LE MARTYR DES ROHINGYAS

Le terrorisme prospère là où les droits de l'homme, le droit international et la démocratie sont sacrifiés sur l'autel de la finance mondiale.

LE MARTYR DES ROHINGYAS

Je viens de parcourir la lecture de quelques jounaux en ligne (L'Express, Le Parisien, Libération, Challenges ou encore LCI, France 24, RFI, etc.) qui ont consacré un article au déplacement ce jour, dans l'Etat de l'Arakan, de Aung San Suu Kye, la Prix Nobel de Complicité de Génocide, " la caution démocratique " de la junte militaire de Birmanie, responsable du nettoyage ethnique en cours des Rohingyas, selon António Guterres, le SG de l'ONU, lui-même, et j'en sors écoeuré.

A côté des éternelles et hypocrites justifications que tous ces jounaux accordent à la dirigeante birmane, qui serait à les entendre otage de la junte militaire, raison pour laquelle elle n'a jusqu'ici pas condamné le génocide des Rohingyas, qui se déroule pourtant sous ses yeux, mais qu'elle a dans un entretien avec le Président Turc, Receip Tayep Erdoghan, qualifié de " grotesque campagne de propagande " contre son pays, on retrouve d'un journal à l'autre, le même récit mille fois rabâché sur le calvaire des Rohingyas, qui à force, semble le banaliser.

La plume et le ton sont modérés, voire dociles, loin de l'hostilité et du jugement de valeur avec lesquels d'habitude ces mêmes journaux traitent de la situation en Syrie, en Libye, en Ukraine, où Assad, Khadafi et Poutine sont jugés et condamnés sans réserve ni retenue.

Non pas que je sois un partisan de ces trois dirigeants, mais pour souligner le traitement différencié des situations qu'opèrent les médias en fonction de leur idéologie ou de l'intérêt des lobbies financiers auxquels ils appartiennent.

Quand la logique du deux poids, deux mesures tiens lieu de ligne éditoriale, le droit à l'information et à la formation de la conscience citoyenne auxquelles les médias doivent veiller dans une démocratie est sacrément menacé.

En effet, si on y apprend qu'Aung San Suu Kyi était accompagnée de quelques membres de son Gouvernement et de plusieurs hommes d'affaires très influents, nul n'a osé le parallèle entre sa visite accompagnée d'hommes d'affaires puissants, et l'épuration éthnique de la minorité musulmane des Rohingyas, qui a permis de nettoyer le terrain pour faire place aux investissements dans l'Etat de l'Arakan, ce qui ressemble à une monstrueuse opération " d'une pierre, deux coups " bien réussie.

Quant à l'ONU, et la soi disante " Communauté Internationale " qu'elle est sensée représenter, elles peuvent timidement rappeler à la Birmanie que le génocide des Rohingyas est " un crime contre l'humanité " que le droit international interdit et condamne, elles ne leurrent point grand monde non plus, sur la politique du deux poids, deux mesures, qu'elles appliquent elles aussi, dans le traitement et la résolution des crises qui secouent le monde.

Car, qui ne se rappelle pas des prétextes et des mensonges utilisés par les américains en 1991 une première fois, puis en 2003 une seconde fois, pour obtenir un mandat de l'ONU afin d'envahir l'Irak, renverser le régime de Saddam Hussein et organiser son exécution.
Le même stratagème fût utilisé en 2011, pour justifier de l'intervention militaire menée par la France et la Grande Bretagne et pilotée par les américains, pour renverser le régime de Khadafi et favoriser son assassinat.

Si l'ONU peut sur la base de mensonges aujourd'hui reconnus et attestés par tous les rapports réalisés sur les guerres d'Irak et de Libye, accorder des mandats d'intervention militaire sensées empêcher le massacre des populations civiles menacées par des dictateurs (Koweït City et Benghazi), on ne comprend pas son immobilisme et son impuissance face au nettoyage ethnique des Rohingyas attesté aujourd'hui par des preuves irréfutables, et celui des Palestiniens dont les preuves irréfutables sont disponibles depuis 1948.

C'est cette dramatique trahison de la démocratie et du droit international par l'instance sensée défendre la Paix dans le monde, et par les médias, pilier de la démocratie, qui ont vendu leur conscience et la déontologie de leur noble métier à la finance, qui fait le lit du terrorisme, devenu désormais une véritable menace pour notre sécurité et nos libertés.

Avec affection, espoir et détermination

AbdouRahmane

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