ENLEVER LES VOILES JETES SUR LE VOILE

"Nul n'a le droit d'imposer par la contrainte à une femme de porter le voile, et nul n'a le droit de lui imposer par la contrainte de l'enlever, c'est une décision qui appartient en âme et en conscience à la femme seule, en toute liberté, sans que nul n'ai le droit d'y interférer." (Tariq Ramadan)

ENLEVER LES VOILES JETES SUR LE VOILE

En tant que citoyen musulman, en tant que responsable d'une association musulmane qui gère un lieu de culte qui accueille des femmes musulmanes qui ont fait le libre choix de porter le voile, j'aimerais rassurer le Président de la République, Monsieur Emmanuel Macron, sur l'idée qu'il se fait du voile et qu'il a exprimé dans la vidéo ci-joint.

En dépit de ce que raconte les détracteurs du voile derrière leur propre voile de la laïcité qu'ils travestissent ainsi, des raccourcis et des clichés des médias qui véhiculent le discours de l'idéologie islamophobe du Printemps Républicain et des autres courants de la fachosphère qui nient la place de l'islam et des musulmans dans la République, mais également de la compréhension littéraliste de certains prêcheurs musulmans et de leurs fidèles, le voile n'est pas un signe d'asservissement de la femme, il n'est pas non plus un signe de rupture d'égalité entre les hommes et les femmes, et il est encore moins un signe de manque de civilité ou de provocation.

Loin de tout cela, le voile est le témoignage intime d'une foi qui habite des êtres qui ont fait le choix de le porter pour se rapprocher de la lumière du divin, pour se protéger des risques et des dérives de la société, et pour se conformer à une obligation religieuse à laquelle ils adhèrent en âme et conscience, comme cela est le cas dans toutes les traditions religieuses où le port du voile existe depuis des millénaires sans que cela constitue un trouble à l'ordre public.

La laïcité brandie comme valeur essentielle de la République, et qui serait menacée dans sa sacralité par le port du voile des femmes musulmanes dans l'espace public, seulement par lui, et non par celui des femmes de tradition catholique, protestante ou juive, que nous dit-elle cette laïcité au sujet des droits des citoyens en matière de liberté de conscience et de culte aussi bien dans la sphère privée que publique ?

C'est la loi 1905 de séparation de l'Etat et des églises qui sans citer la laïcité, établit la liberté de conscience, garantit le libre exercice du culte et pose le principe de séparation des églises et de l'Etat, notamment, à travers ses articles 1et 2.
Article 1er : << La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes.>>
Article 2 : << La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.>>

D'autres textes fondamentaux ratifiés par la France ou inclus dans sa constitution protègent également la liberté de conscience et l'exercice du culte dans la République.

Article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme du 10 décembre 1948 : " Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites ".

Article 18 du Pacte international relatif aux droits civiques et politiques du 16 décembre 1966 (ratifié par la République française le 25 juin 1980) :
Alinéa 2 : " Nul ne subira de contrainte pouvant porter atteinte à sa liberté d'avoir ou d'adopter une religion ou une conviction de son choix ".

Enfin, quant à la question de savoir si le port du voie est une une obligation religieuse ou non pour les femmes, il y a un consensus majoritaire des savants dans le monde musulman sur le caractère obligatoire de cette prescription, et cet avis majoritaire fait autorité auprès des fidèles musulmans en général partout dans le monde.

Mais la position la plus équilibrée et la plus respectueuse de la liberté des femmes et de leur choix sur cette question du port du voile nous est fournie depuis des années par le Professeur Tariq Ramadan qui la résume de la façon suivante :
" Nul n'a le droit d'imposer par la contrainte à une femme de porter le voile, et nul n'a le droit de lui imposer par la contrainte de l'enlever, c'est une décision qui appartient en âme et en conscience à la femme seule, en toute liberté, sans que nul n'ai le droit d'y interférer. "

Je respecte et partage profondément cette position de Tariq Ramadan tant elle est respectueuse des dispositions des lois de la République et de l'avis des savants musulmans sur cette question, mais surtout elle prend en considération mieux que toutes les autres postures, l'avis et le libre choix des premiers concernés par ce sujet, à savoir les femmes musulmanes elles-mêmes.

Il nous faut retrouver de la sérénité, de la pondération et du bon sens sur ce sujet, et arrêter d'hystériser au quotidien la société autour du fait religieux musulman et de sa visibilité dans l'espace public, sachant que tant d'autres défis restent à relever pour la cohésion de notre vivre-ensemble.

Il y'avait bien d'autres points de l'intervention du président de la République sur lesquels j'aurai aimé réagir, mais cela nous aurait éloigné du cadre de cette modeste contribution sur le sujet du voile.

Avec affection espoir, et détermination

AbdouRahmane

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.