologique perdu et surtout une gifle publique face au monde.

C’est incroyable comme la Russie a une telle capacité d’encaisser sans réagir vraiment et cela même face à un avatar de pays microscopique – pure projection des USA ! Qu'aurait fait l'armée américaine si on avait tué 15 de ses militaires ? En persistant dans cette voie, la descente peut être longue, mais inexorable. La recherche militaire ne compensera jamais ni la clarté de vue stratégique ni le manque de courage politique.

Cela signifie que la direction russe sera amenée à souffrir d’autres affronts. Pourtant elle a la possibilité de poser des lignes rouges à l’image de ce qu’avait fait Khroutchev face à Kennedy en obligeant ce dernier à retirer ses missiles de Turquie en échange d’un retrait des missiles soviétiques de Cuba : ce dirigeant russe avait osé menacer directement et pratiquement le territoire des USA. Et plus près de nous, nous avons vu comment Kim Jong Un a tourné en ridicule la puissance militaire US, bien que Trump déclare avoir un « plus gros bouton » : mais Trump savait que le « petit bouton » coréen était en mesure de porter la mort sur le territoire US et ruiner les intérêts des capitalistes.

Les USA ont donné ses meilleurs avions dont des F35 à Israël. Pour la suite, voyons comment la Russie va restreindre l’activité d’Israël en Syrie. On va voir si elle va donner des armes efficaces et modernes (S300 ou S400) à la Syrie qui lui a déjà offert des bases militaires pour une durée de 50 ans ! La Russie permet formellement à "son partenaire" Israël d'attaquer régulièrement, la Syrie, un pays souverain, un allié. Elle permet à Israël de continuer d'occuper son territoire ; elle ne le protège pas à 100% et elle ne lui fournit les moyens de se protéger efficacement.

Il dépend de la Russie de se faire percevoir comme un allié provisoire pas très fiables, mais obligé (faute de mieux pour le moment) ou bien comme un véritable ami solidaire dans le progrès et dans le malheur. Dans tous les cas, les observateurs avisés savent que la Russie a largement les moyens de défendre ses intérêts plus vigoureusement (Ukraine, extension de l'OTAN, restrictions commerciales, etc.) et ses alliés pour peu qu'elle en ait la volonté.

Sent: September 18, 2018, 20:58

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