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Billet de blog 26 avril 2018

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L'appel des 30 en réponse à l'appel des 300

Car c'est bien là tout l'enjeu de ces tribunes, islamiser l'antisémitisme pour dédouaner l'islamophobie et mettre les musulmans au banc de la nation.

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"NOUS IMAMS INDIGNÉS" L'APPEL DES 30 EN REPONSE A L'APPEL DES 300

Une fois de plus l'islam et les musulmans se retrouvent sur le banc des accusés, sommés d'avouer leur rôle dans le "nouvel antisémitisme" qui enflamme aujourd'hui la France, à en croire plusieurs tribunes qui se multiplient sur la question ces derniers temps, et qui semblent accréditer la déclaration de l'historien Georges Bensoussan selon laquelle "l'antisémitisme se tête aux seins des mères chez les arabes", c'est à dire les musulmans, déclaration pour laquelle il est aujourd'hui poursuivi en justice.

Car c'est bien là tout l'enjeu de ces tribunes, islamiser l'antisémitisme pour dédouaner l'islamophobie et mettre les musulmans au banc de la nation.

Ce procès mené par une coalition politico-intellectuelle avec le soutien des médias qui lui sert de caisse de résonance connaît un regain très intense dans l'actualité, hazard ou coïncidence, au moment où la répression de l'Etat sioniste d'Israël sur le peuple palestinien est des plus violentes, avec l'assassinat délibéré à coups de tirs à balles réelles de "l'armée la plus morale du monde" sur des civils désarmés manifestant pacifiquement dans la bande de Gaza pour dénoncer l'occupation israélienne de leurs terres qui dure depuis 70 ans.

En effet, c'est dans ce contexte qu'après la tribune des "cendres intellectuels" signée il y a quelques semaines dans le Figaro, arrive une nouvelle tribune intitulée "Manifeste contre le nouvel antisémitisme" rédigée dans le Parisien par Philippe Val, l'ancien rédacteur en chef de Charlie Hebdo, et cosignée par 300 plumes bien trempées dans le rejet de l'islam et des musulmans, parmi lesquelles on compte un ancien président de la République, trois anciens premiers ministres et des ministres ayant tous eu en charge la défense des intérêts et la sécurité de tous les citoyens, suivis d'une belle brochette d'intellectuels mean stream, de journalistes et autres chercheurs et scientifiques qui réclament aux imams et théologiens musulmans de déclarer "l'obsolescence des versets du Coran qui en appellent au meurtre des juifs et des chrétiens", rien que ça !

Méconnaissants ou nonobstant le fait que l'islam à la différence du judaïsme et du christianisme, n'a pas de clergé et donc pas d'autorité suprême pour agir en son nom, et que de ce fait, aucun imam ou théologien ne dispose de la légitimité pour abroger un texte du Coran ou un avis authentique du Prophète Mouhammad (Bénédiction et Salut de Dieu sur lui), ces auteurs du clash des communautés démontrent avec cette revendication absurde leur méconnaissance de la réalité de l'islam mais également l'impasse dans laquelle se trouve leur stratégie d'islamiser l'antisémitisme pour isoler les musulmans du reste de la nation à partir de l'ignoble OPA qu'ils ont fait sur le deuil et la souffrance des familles des victimes du terrorisme.

Afin de maquiller leur funeste plan d'une légitimité qui transcende le clan des adorateurs d'Israël, ils ont cru bon d'associer à la signature de leur tribune des responsables musulmans, dont certains à qui ils ont décerné le titre de théologien comme Hassen Chalgoumi avec la certification du CRIF, de Marek Halter et de David Pujadas, ou d'acteur du dialogue inter-religieux comme Mohammed Guerroumi certifié par lui-même.

Comme on le voit, la pêche fût bien maigre et le filet n'a remonté que des poissons pourris, rejetés depuis un long moment par les vagues de la mer de la communauté musulmane au fond de ses méandres.

Et c'est au milieu de cette tempête de condamnation large de ce manifeste nauséabond par les citoyens de tout bord, musulmans et non musulmans, qui  consiste véritablement à de l'huile jetée sur le feu par des pompiers pyromanes, qu'un groupe de trente imams de l'hexagone décide à l'initiative de Tareq Oubrou, l'imam de la mosquée El Houda de Bordeaux, de publier à son tour une tribune sobrement intitulée "Nous imams indignés" pour appeler à la lutte contre la radicalisation et l'antisémitisme tout en prenant ses distances avec la tribune des 300.

Si on se doit de saluer l'initiative au même titre que toute contribution qui appelle à la paix pour renforcer notre vivre-ensemble, on ne peut s'empêcher de regretter le tempo choisi et certaines déclarations dans cette tribune, qui même si elle le défend, fait du Coran, la source du terrorisme et de l'antisémitisme, et des jeunes musulmans des banlieues françaises les mains et les visages du terrorisme et de ce nouvel antisémitisme, ce qui est justement la thèse principale de la tribune des 300.

Ce groupe d'imams malgré leur bonne intention de contribuer à l'apaisement et d'apporter une garantie à la République sur leur engagement à ses côtés pour lutter contre l'antisémitisme et le terrorisme, participe certainement à leurs corps défendant à la stigmatisation de l'islam et des musulmans, et d'une certaine façon ont marqué un but contre leur camp avec cette tribune qui sonne comme un deux poids, deux mesures dans la dénonciation et la condamnation des discriminations et les violences dont sont victimes dans notre pays juifs et musulmans.

Eneffet, la communauté musulmane au regard de la banalisation de l'islamophobie et des agressions qui l'accompagnent dans la société, notamment contre les femmes qui portent le voile, était en droit de bénéficier de leur considération, de leur solidarité et de leur indignation à l'image de la tribune qu'ils ont signé pour condamner l'antisémitisme et le terrorisme.

Enfin, vu que la genèse de cette tribune des 30 imams indignés émane de Bordeaux, j'aimerais en ma qualité de responsable de la Mosquée de Pessac qui fait de partie de l'agglomération de Bordeaux Métropole, souligner que notre imam, Mohamed Barry, n'a pas été sollicité pour participer à cette initiative qui a tout de même enregistré la signature de six imams de l'agglomération bordelaise (Bordeaux, Bègles, Cenon, Mérignac, Talence et le Grand Parc).

En effet, vu les ambitions de Tareq Oubrou à l'initiative de cette tribune dans la structuration de l'islam de France en Gironde, et au regard de ceux qui ont été appelés pour la signer, il y a manifestement une volonté d'isoler Pessac par rapport à ce que ces auteurs considèrent comme la preuve de leur engagement au service de la République dans la lutte contre l'antisémitisme et le terrorisme, lutte de laquelle on veut médiatiquement exclure la mosquée de Pessac à défaut de pouvoir l'exclure sur le terrain de cette réalité.

Mais la manœuvre ne trompe personne, Allah soubhannahou wat'ala dont la satisfaction est notre seul but, tout comme les autorités locales, savent ce que nous faisons sincèrement comme efforts pour participer à l'amélioration du climat de notre vivre-ensemble à Pessac et à Bordeaux en général, que se soit au niveau du dialogue inter-religieux que nous menons, à la sensibilisation des fidèles, et à la lutte contre l'islamophobie et contre l'antisémitisme, et Allah Azzawajel nous suffit comme témoin.

Avec affection, espoir et détermination

AbdouRahmane

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