Culture II

J'avis présenté une première partie en terminant par (à suivre) et les impondérables de la vie m'ont perturbé. voici donc la suite.

CULTURE ? (2)

Pour allumer du feu, nous ne nous procurons pas par rapine une allumette (enfin, le plus souvent). Non, nous en achetons une boite ; nous pensons à l’avenir. Mentalement, nous nous voyons dans cet avenir ; nous nous y projetons. Nous sommes prévoyants. Avec toute sa dérive psychique, nous sommes un humain.

Si l’on ajoute qu’ultérieurement, nos allons transmettre nos savoir et nos savoir faire à notre descendance, cette descendance va posséder, outre ses capacités innées (se nourrir et se reproduire), les connaissances acquises que nous lui aurons inculquées.

Ces connaissances acquises, c’est cela que l’on appelle la culture.

Il va de soi que, même si l’on retrouve certaines constantes, vues les diversités géographiques et historique des populations, les cultures humaines sont monstrueusement nombreuses et variées. N’étant pas un Aborigène du nord de l’Australie, je ne sais pas chasser le crocodile.

Pendant longtemps, en Europe, on a espéré posséder toute la culture humaine. C’était inepte. Ces mêmes Européens ignoraient tout des cultures pré colombiennes chinoises et autres.

Tout au plus, quelques individus ont-ils pu embrasser seulement une majeure partie des connaissances de leur temps dans leur milieu local : Euclide (vers 325 vers 265 av JC), Léonardo da Vinci (Leonardo di ser Piero da Vinci 1452 1519). Le dix septième siècle français aura encore en tête l’image mythique de « l’honnête homme ». L’honnête homme étant imaginé comme un esprit possédant tout le savoir humain. Cependant, déjà à ce moment là, on considère que le savoir humain se trouve circonscrit essentiellement dans la littérature, le droit et la théologie.

On ne peut pas tout savoir.

Dans ces conditions, la question se pose : Ne serait-il pas plus pertinent de ne rien savoir du tout ?

On en reviendrait, du coup à la situation de base de la dépense minimale d’énergie.

Personne ne va franchement jusque là.

En revanche, dans un souci d’utilitarisme pragmatique, beaucoup de gens affichent un mépris profond pour beaucoup de connaissances.

-        « Ouah ! Ma parole ! L’histoire ça serve à rien ! »

          Ils ont raison, en plus.

 

Un Bushman moyen peut avoir une vie parfaitement équilibrée, voire confortable, sans avoir jamais entendu parler des accords de Yalta.

 

Mais, hé, entre nous, vous en connaissez beaucoup, vous, des connaissances acquises, donc culturelles qui servent à quelque chose ?

L’histoire, bon, d’accord, on a vu. La littérature, c’est encore pire. Shakespeare, Ibsen, Goethe, Musset… Franchement… La géographie avec les crues du Yang-Tseu-Kiang ou la production bovine de l’Argentine… C’est vrai qu’on peut s’en passer. Bon, je ne vous parle pas des activités artistiques.

La musique… Sauf si vous chantez sous la douche. Si personne n’avait jamais imaginé de codifier la musique et de l’organiser, vous ne pourriez pas chanter sous la douche. La peinture, la sculpture… Ouais, je me demande pourquoi vous avez sculpté le bâton que vous avez mis dans le coffre de votre voiture. Alors, pourquoi pas Praxitèle, Myron ou Coysevox.

-        Non, mais ce qui est important, c’est ce qui sert à quelque chose… Je sais pas, moi, les sciences ! Les techniques !

Ah bon ?

La physique, c’est important, hein ! Vous en êtes persuadés ! A chaque fois que vous laissez tomber un objet, vous faites mentalement référence à z=-1/2gt²+z0 ! Bien sûr, en chimie, vous avez en permanence à l’esprit la classification périodique des éléments. Et puis, dites-le moi à l’oreille, je ne le répèterai pas. En mathématique, depuis que vous avez quitté le collège, combien de fois avez-vous utilisé votre connaissance du théorème de Thalès ?

Et en technologie ? Sauf si c’est dans votre activité professionnelle, combien de fois par semaine utilisez-vous un ampèremètre ou combien de fois vous posez vous des questions sur les traitements de surface des aciers ?

L’informatique. Avez-vous une idée du nombre d’humains sur la planète qui n’ont pas d’ordinateur et même qui n’en ont jamais entendu parler ? Ils survivent quand même, hein ! Sans parler de ceux qui ont vécu pendant deux à trois millions d’années avant 1950.

Quand à la philosophie, s’il y a une chose inutile, c’est bien celle là. Du reste, de grands hommes, fort instruits et intelligents, au demeurant, en ignoraient des pans entiers. Platon n’a jamais étudié les textes de Descartes !

Oui, oui ! Vous avez raison. Toutes ces choses que l’on apprend à l’école, ça ne sert à rien. C’est juste bon pour transformer les enfants en singes savants en encombrant leur esprit de fumées inutiles.

 

On devrait supprimer tout ça. Du coup, l’école étant vide, on pourrait supprimer l’école. 

Vous vous rendez compte de l’économie ?

D’abord sur le plan étatique. L’école est une charge qui coûte très cher. Avec l’argent récupéré, on pourrait subventionner beaucoup plus largement les grands trusts industriels et bancaires.

Et puis, sur le plan individuel, avec le temps récupéré et l’économie de l’énergie intellectuelle, les enfants pourraient, dès le plus jeune âge, travailler dans des briqueteries comme dans les pays du tiers monde.

Lire ? Bof… Etes-vous sûrs que ça serve à quelque chose ?

Parmi ceux qui ont appris (une minorité mondiale) et qui savent, combien lisent réellement ? Déjà, sur les portes on remplace l’information par un logo ou un idéogramme. 

Un petit dessin d’un type en train d’uriner et vous comprenez parfaitement que ce sont les toilettes. Pour payer, on présente sa carte bancaire et au lieu de signer ou d’entrer un code, on apposerait son empreinte digitale et le tour serait joué.

Non mais !

Hein ? Je caricature ? Vous croyez ?

Je l’avoue… Un peu, oui… Mais pas tellement.

Des diatribes sur les choses que l’on nous force à apprendre et qui ne servent à rien, Je présume que vous en avez déjà entendu.

Le problème va être maintenant : Qui tient ses propos ? Et pourquoi ?

 

 

 A suivre.

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