I HAVE AFRAID

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux.

I HAVE AFRAID

Il y'eu le Code Noir publié en 1685 sur le statut juridique des esclaves dans les Antilles françaises, le Code de l'Indigénat de 1887 appliqué aux sujets français issus des colonies pendant la période coloniale nonobstant la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, ensuite plus récemment, la loi du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence suite aux événements liés à la guerre d'Algérie, puis celle du 20 novembre 2015 suite aux attentats terroristes de janvier et novembre 2015, et il y a eu ce jour, mardi 3 octobre 2017, l'adoption par l'Assemblée Nationale du projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, qui en faisant rentrer l'état d'urgence dans le droit commun, fait sortir par la même occasion la France de l'état de droit, et j'ai peur !

Peur de voir les acquis de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen remis en cause et abandonnés au profit des dispositions de cette nouvelle et énième loi de lutte contre le terrorisme qui vient d'être aujourd'hui votée.

Car que dit la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen à propos de nos libertés et de leur respect par le pouvoir exécutif et législatif ?

Elle dispose que : << Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.>>

Oui j'ai peur que sous l'ombre de cette loi, l'exception ne devienne la règle, que la sécurité ne prime sur la liberté et que ne se banalisent les discriminations contre les minorités, les délits de faciès, les abus contre les plus faibles comme le dénonçait déjà en son temps Montesquieu qui disait : << Il n'y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l'on exerce à l'ombre des lois et avec les couleurs de la justice.>> (Considérations sur les causes de la grandeur des romains)

Oui j'ai peur de voir la France tourner le dos aux valeurs de la République et à sa devise : Liberté-Egalité-Fraternité comme cela a été le cas sur la question de l'accueil des migrants, où désormais la solidarité humaine des citoyens envers ces derniers constitue un délit passible de poursuites judiciaires et dont le cas de Cédric Herrou en est un exemple très emblématique.

Oui j'ai peur de voir la patrie des droits de l'homme emprunter le chemins des patries des hommes sans droits, et renforcer par ce revirement historique le camp des nations qui bafouent l'état de droit et qui banalisent l'injustice et la violence dans le monde.

Oui j'ai peur de voir l'étendard de la France que représente les droits de l'homme abandonné sur le champ de bataille de la domination économique des puissants et de leur désir obsessionnel de sécurité sans personne pour le relever.

Oui j'ai peur que nous n’ayons oublié cet avertissement de Benjamin Franklin qui sonne aujourd'hui comme une sentence : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux. »

Avec affection, espoir et détermination.

AbdouRahmane

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