MÉDITATIONS D'UN MUSULMAN SUR LE COVID19 ET LE CONFINEMENT

Certes, nous devons respecter avec beaucoup de discipline les consignes de protection et les actes barrières du quotidien pour éviter la contagion pour nous et notre entourage, de même que respecter les règles du confinement pour faire barrage à la propagation du virus dans le pays.

MÉDITATIONS D'UN MUSULMAN SUR LE COVID19 ET LE CONFINEMENT

Le frère Ibrahim Temsamani attire ici à juste titre notre attention sur le confinement concentrationnaire que subit en Chine la minorité musulmane des ouïghours, en raison de leur appartenance à l'islam, confinement autrement beaucoup plus terrible que celui qui nous est imposé ici en France dans le cadre de la lutte contre la propagation du Coronavirus et que nous pouvons à tout moment briser moyennant une amende de 135€.

https://www.desdomesetdesminarets.fr/2019/11/18/le-president-chinois-a-ordonne-detre-sans-pitie-avec-les-musulmans-du-xinjiang/

Cette épreuve de la terrifiante maladie du Coronavirus qui touche aujourd'hui le monde entier, n'épargnant ni les puissants, ni les faibles, faisant fi du sexe, du rang social, de la couleur ou de la religion de ses victimes, doit nous permettre à tous, de prendre conscience de notre commune humanité et de notre égalité devant Dieu face aux épreuves qu'Il nous adresse, et nous pousser, particulièrement nous les musulmans, en raison de la singularité de notre religion, qui a fait de nous partout dans le monde, une seule et même nation de frères et de sœurs en Allah, qui doivent s'aimer et se soutenir comme les éléments d'un seul corps, tel que rappellé dans le Coran et la sounah du Prophète (SWS), doit être l'occasion pour que nous nous interrogeions aujourd'hui sur nos manquements par rapport à ce devoir de fraternité et de solidarité entre nous en tant que musulmans.

En effet, notre frère Ibrahim a raison, si nous nous sentons si mals dans notre inconfort actuel dû au confinement, songeons un peu comme notre devoir de fraternité nous l'incombe, à la situation de nos frères et sœurs ouïghours, parqués aujourd'hui par la Chine comme des animaux dans des enclos, surveillés et torturés par des maîtres sadiques et cruels qui les torturent sans pitié pour les faire renoncer à leur foi, ne leur épargnant aucun sévice, ni humiliation, jusqu'à la mort parfois, exactement comme aux débuts de l'islam avec les épreuves qu'ont eu à subir le Prophète (SWS) et les compagnons pendant 13 ans à la Mecque.

Pensons également à la situation de nos frères et sœurs palestiniens, dépossédés injustement de leurs terres depuis plus de 70 ans, humiliés et déshumanisés sans pitié, notamment dans la bande de Gaza où le système d'apartheid instauré par la colonisation israélienne les privent de tout : eau, nourriture, soins, éducation, comme s'ils n'appartenaient pas à l'humanité et comme s'ils étaient les responsables du génocide des juifs d'hier, la Shoah, et auxquels il faut faire payer le prix fort aujourd'hui.

Pensons également à nos frères et sœurs rohingyas, cette autre minorité musulmane en Birmanie, qui subissent encore aujourd'hui les conséquences dramatiques du génocide de 2017 organisé contre eux par la junte militaire birmane et son peuple galvanisé par la radicalisation religieuse des moines bouddhistes, et soutenue de façon indéfectible par la plus grande dictature du monde, la Chine de Xi Jinping.

Pensons également à nos frères et sœurs musulmans de l'Inde et du Cachemire, victimes aujourd'hui de la haine et du racisme que véhicule le nationalisme hindoue à leur encontre, les exposants à la violence délirante de la xénophobie et faisant d'eux des apatrides dans leurs propres pays, sans droits ni recours possibles.

Pensons également à la situation de nos frères et sœurs yéménites, abandonnés à leur sort comme les précédents cités ici, par une communauté internationale alliée du régime dictatorial du wahhabisme saoudien qui les a transformés en chair à canons et à missiles de leurs bombardements massifs et aveugles, faisant désormais du Yémen un cimetière à ciel ouvert d'où ne descend que la mort et la désolation.

Pensons également à nos frères et sœurs en Syrie, martyrisés par la violence aveugle du criminel Assad et son allié, le président russe Vladimir Poutine, le bourreau de la Tchétchénie, qui ont inondé la terre de Syrie du sang des innocents, martyrs d'une révolution qu'ils voulaient libératrice pour un avenir meilleur.

Pensons également à la situation de nos frères et sœurs en Libye, victimes de l'invasion impérialiste du trio infernal USA-GB-FCE qui a plongé leur pays dans le chaos et la guerre, livré désormais à l'appétit des puissances occidentales et de leurs strapontins dans le monde musulman qui s'affrontent sur le terrain pour le contrôle des richesses du pays.

Pensons également à nos frères et sœurs dans tous les autres pays du Maghreb et du monde arabe, vivants depuis des décennies sous la coupe de régimes corrompus et injustes, et qui à la faveur de la fièvre des soulèvements du printemps arabe de 2011, voulant changer le destin de leurs nations par des révoltes populaires ont perdu la vie dans ces luttes et dont certains croupissent encore de nos jours dans des prisons comme en Egypte.

