Macron sacrifie la démocratie au Niger

On se dit ou le président français a mal lu ses fiches sur la situation de la démocratie au Niger, ou au contraire il vient d'enlever avec cette phrase, toute illusion à l'opposition et aux acteurs de la société civile nigérienne, quant aux quelques espoirs qu'ils pourraient nourrir vis à vis de la position de la France sur la question de l'Etat de droit au Niger.

MACRON SACRIFIE LA DEMOCRATIE AU NIGER

Les observateurs, et notamment l'opposition et les organisations de la société civile nigérienne retiendront cette phrase prononcée par le président français, Emmanuel Macron, au cours de sa visite effectuée du 22 au 23 décembre au Niger, à l'adresse de son homologue nigérien : << Je veux ici le dire très clairement, Mahamadou Issoufou : vous êtes un exemple pour la démocratie. >>

On se dit ou le président français a mal lu ses fiches sur la situation de la démocratie au Niger, ou au contraire il vient d'enlever avec cette phrase, toute illusion à l'opposition et aux acteurs de la société civile nigérienne, quant aux quelques espoirs qu'ils pourraient nourrir vis à vis de la position de la France sur la question de l'Etat de droit au Niger.

Certes, l'épisode de la parodie d'élections présidentielles de février 2016, qui a vu Hama Amadou, le leader de l'opposition et principal adversaire de Mahamadou Issoufou, faire campagne depuis une cellule de prison, ce qui n'a pas empêcher la poursuite du scrutin, et la proclamation de Mahamadou Issoufou comme vainqueur des élections avec 92% des voix, ce scrutin s'était déroulé sous le mandat de François Hollande, ami personnel du président nigérien, mais dont Macron était un des Ministres de son gouvernement, en charge de l'Economie et des Finances.

Pour autant, Emmanuel Macron, désormais président de la France depuis mai 2017, ne peut pas ignorer l'état de crise dans lequel se trouve aujourd'hui la démocratie nigérienne et la dérive autoritaire du régime de Mahamadou Issoufou.

Le combat des différents partis de l'opposition organisé au sein de la coalition du Front pour la Restauration 
de la Démocratie et la Défense de la République (FRDDR), soutenu par les organisations de la société civile nigérienne et les médias est bien documenté en la matière, tout comme les difficultés qu'ils rencontrent (intimidations, menaces, séquestrations et arrestations arbitraires) pour faire valoir leurs droits constitutionnels sont également bien connues.

La lutte menée également par les syndicats, les acteurs de la société civile, les étudiants et les scolaires, et auquel se joint à chaque fois massivement les populations, ne semble pas non plus avoir plus d'effet sur le pouvoir, qui n'a que la répression comme seule réponse à leurs demandes et revendications .

L'exemple le plus emblématique reste très certainement l'exil forcé du leader de l'opposition, Hama Amadou, réfugié actuellement à Paris, en raison d'une sombre affaire de bébés importés du Nigéria, et dans laquelle serait impliquée son épouse, et qui lui vaut une procédure judiciaire ouverte contre lui par la justice nigérienne.

Et certainement que le président Macron a été informé du refus signifié par le pouvoir à la demande des organisations de la société civile, qui ont appelé les citoyens à descendre ce samedi 23 décembre dans la rue pour manifester leur rejet de la Loi de Finances 2018, adopté il y a un mois par le parlement, et qui précarise encore plus une population nigérienne exsangue.

Tout comme le président Macron doit être au courant du niveau de la corruption qui gangrène le pays, et qui est entretenu et alimenté par des personnalités proches du pouvoir, et dont certains occupent des fonctions au sommet de l'Etat, laquelle corruption vient d'être récemment épinglée par le dernier rapport en date du 29 novembre dernier, émis par la Banque Mondiale sur l'économie nigérienne.

En effet, il ressort de ce rapport de la Banque mondiale que la classe politique nuit aux perspectives de développement au Niger, car « La recherche de profit, le clientélisme et l’impunité sont endémiques, car ils servent à l’ambition politique et aux tractations entre les élites. », « La préférence du secteur public va aux investissements à forte intensité de capital comme les autoroutes, les barrages, les grands systèmes d’irrigation et les raffineries de pétrole, par opposition aux investissements dans l’extension agricole, l’irrigation à petite échelle ou l’électrification rurale.», déplore-t-elle, avant de conclure que « L’économie est dominée par un petit nombre de monopoles publics et privés qui utilisent leurs réseaux pour empêcher la concurrence et se développer davantage.»

On se demande devant un bilan aussi accablant émis par les experts de Bretton Woods, comment le président français peut-il l'ignorer et ne pas en tenir compte, et comment peut-il ignorer les entorses en cours contre l'Etat de droit au Niger, dont nous venons de citer ici quelques exemples concrets, et à la place, plébisciter et ériger Mahamadou Issoufou en " exemple pour la démocratie "?

A moins que cette distinction, tout en enterrant au passage les espoirs de l'opposition et de la société civile nigérienne quant à un arbitrage impartial de la France dans le bras de fer qui les opposent au régime de Mahamadou Issoufou, soit une façon pour Macron de récompenser quelqu'un qui est devenu un pion essentiel du jeu de la France au Sahel, et ce, aussi bien sur la question de l'implantation des bases militaires françaises dans le pays, officiellement pour lutter contre le terrorisme, qu'au sujet de la politique française et celle de l'Union Européenne en matière de lutte contre l'immigration, qu'au sujet de l'implantation et du développement des grands groupes français dans le pays, Areva, Bolloré, France Télécoms, notamment face à la concurrence chinoise, mais également au sujet du débat en cours au sein des pays africains utilisant le franc cfa sur le devenir de cette monnaie, sujet qui préoccupe beaucoup Paris, et à propos duquel il a besoin de compter sur ses soutiens.

Finalement avec cette attitude de Macron vis à vis de Mahamadou Issoufou, on assiste à la classique politique de renvoi d’ascenseur entre la France et ses marionnettes en poste dans les pays de son pré carré en Afrique, et à laquelle on avait coutume avec ses prédécesseurs, la France leur accorde son soutien qui vaut "légitimité" et "impunité", en contrepartie de l'exploitation des richesses de leurs pays, peu importe si leurs peuples en payent le prix fort, et si au final c'est la démocratie qui est sacrifiée sur l'autel des intérêts croisés de ces acteurs, busines is busines !

On est juste très déçu de l'attitude de Macron, qui du coup semble se contredire, et renier le discours en faveur de la défense de la bonne gouvernance en Afrique qu'il prônait au lendemain de son élection, et ou notamment, quant on repense à son discours de Ouagadougou, où il avait annoncé la fin de la politique africaine de la France, et plaidé pour une Afrique qui s'assume et qui prends en mains son destin.

Macron vient de nous confirmer qu'en politique, les promesses n'engagent que ceux qui y croient, et ça c'est tout sauf une Révolution En Marche.

Avec affection, espoir et détermination

AbdouRahmane

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