TRAGÉDIE D'UNE CHASSE AUX NOIRS PAR DES NOIRS AU PAYS DE MANDELA

Quand les héritiers de Mandela, dindons de la farce de réconciliation de la nation "Arc-en-Ciel", une société unie dans l'égalité et la justice sociale qui leur fût promise, suite à la chute de l'apartheid, se vengent de l'échec de leur nation sur les dos des immigrés africains du continent vivant en Afrique du Sud.

TRAGÉDIE D'UNE CHASSE AUX NOIRS PAR DES NOIRS AU PAYS DE MANDELA

Les scènes barbares de ces derniers jours dans les rues de Johannesburg, de lynchage d'africains exilés en Afrique du Sud, qui pour échapper à l'insécurité et à la violence causées par la guerre et le terrorisme qui déstabilisent leurs pays, d'autres en raison de la corruption et de la malgouvernance qui empêchent le développement économique, compromettant ainsi gravement l'avenir de la jeunesse dans les leurs, par des sud-africains, les héritiers de Mandela, dindons de la farce de réconciliation de la nation "Arc-en-Ciel", une société unie dans l'égalité et la justice sociale qui leur fût promise, suite à la chute de l'apartheid obtenue grâce au combat héroïque de toute une vie de Nelson Mandela, elles en disent long ces scènes de xénophobie, sur la faillite des acteurs politiques à la tête du pays de "Madiba", ainsi que celle des dirigeants des autres pays africains, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest du continent, tout comme celui de l'échec de leur projet d'intégration politique et économique dans le cadre de l'Union Africaine, nom amputé d'ailleurs du mot "Organisation", qui caractérisait à ses origines l'ambition de la première génération des dirigeants africains post indépendances, réunis au sein de l'OUA (l'Organisation de l'Unité Africaine) voulue par les panafricanistes africains, ce qui veut tout dire.

Mais cette situation est également le résultat de l'échec de l'élite intellectuelle africaine, qui n'a pas su assumer la relève de ses prédécesseurs, ni prendre soin de l'héritage laissé par ces derniers, sur le chemin de l'affirmation de la souveraineté des États africains, et sur celui de leur nécessaire unification dans le cadre du projet panafricaniste qu'ils défendaient, afin d'aider le continent noir à pouvoir faire face aux défis qui se dressaient devant lui au lendemain de l'accès à l'indépendance de ses nations.

En effet, cette élite n'a pas su accompagner les rêves des peuples africains exprimés dans la pensée et le combat d'un Aimé Césaire, de Frantz Fanon, de Léopold Sédar Senghor, Amadou Dia, Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah, ou plus récemment par un Thomas Sankara, qui voulaient en plus de l'indépendance, l'émancipation de l'homme noir, la réaffirmation de sa continuité historique et culturelle qui passaient par le réunification du continent dans le cadre du projet panafricaniste.

Oui, cette élite a failli, elle s'est occidentalisée, elle s'est embougeoisée, manifestant ainsi par cette attitude, un complexe d'infériorité vis à vis de l'élite blanche, devenue le miroir dans lequel elle se regarde et se projette, pour devenir finalement des véritables "peaux noires avec des masques blancs" tel que l'avait si bien jadis analysé Frantz Fanon.

Dans l'admiration de sa pensée et la défense de son statut de privilégié, cette élite a développé de concert avec les gouvernants, une politique de clientélisme de cours avec les pouvoirs en place pour soigner ses intérêts, ce qui lui a fait oublier sa mission première, à savoir prendre en charge l'éducation du peuple, aider à l'organisation de la société, à nourrir et enrichir la culture par le savoir, à rester vigilant quant à l'indépendance et à l'équilibre des pouvoirs, au respect des droits et libertés dans la société et à son accompagnement vers l'intégration panafricaine à travers la préservation et la transmission de l'histoire et de la mémoire des peuples africains.

Autre responsable de ce bilan désastreux, le peuple lui-même, qui a oublié son passé, renoncé à son honneur et à sa dignité, abandonné les valeurs ancestrales, les liens de solidarité familiaux, générationnels et sociaux, en contrepartie d'une promesse illusoire de réussite sociale personnelle, individuelle, égoïste, que lui fait miroiter la mondialisation, loin des traditions qui ont cimenté les liens sociaux dans les sociétés africaines, donnant ainsi raison à Houphouët Boigny, ancien président de la Côte d'Ivoire et allié de la France contre le panafricanisme, qui déclara : " ventre affamé n'a point d'oreilles."

Enfin, dernier acteur tout aussi responsable, sinon plus qu'aucun autre, l'impérialisme occidental, qui a accouché de l'esclavage suivi de la colonisation, qui a saigné l'Afrique et qui continue encore aujourd'hui de la saigner plus que jamais, transformant pour les besoins de ses sociétés, le continent en un gigantesque marché de matières premières, où il se sert à volonté sans payer le prix juste, imposant aux africains une réglementation du commerce international selon ses intérêts, les fameux ACE (Accords de Coopération Économique) imposée par l'Union Européenne à certains États du continent en témoignent, une monnaie, le franc CFA (franc des Colonies Françaises d'Afrique) selon ses intérêts, imposé par la France à quatorze pays en Afrique, qui empêche à ces derniers tout développement économique viable, la mondialisation et ses règles dictées par le FMI, la Banque Mondiale et leurs succursales, les places boursières, qui déstabilisent les économies nationales sur le continent en spéculant sur les cours de leurs matières premières, de leurs monnaies, de leurs économies, rendant de ce fait toute possibilité d'unification des économies africaines impossible, et donc impossible également l'union panafricaniste du continent, pourtant seule et unique véritable solution de redressement de l'Afrique.

Ces scènes de xénophobie anti immigrés africains en Afrique du Sud sont d'autant plus inadmissibles, qu'en cette ère de chasse aux migrants africains à laquelle se livrent aujourd'hui l'Amérique et l'Europe notamment, il est plus que désespérant de voir des noirs se livrer à la chasse aux noirs sur les terres de la mère patrie, l'Afrique, offrant ainsi à l'extrême droite occidentale et à l'idéologie de son suprémacisme blanc un argument dont il n'a pas besoin.

A la jeunesse africaine, aidée d'une élite intellectuelle et politique qui assument leurs missions et leurs devoirs, motivées et soutenues à leur tour par une société civile citoyenne et responsable, de retrousser leurs manches et de se donner la main pour s'atteler à l'unification de l'Afrique pour la sortir du chaos dans lequel elle s'enfonce depuis une si longue période sans temps de son histoire.

Avec affection, espoir et détermination

AbdouRahmane

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