Lettre ouverte de la CORED à M. António Guterres, Secrétaire général de l’ONU

Lettre ouverte de la Coalition CORED à M. Secrétaire général de l’ONU, à propos de la table de dialogue du président OBIANG NGUEMA MBASOGO qui doit s’ouvrir ce lundi 16 juillet 2018 et de l’amnistie décrétée et non suivie d’effet.

Monsieur le secrétaire général,

La Coalition CORED qui représente 19 partis politiques et associations en exil ainsi que les 200.000 personnes qui ont fuit le régime ainsi que les 310 personnes qui ont été assassinées pour avoir tenté de barrer la route au pouvoir actuel qui s’est maintenu  sans interruption et sans partage depuis 39 ans, s’adresse solennellement à vous en tant que gardien de la paix dans le monde troublé dans lequel nous vivons.

L’ONU est pour nous notre seul recours, par le besoin de l'espoir que sa seule évocation fait naître pour mettre fin aux souffrances et à la misère, avec un espoir salutaire, celui de donner aux plus démunis la certitude d'un secours possible, raisons pour lesquelles cette lettre ouverte est un SOS lancé auprès de vous pour mettre fin à l’éradication physique des opposants et d’un peuple opprimé par l’absence de démocratie et de respect des droits de l’homme.

À quatre reprises au cours de ces dernières années, nous avons appelé de nos vœux la constitution de véritables tables rondes de discussions avec l’opposition en exil qui est la seule à pouvoir s’exprimer, afin que la Guinée équatoriale qui est le troisième pays producteur de pétrole d’Afrique puisse redistribuer les richesses retrouvées auprès de sa population dont 80 % vit en dessous du seuil de pauvreté.

Ainsi que vous le savez, le résultat des dernières élections a été catastrophique en matière d’exercice des droits d’expression démocratiques, non content d’avoir 99% des députés élus pour son parti présidentiel, le président actuel a fait incarcérer le seul et unique député de l’opposition tandis que son parti politique CI était dissout pendant que de nombreux militants qui avaient manifesté ont été condamnés à des peines de plus de 40 années de prison.

Comme si cela ne suffisait pas, d’autres ont été torturés et un certain nombre d’entre eux ont disparu sans que l’on sache ce qu’ils sont devenus.

Une fois de plus, il y a plusieurs semaines, une amnistie à été annoncée par le Président en exercice perpétuel pour faire revenir en Guinée équatoriale les membres de l’opposition en exil en même temps que la libération de tous les prisonniers politiques était annoncée par lui devant les membres du corps diplomatique venus assister à ses déclarations, comme un gage de bonne volonté.

Ce jour, lundi 16 juillet 2018, date à laquelle la réunion de dialogue doit commencer, aucun prisonnier politique n’a été libéré, ce qui montre si besoin est que le président ne respecte ni la parole donnée devant les membres du corps diplomatique, ni ses écrits s’agissant d’un décret d’amnistie qu’il a lui même signé.

À ce sujet, il faut savoir que depuis toujours, le Mandataire équato-guinéen, sa famille ainsi que ses ministres et son  ambassadeur en France ont toujours affirmé, devant la presse et devant la communauté internationale, qu’il n’y avait aucun prisonnier politique en Guinée équatoriale…

Aujourd’hui nous pouvons affirmer que si les prisonniers politiques n’ont pas été libérés, c’est parce qu’ils ne sont pas montrables, parce qu’ils ont été torturés et que s’ils sont mis en liberté, ils vont pouvoir témoigner sur ce qui leur est arrivé…

Nous savons que certains d’entre eux sont morts dans des conditions horribles ainsi que certaines photos nous l’ont montré...

Pire encore, le pouvoir actuel ne sait pas comment il va pouvoir nous expliquer la disparition d’un certain nombre d’opposants.

Ainsi que l’un de vos prédécesseurs,  SEM. KOFI ANNAN l’a affirmé,  à l'occasion de la Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture, « la torture est un crime contre l’humanité ».

