LA SOCIÉTÉ DE LA VIGILANCE NE DOIT PAS SE SUBSTITUER À LA SOCIÉTÉ DE L'ÉTAT DE DROIT

L'heure est grave et le péril est imminent, si tous citoyens, indépendamment de nos origines, couleurs ou religions, nous ne nous unissons pas pour faire barrage à l'instauration de cet ordre raciste qui puise sa haine dans le réveil du fascisme et l'exaltation du nationalisme, nous courons le risque d'y périr tous ensemble.

LA SOCIÉTÉ DE LA VIGILANCE NE DOIT PAS SE SUBSTITUER À LA SOCIÉTÉ DE L'ÉTAT DE DROIT

Le gouvernement lance suite à l'appel du président de la République à l'instauration d'une "société de la vigilance" envers les musulmans, une campagne de chasse aux musulmans, détaillée par le ministre de l'intérieur, celui de l'éducation nationale ainsi que celui de l'économie et des finances, sans oublier le banc et l'arrière banc des députés de la majorité et de l'opposition qui s'engouffrent dans la brèche comme un troupeau de moutons, allant chacun de son bêlement contre les musulmans, jusqu'au point culminant de cette hystérie islamophobe atteint par l'innommable élu du Front National, Julien Odoul, qui remporte le jackpot du buzz islamophobe en humiliant au sein du Conseil Régional de Bourgogne Franche Conté une parent d'élève musulmane portant le voile, dont il demande à la présidente du CR soit le retrait de son voile, soit son exclusion de la salle, provoquant la tristesse de son enfant qui tombe en pleurs dans les bras de sa mère humiliée au nom d'une laïcité française qui pourtant la protège dans son essence comme dans son texte.

Un militant associatif de Valence, citoyen français de confession musulmane, Hakim Madi interpelle sur les réseaux sociaux la députée de sa circonscription, Mireille Clapot, pour lui demander de prendre position contre cette dérive islamophobe orchestrée au plus haut sommet de l'État, en lui rappelant la trajectoire qui a conduit aux heures sombres du régime de Vichy et celles non moins glorieuses de l'apartheid en Afrique du Sud.

Il n'en fallut pas plus pour que le Préfet de la Drôme, Monsieur Hugues Moutouh, porte plainte le 19 octobre contre Hakim Madi pour "diffamation publique sur personne dépositaire de l'autorité publique", accusant le militant associatif de tenir "des propos inacceptables conduisant à dresser les français les uns contre les autres, et à créer dans notre pays, un climat de haine et de violence."

Ainsi, aujourd'hui en France, dans le pays de la déclaration universelle des droits de l'homme, le pays de la liberté d'expression, on peut avoir cette situation où des journalistes peuvent tenir des propos ouvertement islamophobes qui en appellent à la guerre civile, comme Yves Thréard, directeur adjoint de la rédaction du Figaro qui a pu dire dans une émission à la télé : "je déteste la religion musulmane, et il m'est arrivé de descendre d'un bus dans lequel est montée une femme qui porte le voile", ou encore un autre chroniqueur d'émission télé, Jean-Claude Dassier, déclarer ouvertement sur le plateau d'un média : "le problème que nous avons avec les musulmans c'est le nombre, le nombre, le nombre..." et continuer à supporter la haine et les appels au meurtre des musulmans d'un Éric Zemmour malgré ses multiples condamnations judiciaires pour incitation à la haine religieuse, dire sans être inquiété le moins du monde à l'antenne de CNews :
"Je veux dire par là que quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence à massacrer les musulmans et même certains juifs. Moi je suis aujourd'hui du côté du général Bugeaud, c'est ça être Français."

Mais que par contre, un citoyen français de confession musulmane, choqué par tant de haine déversée dans l'espace public médiatique, ne peut pas lui en l'occurrence rappeler à leur devoir les élus de la République et avertir de la dérive vers l'apartheid et le fascisme qui couvent dans cette campagne de haine, sans risque de se voir traîner en justice par le représentant de l'État qui est censé faire respecter la loi, laquelle loi interdit la discrimination, le racisme et les appels à la haine.

L'heure est grave et le péril est imminent, si tous citoyens, indépendamment de nos origines, couleurs ou religions, nous ne nous unissons pas pour faire barrage à l'instauration de cet ordre raciste qui puise sa haine dans le réveil du fascisme et l'exaltation du nationalisme, nous courons le risque d'y périr tous ensemble.

《Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.》
(Martin Luther King)

Avec affection, espoir et détermination

AbdouRahmane

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