Femmes et hommes d'honneur

Sursaut des femmes et des hommes d'honneur pour défendre les valeurs de la République.

REFLEXIONS SUITE A L'INTERVIEW DE TAREQ OUBROU DANS LE JOURNAL CHALLENGES SOIR

Dans une interview publiée le 24 août 2016 par Challenges Soir, Tareq Oubrou, l’imam de la mosquée El Huda de Bordeaux, rattachée à l’association F.M.G (Fédération des Musulmans de la Gironde), a répondu aux questions de ce journal sur la polémique qui règne actuellement en France autour du burkini.


Si sur les trois questions qui composent l’interview, Monsieur Oubrou a adopté des positions fermes de condamnation aussi bien sur l’abbération des arrêtés anti-burkini pris depuis quelques semaines par certains Maires, que sur l’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017 par la classe politique, et la manipulation de la laïcité au sujet du financement des mosquées et de la formation des imams par Manuel Valls, il a cependant entretenu l’équivoque et la contradiction sur la question du burkini, en rappelant son opposition au port du voile qui selon lui ne repose sur aucun texte religieux : « Aucun texte n'impose aux femmes musulmanes de mettre un voile et de cacher leurs cheveux. Le principe est celui de la pudeur. Les vêtements ne relèvent pas du culte mais de l'éthique. Une musulmane qui ne se couvre pas les cheveux est aussi musulmane que celle qui se couvre. »


En effet, sans vouloir rentrer dans un débat théologique avec lui sur le sujet, en introduisant cette posture bien connue de lui sur la question du voile dans son argumentaire, Monsieur Oubrou anéantit dans le même temps sa solidarité avec les femmes musulmanes à qui il dit reconnaître le droit de s’habiller comme elles l’entendent : « Il est normal que des musulmans puissent s'habiller comme ils l'entendent à partir du moment où ils ne commettent pas de trouble à l'ordre public. »


On remarquera par ailleurs dans cette phrase, que ce droit reconnu aux musulmans de « s’habiller comme ils l’entendent » est assorti d’une condition, « celle de ne pas commettre de trouble à l’ordre public », bizarrement le même terme invoqué par les Maires qui ont pris des arrêtés anti-burkini dans leurs communes…


Comment suivre et croire Monsieur Oubrou dans son soutien aux femmes musulmanes d’user de leur droit de porter un burkini à la plage en raison de leurs convictions religieuses, quand dans le même temps il rejette le port du voile qui est pour ces mêmes femmes le fondement du port du burkini à la plage ? En terme d’injonction contradictoire, on ne peut faire mieux ! Que comprendre également de cette autre phrase : « On ne peut pas mettre un policier derrière chaque musulman » sinon que potentiellement chaque musulman peut représenter une menace pour la société ?


L’ensemble de l’entretien s’est déroulé dans cet esprit d’équilibrisme entre une solidarité affichée d’une main envers la communauté musulmane, tandis que l’autre main s’attachait à ne pas trop désavouer la République, cette posture n’est pas honorable et n’est pas digne de quelqu’un qui préside l’orientation de la foi de ses coreligionnaires.


Certes, Monsieur Oubrou nous a déjà prévenus au travers d’un entretien accordé le 5 août 2016 au journal Marianne : « je ne suis pas un syndicaliste prêt à défendre n’importe quel musulman », mais on se dit qu’en ces temps difficiles pour les musulmans de France, où l’islamophobie n’a jamais été aussi violente dans son expression à l’encontre de ces derniers, que les responsables de la communauté musulmane, et à leur tête, les imams, allaient prendre la défense de cette communauté meurtrie, blessée et humiliée pour la rassurer, la consoler et lui redonner sa dignité et sa fierté, afin d’éviter que ce rôle ne soit usurpé par DAECH, notamment auprès de la jeunesse et des couches défavorisées de sa composante.


En effet, il est où le CFCM, elles sont où les grandes fédérations qui se disent représentatives des musulmans de France, les « représentants autoproclamés des musulmans » qui colonisent les plateaux télé quant il y a des attentats en France, où ils débitent les mêmes âneries drame après drame, ils sont où les pseudos intellectuels et autres « spécialistes » de l’islam qui parlent à longueur de journée au nom des musulmans, ils sont où tout ce beau monde, pourquoi on ne les entend pas ?


Mon indignation je tiens à le souligner, ne suppose en aucun cas de ma part à un appel à détester la République ou à la combattre, bien au contraire, c’est dans la fidélité à ses idéaux que réside de mon point de vue la fin de ce cauchemar que représente l’islamophobie.
Dieu Merci, cependant, il existe au sein et en dehors de cette communauté méprisée, des femmes et des hommes dignes et courageux, qui ne courbent pas l’échine devant l’intolérance et l’oppression, qui résistent, qui dénoncent et qui agissent pour faire tomber les barrières de la peur, de la haine et du racisme dont les musulmans sont victimes aujourd’hui en France. 
Et c’est l’occasion pour moi de leur rendre hommage et de leur dire toute mon estime et mon respect pour le travail qu’ils accomplissent au quotidien pour défendre les droits des citoyens français de confession musulmane et des étrangers musulmans vivants en France, ce en quoi ils honorent la République et ses valeurs.


Mes pensées vont au CCIF et à son excellent Directeur Technique, Marwan Muhammad, Yasser Louati, Tariq Ramadan, Nabil Ennasri, Noureddine Ouassat, Edwy Plenel, Raphaël Lioger, François Burgat, et bien d'autres, les médias alternatifs et leurs courageux(ses) journalistes, les sites d’information de la communauté musulmane, les citoyens mobilisés via facebook, twiter, et tous ceux et celles qui lisent ces lignes et qui sont attaché(e)s à la justice et à la démocratie pour tous les humains et partout dans le monde.

 

Avec affection, espoir et détermination.

Abdourahmane Ridouane
Président du Rassemblement des Musulmans de Pessac
(R.M.P)

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