Pourquoi parler de la police m'emmerde mais qu'écrire reste nécessaire

Le manque de doctrine

Au titre premier des choses qui m'emmerdent lorsqu'il s'agit d'écrire sur la Police est le manque affligeant de doctrine en Police Nationale. Alors oui, des efforts ont été faits par Cahuzac, pas du tout grâce à lui mais plutôt à cause des attentats durant son passage au MININT. Attentats qui, je vous rassure, ne lui sont pas directement imputables mais peuvent l'être indirectement auprès de Valls et Sarkozy pour avoir pris le contrôle d'un outil qu'ils ne maîtrisaient ni l'un ni l'autre et qu'ils n'auront fait que se détériorer gravement. 

Ils n'auront d'ailleurs jamais rendu de compte sur la réforme des RG et de la DST, ainsi que celui plus tard de la DCRI & la création de la SCRT. Après la vague d'attentat que la France a connu, cela aurait pu être le minimum que de créer une commission parlementaire à ce sujet, certainement que le vitriol était trop dangereux pour leur image médiatique.

Et c'est là où l'on se rend compte du manque de profondeur de la PN, puisque tout le monde y arrive sans rien n'y connaître et pensant être le Préfet Lépine. La PN, fragile, se laisse manier à convenance et ce depuis des années, d'abord formellement avec Pasqua et puis avec un peu tout le monde depuis.

Ce qu'on peut dire en revanche, et c'est paradoxal, c'est que la gauche a, la plupart du temps, mieux réussit la gestion de la police. Pourtant, si l'on devait mettre une note à cette gestion on n'irait pas beaucoup plus loin que "médiocre", c'est vous dire.

La bonne impulsion créée par Chevènement avec la première doctrine de Police Nationale jamais créée (en 1999) et puis la professionnalisation des polices municipales (en 2002), des actes maladroits dans leur forme mais nécessaires dans le fond ; ont malgré tout occultés la réalité des polices françaises : la trop forte politisation de ces dernières.

S'ensuivirent une déconstruction méthodique de ces avancées avec les incidents de 2005 & 2006 (émeutes et CPE) qui culmineront en 2008 avec la réforme non-nécessaire et totalement con de la DST & des RG qui pourtant obtenaient de bons résultats (il est rappelé ici que la France n'avait connu aucun attentat majeur depuis 1995 à ce moment là). Trois ans plus tard, Merah ouvrait le bal du djihadisme européen. Ces politiques ne seront questionnées qu'en 2015 et n'ont toujours pas été pleinement résolues aujourd'hui.

Le manque d'intérêt

Pourtant, ce n'est pas ça le plus grave. Comme lorsque l'on parle de l'effondrement de l'écosystème, l'opinion publique ne s'intéresse qu'au gros du sujet, au visible. 

Evidemment, pour l'intéressé que je suis, cela signifie que des questions techniques telles que la formation, l'éthique, l'organisation administrative, passent à la trappe, ne serait-ce que parce que les politiques estiment que ces sujets ne sont pas assez attirants dans leur plan de comm.

 

 

 

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