DE LA CRISE POLITIQUE AU MALI

Mais surtout cette situation risque de devenir si rien n'est fait pour l'endiguer, celle de la plupart des voisins du Mali dans cette région de l'Afrique subsaharienne, tant les similitudes des crises systémiques qui secouent ces pays sont importantes.

DE LA CRISE POLITIQUE AU MALI

La situation qui se déroule sous nos yeux aujourd'hui au Mali n'est absolument pas une surprise au regard du parcours chaotique de la gestion politique de ce pays depuis son accession à l'indépendance de 1960 à nos jours, exception faite de la parenthèse de la gouvernance d'Alpha Oumar Konaré qui a redonné ses lettres de noblesse à la démocratie malienne de 1992 à 2002.

Mais surtout cette situation risque de devenir si rien n'est fait pour l'endiguer, celle de la plupart des voisins du Mali dans cette région de l'Afrique subsaharienne, tant les similitudes des crises systémiques qui secouent ces pays sont importantes.

En effet, nous assistons au Mali comme ailleurs dans cette zone de l'Afrique de l'Ouest aux limites de l'État-Nation, tel qu'hérité de la période coloniale française et aux limites des expériences démocratiques qui y ont été initiées suite au discours de la Baule de 1990 du président français François Mitterrand, véritable hold-up du printemps des révolutions africaines qui germinaient ici et là dans le pré-carré français de l'Afrique de l'Ouest à la fin des années 80.

Devant l'échec du modèle de développement économique emprunté après les indépendances au socialisme de l'Union Soviétique et au système de parti unique qui le caractérisait, devant l'échec depuis 30 ans de la classe politique africaine à rentrer dans le costume trop large de la démocratie taillée pour elle sur la mesure de la constitution française suite au fameux discours de la Baule, devant la faillite des intellectuels et l'impuissance des sociétés civiles à défendre et préserver les idéaux de la démocratie, devant l'échec de l'intégration politique et économique du continent, devant le développement de l'insécurité liée au phénomène du terrorisme aggravé par la décomposition de la Libye organisée par les occidentaux, suivie de l'implantation de leurs bases militaires qui ont poussé comme des champignons dans toute la région, nourrissant ainsi la volonté des "jihadistes" d'en découdre avec ces "armées d'occupation", dès lors le terrain s'est trouvé tout naturellement disponible pour les populations et notamment la jeunesse, de remobiliser leur résistance contre la disparition et la dislocation de leurs pays organisées par les puissances occidentales à partir de leur référentiel religieux, l'islam, majoritaire dans cette région.

En effet, le théâtre de la crise malienne met tragiquement en scène la fin d'un cycle, d'une époque et les balbutiements d'un nouveau monde qui cherche à émerger au milieu du chaos, comme l'explique Antonio Gramsci : " La crise est le moment où l'ancien ordre du monde s'estompe et où le nouveau doit s'imposer en dépit de toutes les résistances et de toutes les contradictions. Cette phase de transition est justement marquée par de nombreuses erreurs et de nombreux tourments."
" Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître, et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres."

Nous sommes en face de ce clair-obscur de tous les dangers dans le scénario malien, où les populations désespérées de la classe politique et de toutes ses recettes pour sortir le pays de la crise sont aujourd'hui sur le point de faire le pari de confier la gestion de la nation à une coalition politique dirigée par un chef religieux, qui pensent-ils, pourrait avoir une influence sur les groupes armés terroristes qui déstabilisent le pays avec leurs attaques qui nourrissent à leurs tours les conflits ethniques et qui pourrait négocier la paix avec la rébellion touarègue du Nord qui a quasi fait sécession avec le reste du pays.

Nous sommes également face à ce tableau devant l'échec cuisant de la greffe du modèle de la démocratie occidentale imposée par la France aux pays de sa zone d'influence en Afrique et dont le corps social des nations est en train de rejeter cet organe exogène auquel il ne s'adapte pas, mais surtout devant le retour partout dans le monde musulman du recours à l'islam pour combattre les injustices et les inégalités sociales, la corruption galopante des gouvernants et de leurs cours, l'ingérence occidentale dans la gestion des pays musulmans, les invasions militaires qui précèdent ou qui accompagnent souvent ces ingérences qui menacent leurs souveraineté, le relâchement des mœurs et de la morale qui menace de disparition la culture et l'identité de ces nations.

Le monde musulman se souvient qu'il fût jadis la plus grande puissance qui ait régné à la surface du globe, unifié sous le pouvoir politique et économique du Califat qui a su protéger ses territoires, la sécurité et les intérêts de ses peuples, et se rêve d'un retour de l'ordre et de la justice en confiant la responsabilité de la gestion de la cité à des acteurs politiques disposant d'une légitimité religieuse, une sorte de retour aux sources qui n'est pas sans risques, ce qu'a démontré les différentes séquences du Printemps Arabe dans le monde musulman en 2011.

Avec affection, espoir et détermination

AbdouRahmane

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.