NIGER, INDEPENDANCE OU DEPENDANCE ?

Après une indépendance arrachée de haute lutte contre la colonisation française, le peuple nigérien se retrouve aujourd'hui dépendant d'une colonisation pernicieuse orchestrée par un régime qu'il a lui-même élu à travers un processus démocratique définit par ses textes fondamentaux !

NIGER, INDEPENDANCE OU DEPENDANCE ? 

Le 59ème anniversaire de l'indépendance du Niger vient d'être fêter en grande pompe ce 18 décembre à Tahoua (sud-est), dans un faste somptueux à coups de milliards de francs cfa mobilisés (100 milliards, coût des travaux de renovation), pour faire de Tahoua Sakola (la coquette), la vitrine de la politique dite de "la Renaissance" promise par le régime de Mahamadou Issoufou au pouvoir depuis 2011.

Si on ne peut que se réjouir de voir notre pays souffler sa 59ème bougie d'ère post coloniale, acquise grâce au sang et à la sueur de ses enfants versés pendant la lutte contre les campagnes coloniales françaises, ainsi que ceux versés au cours de la lutte pour l'indépendance, on ne peut qu'être triste et amer devant le bilan de la gestion de cet héritage et de cette liberté, acquis au prix fort du sacrifice des héros de la résistance et des pères fondateurs de la nation.

En effet, on ne peut qu'être triste et en colère devant une telle faillite morale et politique, dont certes, toute la responsabilité ne saurait reposer sur les seules épaules du régime de Mahamadou Issoufou, cette faillite est le bilan de tous ceux qui ont eu à gérer le Niger, en dehors de la parenthèse heureuse de la gouvernance du patriote, feu le Général Seyni Kountché (paix à son âme) qui a pris en mains le destin du pays d'avril 1974 à novembre 1987, date de sa mort.

Mais l'ère de la mauvaise gouvernance de l'actuel régime, semble de mémoire de nigériens, la pire que le pays n'ai connu, et elle est la plus dure à avaler, tant le peuple nigérien avait nourri d'énormes espoirs en Mahamadou Issoufou et en son parti, le PNDS, qui étaient attendus comme le messie, eu regard aux bilans désastreux de leurs prédécesseurs.

Mais hélas, la montagne a accouché d'une souris, et le rêve s'est transformé en un cauchemar dont le peuple nigérien n'arrive toujours pas à émerger, et aucune lumière ne semble indiquer le bout du tunnel à l'horizon.

Sans m'étaler sur la liste des multiples scandales de corruption, de détournement des deniers publics, du bradage de nos entreprises publiques, de l'installation sans consultation de la représentation nationale de troupes étrangères sur notre territoire, dont la présence plutôt que de protéger notre pays contre les attaques des groupes terroristes qui sévissent dans la région depuis la chute du régime de Kadhafi en Libye, semble être la cause de leur détermination à le déstabiliser, je ne m'étalerai pas non plus sur la confiscation de la démocratie par le muselage de la presse, la répression des acteurs de la société civile, la déstabilisation des différents partis d'opposition dont l'existence est nécessaire à la vitalité et à l'alternance de la vie politique, l'instrumentalisation de la justice pour faire taire toute voix contestataire, le règne voire plutôt le joug de ce régime, est incontestablement la pire expérience politique de la nation nigérienne de ces dernières années.

Et le tableau devient encore plus sombre, voire apocalyptique si on considère l'état des services sociaux qui font cruellement défaut aux populations dans les domaines où elles en ont le plus besoin (eau, électricité, logements, infrastructures sanitaires etc.), les systèmes de santé et d'éducation sont dans un état catastrophique, et le chômage bât chaque année des records, notamment celui des jeunes, ce qui explique leur intérêt pour les filières des groupes terroristes ou celle de l'immigration clandestine avec le risque de finir djihadiste ou esclave dans un camp d'internement en Libye.

Certes, l'indépendance octroyée en 1960 par la France à ses anciennes colonies d'Afrique de l'Ouest était et demeure un leurre, dans la mesure où n'ont pu accéder au pouvoir dans leurs pays que les leaders qui avaient accepté la proposition que le Général De Gaulle leur avait faite en 1958, à savoir l'indépendance en contrepartie de la coopération avec la France, que seule la Guinée Conakry de Ahmed Sékou Touré refusera.

Pour autant, des pays comme le Sénégal ou le Bénin essayent de concilier avec des résultats certes insuffisants, l'impératif de soigner les intérêts de la France tout en n'oubliant pas ceux de leurs peuples, une posture qui semble aux antipodes des préoccupations du régime de la "Décadence" de Mahamadou Issoufou, dont le peuple semble ne pas être digne de recevoir ne serait-ce que les miettes du ruissellement de la coopération avec la France.

Aussi, c'était une véritable insulte à l'endroit du peuple nigérien que d'avoir entendu le Chef de l'Etat célébrer sans honte ni remords, le 59ème anniversaire de l'accession de notre pays à l'indépendance, au travers d'un discours qui a fait scandaleusement l'impasse sur les pertes lourdes subies ces derniers temps par nos vaillantes forces de défense et de sécurité dans leur lutte contre les groupes terroristes qui ont pris notre pays comme cible, qui a fait l'impasse sur le sort de nos 39 compatriotes (33 femmes et 6 garçons) otages du groupe terroriste Boko Haram depuis le 2 juillet 2017, qui a fait l'impasse sur les arriérés de salaires des fonctionnaires qui courent depuis plusieurs mois, qui a fait l'impasse sur les impacts de la loi de finance 2018 sur le maigre pouvoir d'achat des populations que son régime vient d'adopter, qui a fait l'impasse sur le désespoir de la jeunesse de notre pays abandonnée à elle-même, qui a fait l'impasse sur la situation alarmante de notre système de santé et de notre système éducatif, tous deux à l'agonie, qui a fait l'impasse sur les souffrances et les difficultés de notre peuple, et qui s'est plus adressé aux éventuels investisseurs directs étrangers qu'il courtise, source de gains facile pour les membres de son gouvernement pléthorique et de son clan par le biais du détournement des deniers publics dans lequel ils excellent.

Après une indépendance arrachée de haute lutte contre la colonisation française, le peuple nigérien se retrouve aujourd'hui dépendant d'une colonisation pernicieuse orchestrée par un régime qu'il a lui-même élu à travers un processus démocratique définit par ses textes fondamentaux !

Ce que la main du peuple a noué hier, peut être défait par la main du peuple demain !

Au peuple nigérien de choisir son destin, la révolution ou la soumission, le choix lui appartient.

<< LA DESOBEISSANCE CIVILE N'EST PAS NOTRE PROBLEME. 
NOTRE PROBLEME EST L'OBEISSANCE CIVILE. 
LES GENS OBEISSENT AUX DIKTATS DE LEURS DIRIGEANTS, ET ILS OUBLIENT LA PAUVRETE, LA FAIM, LA GUERRE ET LA CRUAUTE. 
ET PENDANT QU'ON OBEIT, NOS PRISONS SONT PLEINES DE PETITS VOLEURS ALORS QUE LES VRAIS BANDITS SONT A LA TETE DU PAYS. 
L'OBEISSANCE EST NOTRE PROBLEME >>.

(HOWARD ZINN)

Avec affection, espoir et détermination

AbdouRahmane Ridouane

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