Pensons également à nos frères et sœurs du Mali et de toute l'Afrique Subsaharienne, victimes collatérales de la destruction de la Libye par les occidentaux et dont les pays sont aujourd'hui déstabilisés par la violence que font régner les groupes terroristes dans la région, poussant la jeunesse de cette région soit à l'exode vers l'Europe et ses périls, soit à l'enrôlement dans les groupes terroristes qui recrutent pour semer la violence.

Pensons également à nos frères et sœurs en Somalie, abandonnés dans le chaos de la guerre civile, du terrorisme et de la famine engendrés par l'intervention militaire impérialiste américaine de 1993 dont le pays ne s'est jamais remis.

Mais comment oublier également la triste et dramatique affaire Tariq Ramadan, cet intellectuel musulman, enraciné dans sa double identité de musulman européen, nourrit aux deux sources du savoir académique et religieux, qui depuis 30 ans s'est évertué à expliquer l'islam aux musulmans et aux non musulmans, à défendre notre religion contre ses détracteurs et à réveiller la conscience des occidentaux que loin d'être une menace, l'islam peut être la solution pour lutter contre les inégalités et les injustices sociales, la haine et le racisme, la guerre et le terrorisme qui sèment la violence dans le monde, et que nous avons lâchement abandonné aux mains du complot de ses ennemis qui ont détruit son image et sa réputation pour faire taire sa voix et ses idées qui réveillent les consciences ?

On pourrait également citer les victimes dans le monde musulman et ailleurs des dégâts immenses de la mondialisation sur fond de financiarisation de l'économie mondiale, au niveau de la santé, l'alimentation et l'éducation des populations, provoqués par l'idéologie aveugle d'un libéralisme ravageur.

On pourrait également citer la question du dérèglement climatique, conséquence de la disparition de la biodiversité dûe à la surexploitation de la nature pour satisfaire les besoins d'une surconsommation effrénée toujours alimentée par les intérêts d'un libéralisme sans foi ni loi.

De tout cela en tant que musulmans nous sommes comptables devant Dieu :

Parlant de la mission du Prophète (SWS), Allah ta'Âla dit :
《وَمَا أَرْسَلْنَاكَ إِلاَّ رَحْمَةً لِّلْعَالَمِينَ》
 « Et Nous ne t'avons envoyé que comme une miséricorde pour l'univers ».
(Coran Sourate 21, Verset 107)

Parlant du devoir des croyants, Allah ta'Âla dit :
《كُنتُمْ خَيْرَ أُمَّةٍ أُخْرِجَتْ لِلنَّاسِ تَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَتَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ وَتُؤْمِنُونَ بِاللَّهِ》
(Vous êtes la meilleure communauté, qu'on ait fait surgir pour les hommes. Vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah.)
(Coran Sourate 3, Verset 110)

Ne serait-il pas en effet légitime, à la lumière de ces versets qui définissent la mission du Prophète (SWS) et notre vocation et notre rôle dans la société en tant que croyants, de nous poser la question sur notre démission à la fois individuelle et collective, illa man rahim Allah, face à toutes les injustices qui étouffent l'humanité et auxquelles nous contribuons, ne serait-ce que par notre silence qui vaut consentement ?

Et de finalement considérer cette épreuve du Coronaviru comme un avertissement solennel que nous adresse Allah Azzawajel pour nous obliger d'une certaine manière à méditer seul face à notre conscience, dans ce confinement sans conséquences pour l'immense majorité d'entre nous qui avons la chance de ne pas être malades et d'être dans des pays où existe une certaine justice sociale, d'une part, sur notre relation individuelle avec Lui, soubhanahou wat'ala, et d'autre part, sur notre silence individuel et collectif devant les injustices qui abiment le monde, et sur nos regards que nous détournons de la détresse de nos frères et sœurs en islam et en humanité, qui nous appellent au secours partout dans le monde ?

Certes, nous devons respecter avec beaucoup de discipline les consignes de protection et les actes barrières du quotidien pour éviter la contagion pour nous et notre entourage, de même que respecter les règles du confinement pour faire barrage à la propagation du virus dans le pays.

Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, je remercie Allah Azzawajel de m'avoir permis de mon vivant, d'avoir pu être témoin de ce grand signe d'avertissement venant de Lui que représente le Coronavirus, pour nous alerter en tant que musulmans, nous les dernières sentinelles de la maison Terre et de l'humanité qu'elle abrite, sur l'état de notre décadence morale et des manquements à nos responsabilités de croyants à qui on a confié les clés de la maison pour établir la justice et la paix dans le monde.

En disant cela je ne méconnaît pas et ne sous-estime point la douleur des familles qui ont perdu des proches à cause de cette maladie qui continue encore à faire des victimes partout dans le monde à l'heure où j'écris ces lignes, ma compassion à leur douleur et le respect de leur souffrance est un devoir dont je m'acquitte ici.

Cependant, le devoir supérieur du croyant chargé de condamner le blâmable et de promouvoir le bien en adorant son Créateur, m'oblige à m'attarder plus sur le sens de l'épreuve que sur la douleur qu'elle inflige, pour m'interroger sur ma responsabilité et inviter chaque musulman attaché à Dieu et à la sounah de Son Prophète (SWS), à faire de même pour améliorer sa relation avec Allah Azzawajel afin de mieux être au service de l'islam, une miséricorde pour l'humanité.

Avec affection, espoir et détermination

AbdouRahmane

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.