AUX RACINES OCCIDENTALES DU TERRORISME

La démocratie est un bien trop précieux pour l'humanité pour accepter son sacrifice sur l'autel des intérêts pétroliers et géostratégiques des uns et des autres.

AUX RACINES OCCIDENTALES DU TERRORISME

Merci à François Burgat pour le courage et la pertinence de cette analyse (https://www.facebook.com/francois.burgat?fref=ts) qui permet de comprendre combien la trahison des principes fondamentaux de la démocratie par les pays occidentaux qui depuis des siècles en revendiquent avec ostentation la paternité, des Etats-Unis à la Grande Bretagne, sans oublier bien sûr la France et le reste des pays européens, a nourrit et continue de servir de ferment aux différents mouvements politiques dans le monde musulman qui s'appuient sur l'islam pour combattre leurs invasions militaires impérialistes ou leur soutien aux dictatures en place en terre d'Islam, et a fini par donner naissance au terrorisme.

Ce fut vrai en Afghanistan avec dans un premier temps l'invasion russe de 1979, suivie de celle des américains après le 11 septembre 2001, dans le sillage desquelles apparaîtra le premier mouvement de résistance nationale contre une occupation impérialiste dans le monde musulman après l'OLP en Palestine, qui recourira au terrorisme dans sa lutte contre l'occupant, le groupe Al Qaïda de Oussama Ben Laden.

Puis ce fut en Algérie que le même scénario va se jouer, avec cette fois ci la confiscation de la victoire électorale du FIS (le Front Islamique du Salut) aux législatives de 1991, qui va engendrer la guerre civile algérienne d'où naîtra le GIA (Groupe Islamique Armé) et ses avatars d'aujourd'hui tel que AQMI (Al Qaïda au Maghreb Islamique).

La Palestine quant à elle, va à nouveau servir de laboratoire de fabrication du terrorisme par les occidentaux, avec leur refus toute honte bue, de reconnaître après les avoir tant réclamées, la victoire du HAMAS aux élections législatives de 2006 dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Gaza, qui est la principale cause du chaos actuel qui règne en Palestine occupée.

Ainsi ce scénario diabolique va se répéter méthodiquement, avec les mêmes conséquences catastrophiques en Tchétchénie, en Somalie, au Soudan, au Nigéria, partout à travers le monde musulman, avec bien sûr la complicité de dirigeants dans les pays concernés, qui ont tourné le dos aux intérêts de leurs nations et laissé proliférer pour mieux se maintenir au pouvoir, des groupes terroristes comme Boko Haram au Nigéria et Al Shebab en Somalie qui endeuillent chaque jour l'ouest et l'est du continent africain pour ne citer que ces deux exemples.

Mais le point de non retour va être franchi avec d'une part, l'invasion américaine de l'Irak et l'assassinat de son président Saddam Hussein en 2003, suivi d'autre part, de la déstabilisation de la Libye avec là aussi l'assassinat de son président Mouamar Kadhafi en 2011, puis ce fut le renversement en 2013 par un coup d'État militaire du premier président démocratiquement élu en Egypte à la faveur des Printemps Arabes, Mohammed Morsi, qui croupit depuis lors en prison, condamné à mort à plusieurs reprises à travers des procès staliniens auxquels les démocraties occidentales ne trouveront rien à redire sinon saluer le retour de " l'ordre " au Caire, ce que François Burgat évoquait dans sa publication, et enfin, dernier acte de cette tragédie gréco-romaine organisée dans le monde musulman, la déstabilisation de la Syrie, survenue dans la ferveur des Printemps Arabes de 2011, et la tentative de renversement de son régime comme ce fut le cas pour l'Irak, la Libye et l'Egypte avec le résultat qu'on connait désormais.

Comme dans les précédents scénarios, ce renversement des régimes politiques préexistants dans le monde musulman, ainsi que les obstacles créés pour empêcher l'accès au pouvoir à des mouvements politiques désignés démocratiquement par les urnes, s'est accompagné de la naissance de groupes terroristes qui y étaient inconnus au paravent, et qui se nourrissent désormais de la frustration et de la révolte des peuples en lutte contre les occupants ou leurs alliés locaux dictateurs, pour semer le chaos à travers des attentats violents et meurtriers dans ces pays comme dans ceux des occidentaux considérés comme les ennemies des musulmans à combattre " au nom de l'islam ", ainsi naquit DAESH comme naquit jadis Al Qaïda.

