MANIFESTE DE PARIS ADRESSÉ AU PRÉSIDENT OBIANG LE 15 FÉVRIER 2019

MANIFESTE DE PARIS - ADRESSÉ AU PRÉSIDENT OBIANG NGUEMA MBASOGO, Président de la République de Guinée équatoriale

Monsieur le Président,

Nous avons pris connaissance de vos discours prononcés aux Nations Unies, à l’Union Africaine, et à la CEMAC qui n’ont pas manqué de nous surprendre, par le fait que vous dénoncez les mercenaires qui sont en Afrique, en oubliant que la République de Guinée Équatoriale est envahie depuis votre arrivée au pouvoir par les armes le 3 août 1979, de mercenaires étrangers que vous avez recruté pour assurer votre protection et qui sont très coûteux pour l’État, et ce par préférence et au mépris des forces armées équato-guinéennes, ce qui constitue un abandon de la souveraineté nationale en un mot une perte de notre indépendance nationale au profit de l’étranger.

Un tableau paru dans les médias illustre le décalage qu’il y a entre ce que vous affirmez et la réalité en matière de mercenaires en place sur le terrain dans notre propre pays.

C’est cette présence étrangère qui vous a permis de pouvoir contrôler de vrais-faux coups d’Etat – 14 depuis votre arrivée au pouvoir – avec des mercenaires organisateurs sous vos ordres afin de vous permettre de contrôler ces soi disant coups d’ État que vous avez financés comme nous l’a révélé SIMON MANN qui continue à travailler pour vous au Royaume Uni, ce qui vous a permis d’éradiquer et de réduire à sa plus simple expression l’opposition dans le pays et aujourd’hui encore de poursuivre en exil les opposants par des enlèvements de réfugiés politiques au BENIN, au GABON, au CAMEROUN, au NIGÉRIA, et pour les derniers en date, en ESPAGNE et en ITALIE ; kidnappés par vos services lors de leur voyage au TOGO ou par des attentats terroristes, comme ceux organisés en Espagne ou au Royaume-Uni pour tenter de porter atteinte à la COALITION CORED qui représente désormais 21 partis politiques et associations en exil et qui constitue le vrai multipartisme de l’opposition et non pas celui que vous avez tenté de faire constituer avec des partis uniquement acquis à votre cause et qui ne représentent en fait qu’un seul et unique parti : le vôtre.

On ne compte plus les séquestrations et arrestations arbitraires, ni les tortures et les assassinats d’opposants comme le dernier en date survenu la semaine dernière à la prison de BLACK BEACH et pour lequel, comme pour d’autres vous oserez prétendre qu’il est mort à l’hôpital de maladie.

Ce n’est pas en affirmant aux 4 coins du monde, à l’ONU, à l’UNION AFRICAINE, devant l’UNION EUROPÉENNE et en vous faisant décerner des prix de complaisance ou en tentant d’acheter la presse comme l’a affirmé l’Ambassadeur de la Guinée équatoriale en FRANCE, en donnant 500.000 euros à un seul organe de presse, ce qui en dit long sur les moyens que vous dépensez sans compter pour redresser votre image qui se dégrade de jour en jour par l’obstination qui est la vôtre à vouloir diriger le pays sans partage comme vous l’avez fait depuis votre arrivée au pouvoir il y a 39 ans ou depuis un demi-siècle si l’on compte l’action que vous avez mené auprès de votre oncle dont vous avez pris la place au cours d’un coup d’état que vous avez organisé.

Aujourd’hui, malgré les apparences, la misère des classes populaires est cachée derrière les infrastructures qui ont été votre seule préoccupation, laquelle a permis un enrichissement familial sans précédent, entrainant une misère économique et sociale qui fait que 80% de la population pour les statistiques, mais en réalité 95 % vit en dessous du seuil de pauvreté dans le 3ème pays producteur de pétrole d’Afrique.

Vous avez réussi à faire fuir du pays pour ne pas qu’ils votent aux élections plus de 250.000 personnes qui ont préféré aller se réfugier à l’étranger pour ne pas subir le même sort que les 310 et plus, dont la liste est reconnue et que vous continuez à nier, alors que celle-ci n’est que la partie visible d’un iceberg, car elle ne finit pas de s’allonger en raison de la politique que vous menez pour faire en sorte que personne ne puisse s’opposer à votre pouvoir.