À cette occasion il a rappelé que «l'Organisation des Nations Unies défend le droit de vivre à l'abri de la torture et d'autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, et oeuvre pour que les auteurs de tels crimes soient traduits en justice. »

Vous aurez compris que la table le dialogue que le président actuel veut mettre en place avec l’ensemble des partis politiques en place dans le pays qu’il a fait créer et favoriser représentent de près ou de loin sa majorité, lesquels lui sont acquis par avance, et cela ne peut en aucun cas représenter l’opposition, car ainsi vous pouvez l’imaginer la seule et vraie opposition est malheureusement en exil, et c’est cela qui a permis qu’elle puisse survivre jusqu’à ce jour.

Pire encore, cette main tendue avec déclaration présidentielle dans une interview publiée dans une revue de notoriété européenne a déjà servi à faire revenir des opposants, retour au pays qui leur a été fatal et nous ne voulons pas faire partie de ceux qui ne se souviennent pas du passé et qui vont être condamnés à le revivre.

Faute d’un véritable dialogue, le pays va être conduit à une catastrophe économique et sociale, d’une part en raison d’investissements pharaoniques dans la création de villes nouvelles aujourd’hui quasi désertes ou à l’abandon, lesquelles vont hypothéquer les ressources pétrolières pendant plusieurs décennies, le tout aggravé par le fait que tous les investisseurs ont fuit le pays en raison de la corruption ainsi que du racket fiscal dénoncé même par certains ambassadeurs, le tout aggravé par un système d’enrichissement personnel des dirigeants actuellement au pouvoir.

C’est la raison pour laquelle, nous tenons à dénoncer la mascarade mise en place à la veille du 50e anniversaire de la fin de la dictature espagnole pour faire croire à l’opinion internationale qu’un régime démocratique est en train de se mettre en place en Guinée équatoriale.

Les conditions réclamées à de multiples reprises par l’opposition en exil pour la mise en place d'une véritable table ronde de dialogue pour un retour effectif à la démocratie sont les suivantes :

- libération immédiate de tous les prisonniers politiques, et l'annulation de toutes les procédures en cours susceptibles de viser des opposants,

- mise en place immédiate pour les personnes les plus démunies de centres de distribution de nourriture et de soins gratuits pour la population, dont 80 pour cent vit en dessous du seuil de pauvreté dans ce pays 3ème pays producteur de pétrole d'Afrique,

- école gratuite pour tous les enfants, 42 pour cent d’entre eux n’étant pas scolarisés selon Human Rights Watch dans son rapport de juin 2017,

- création d'une COMMISSION D'ENQUETE INTERNATIONALE SUR LES CRIMES CONTRE L'HUMANITÉ,

- entrée en vigueur d’un véritable plan de lutte contre la corruption, la Guinée équatoriale occupant dans le classement  sur la corruption de Transparency International, la 171ème place sur 180,

- liberté de la presse et accès de l’opposition aux médias, au classement mondial de la liberté de la presse 2018 de Reporters sans Frontières, la Guinée équatoriale est également au 171ème rang,

- le retour dans leur pays de tous les mercenaires étrangers actuellement en guinée équatoriale, la sécurité du pays devant être assurée par l'armée, la police et la gendarmerie équato-guinéenne 

- la mise en place immédiate (sous la surveillance d'organisations internationales avec une force militaire assurant la sécurité des opposants), d'un régime de transition démocratique avec la participation de tous les partis politiques y compris ceux en exil.

Une page d'histoire doit se tourner pour mettre fin à près d'un demi siècle de dictature en permettant une meilleure répartition des richesses au profit du peuple et le retour à des élections libres et démocratiques pour que vive enfin dans le calme et la paix tous les citoyens de la République de Guinée équatoriale, raisons pour lesquelles nous vous tournons vers vous Monsieur le Secrétaire général pour que force reste à la raison et que le mandataire actuel comprenne que la démocratie est en marche et que rien ne pourra l'arrêter.

Salomon ABESO NDONG

Président de la CORED

le 16 juillet 2018

 

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