On pourrait continuer à égrener la liste des pays musulmans qui ont été victimes ces dernières années de cette trahison de la démocratie par les puissances occidentales, et qui ont vu leur destin basculer dans l'horreur et la tragédie comme le Yémen, le Mali et l'inoubliable et héroïque Palestine, on aboutit partout au même constat, le terrorisme a pris naissance et proliférer là où la démocratie à été sacrifiée sur l'autel des intérêts pétroliers et géostratégiques des occidentaux.

A cette trahison de la démocratie en terre d'Islam, s'ajoute celle commise désormais dans le berceau même de la démocratie, c'est à dire en Occident, où l'intégration des citoyens originaires des pays musulmans donne lieu dans les différents pays occidentaux, particulièrement en France et aux Etats-Unis, notamment depuis l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche, le sentiment d'un renoncement aux valeurs de la démocratie qui s'exprime à travers le développement de l'islamophobie et les actes de discrimination répétés auxquels sont confrontés les citoyens de confession musulmane, situation qui sert de vivier à l'appel au terrorisme.

C'est le fond du débat que propose l'analyse de François Burgat sur la genèse du terrorisme, et qui est occulté par les différentes classes politiques et les médias, notamment en France, et exprimé de façon on ne peut plus trancher par l'ancien Premier Ministre Manuel Valls à travers sa fameuse phrase « J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications culturelles ou sociologiques à ce qui s’est passé », propos tenus devant le Sénat après les attentats terroristes de novembre 2016 qui ont frappé la France.

A la faveur de ces interventions militaires occidentales dramatiques qui ont déstabilisé le monde musulman, le terrorisme s'est trouvé un boulevard grand ouvert dans lequel il ne s'est pas fait prier pour s'engouffrer, s'habillant du discours de l'islam puisé dans le Coran qu'il détourne selon son dessin pour acquérir une légitimité auprès des peuples musulmans, et fournir au passage l'argument à l'acte d'accusation qui soutient que c'est l'islam en tant que religion qui nourrit le terrorisme à partir de son discours, et la boucle est bouclée.

Il ne s'agit pas ici de nier qu'il n'existe aucun lien aujourd'hui entre le terrorisme et l'islam, mais c'est au corps défendant de cette religion dont le message a été détourné pour commettre des actes qu'il interdit strictement et qu'il condamne fermement.

Et il ne s'agit encore moins de justifier le terrorisme ou de donner le sentiment de défendre ses auteurs qui ne seraient que des victimes du " très méchant Occident ", et pas plus que de banaliser son horreur et les souffrances qu'il engendre partout dans le monde, et particulièrement dans le monde musulman qui lui paye le plus lourd tribut depuis son avènement.

Cependant, il s'agit pour moi de saisir l'occasion que m'offre le débat que propose la publication de François Burgat pour exprimer mon point de vue sur cette tragédie que représente aujourd'hui le terrorisme dans le monde quitte à bousculer certaines certitudes.

La défaite des musulmans en Andalousie et la chute de l'Empire Ottoman avec le partage de ses provinces entre les puissances occidentales à l'issue de la première guerre mondiale ont dressé les bases de l'histoire qui est en train de s'écrire aujourd'hui.

En effet, c'est à la lumière de cette défaite générale du monde musulman face à l'Occident et du déclin de sa civilisation qui s'en est suivie, ainsi que de la perte de la souveraineté des nations qui le composait, qu'il faut comprendre n'en déplaise à Monsieur Valls et consorts, le recours au discours de l'islam pour justifier le terrorisme.

En effet, au temps de sa grandeur et de sa splendeur, moment pendant lequel il a servi de phare pour l'humanité, l'extirpant des ténèbres et de la barbarie, l'islam était pour ces mêmes occidentaux la religion de la science, de la transmission des savoirs, de la découverte, de la spiritualité, de la sagesse, de l'élégance, du raffinement, de l'art et de la poésie, et il était de bon ton et d'accès à la notoriété de parler l'arabe jusque dans les plus grandes cours royales d'Europe et du reste du monde comme en témoigne le nombre incalculable de mots hérités de l'arabe qu'on retrouve encore aujourd'hui dans la langue française et dans l'anglais.

Cette époque heureuse peut à nouveau revenir à condition que les uns et les autres redeviennent fidèles à leurs valeurs et à leurs principes, aux musulmans de retrouver le chemin de la foi et de la vertu propres à leur religion qui est une Miséricorde pour l'humanité comme l'annonce le Coran lui-même, aux occidentaux de renouer avec les principes et les idéaux de la démocratie grâce auxquels ils ont libéré leurs nations de la tyrannie et de l'injustice et inspiré les autres nations de part le monde.

Avec affection, espoir et détermination

AbdouRahmane

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