L’affaire des biens mal acquis qui nous amène en délégation en ce moment ici à PARIS au Palais de Justice devant la Cour d’Appel, n’est qu’une partie infime de ce que révèle la corruption que vous supervisez, qu’il s’agisse de la FRANCE, des USA, de la SUISSE, de l’ESPAGNE , de l’AFRIQUE DU SUD et récemment encore au BRÉSIL, petit à petit votre famille a été amenée à abandonner sur place entre les mains de la justice en plaidant coupable, la moitié de ce qui avait été détourné et qui se compte en millions de dollars ou d’euros, ce qui constitue une reconnaissance de culpabilité pendant que vous continuez à nier l’existence des « BIENS MAL ACQUIS ».

Il est temps de mettre fin aux fausses amnisties destinées à faire revenir les opposants en exil pour les faire emprisonner et négocier leur liberté contre le fait d’être acquis à votre cause avec des promesses financières ou de promotion à l’appui.

Le 13 février 2019, une délégation de la CORED, autorisée et accompagnée par la police sur notre demande et qui se voulait pacifique en vue de remettre une lettre à votre attention n’a pas pu être reçue par l’Ambassadeur en poste en FRANCE qui a refusé de recevoir la lettre qui vous était destinée, ce qui a provoqué la protestation bruyante des équato-guinéens venus en délégation avenue FOCH.

Cette attitude qui démontre votre absence de volonté de dialogue est révélatrice des fausses table rondes avec l’opposition que vous avez prétendu organiser au nom du multipartisme et qui démontrent si besoin est votre volonté d’ignorer le fait qu’un tiers de la population du pays est en exil en raison de la politique que vous pratiquez et que vous tentez d’ignorer cette importante migration des équato-guinéens vers l’étranger que vous avez privé du droit de vote ce qui remet en cause votre légitimité en tant que président.

Le refus de votre Ambassadeur plénipotentiaire et extraordinaire qui vous représente, a par l’acte qu’il a commis en refusant de nous recevoir, met fin à toute possibilité de négociation avec la COALITION CORED.

Le système que vous avez mis en place a montré ses limites, aujourd’hui, vous devez faire partir de guinée équatoriale, sur la base de ce que vous avez affirmé à l’ONU, tous les mercenaires que vous avez recrutés pour qu’il soient remplacés par les forces armées équato-guinéennes et une force militaire de l’ONU pour contrôler la situation et empêcher les exactions commises contre la population qui ne partage pas vos idées, afin de mettre en place de nouvelles élections libres et démocratiques auxquelles pourront participer tous les équato-guinéens, y compris ceux en exil que vous avez privé de ce droit jusqu’à ce jour et qui doivent pouvoir voter pour la renaissance de notre pays.

La liberté de la presse et des médias doit pouvoir être contrôlée minutieusement pour que l’opposition puisse disposer du temps de parole qui lui a été confisqué depuis votre arrivée au pouvoir.

L’opposition en exil pense que ce n’est que par ces mesures que pourront revenir les vrais investisseurs qui ont fui le régime et que l’on pourra lutter contre la pauvreté due à la corruption endémique dans le pays, facteur de mauvaise répartition des richesses, en revalorisant le rôle et l’utilité économique du travail, afin que la jeunesse retrouve des perspectives d’emploi à la mesure de ses espérances.

C’est la raison pour laquelle, depuis votre arrivée au pouvoir par un coup d’ État, l’opposition ayant épuisé toutes les possibilités de négociation au cours de vos 39 années ininterrompues de pouvoir sans partage, nous vous demandons dans l’intérêt supérieur du pays et en raison des pouvoirs que vous donne la Loi Fondamentale, de démissionner car vos 5 élections consécutives – alors que la Constitution limite à 2 fois les mandats consécutifs – vous ont permis par le fait de l’impossibilité massive des équato-guinéens en exil ou à l’étranger de participer aux élections présidentielles, raison pour laquelle nous vous demandons d’abandonner le pouvoir dans le délai le plus court afin d’organiser des élections présidentielles anticipées libres et transparentes avec l’appui des organisations internationales

Nous vous demandons de trouver ici, Monsieur le Président, notre plus ferme détermination pour obtenir que les droits de l'homme soient respectés en république de guinée équatoriale et que les droits fondamentaux en matière électorale permettant à toute la population en âge légal d’y participer, afin que le programme de renouveau que nous venons de vous exposer soit mis en place pour l’avenir de notre pays,

Pour que vive la République de Guinée équatoriale

 

Salomon ABESO NDONG

Président de la Coalition COREDqui représente 21 partis politiques et associations en exil

et les 250.000 personnes qui ont fuit la guinée équatoriale

ainsi que les 310 personnes assassinées.

 

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