L'écologisme sera-t-il un humanisme ou une idéologie liberticide ?

Le monde politique s'agite autour des idées écologiques et la cristallisation se fera autour de deux positions diamétralement opposées : 1) un écologisme à visage humain, soucieux de maintenir des libertés individuelles et de diminuer les souffrances humaines. 2) un écologisme contre le système libéral, avec une dérive possible vers des formes radicales et ultra-violentes.

En France, les idéologies politiques ont perdu une grande part de leur influence depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Jérome Fourquet qui a écrit L’Archipel français (Seuil, 2019), prédit aujourd'hui un bel avenir à l'écologisme comme nouveau ciment idéologique dans la société française, se substituant à l'ancienne matrice catho-républicaine. Quelle forme prendra l'écologisme dans les prochaines années ?

Les écologistes ont souvent un discours global, mettant dans le même sac la baisse de la biodiversité, les pollutions et le réchauffement climatique, parce qu’ils sont tous d'origine anthropique. Alors que dans une démarche scientifique, il faut bien poser et décomposer les problèmes afin de trouver des solutions, les écologistes font en général l’inverse en globalisant le débat et ils préfèrent parler de transition écologique et non de transition énergétique. Si les vieilles voitures diesel émettent plus de nanoparticules, elles émettent moins de CO2 que les voitures essence alors que les freins des métros comme des voitures électriques produisent aussi des nanoparticules. Les solutions technologiques efficaces ne seront donc pas les mêmes pour tous les problèmes environnementaux, et la solution unique et miraculeuse n’existe pas, à moins bien sur de croire à la fin de notre civilisation. Yves Cochet, ancien ministre de l'environnement et inventeur de la « collapsologie », croie fermement en l'effondrement de notre civilisation et cela ne se discute pas. Quant à l'écrivaine Fred Vargas qui a écrit L'Humanité en péril (Flammarion, 2019), les réserves à la sortie de son livre formulées par l’ex-membre du GIEC Jean Jouzel ne l’ont pas fait changer d’avis.

La jeune suédoise Greta Thunberg tient aussi un discours globalisant et en plus très alarmiste. Telle une nouvelle Jeanne d'Arc venue d'une province nordique, elle veut sauver le monde entier et nous évangéliser, en traversant les océans en bateau. "No future" affirme-t-elle pour elle et toute sa génération si on ne change pas tout et tout de suite. Son discours est obsessionnel et culpabilisateur et montre un manque de recul historique, que son jeune âge peut expliquer. Les autres problèmes qui occupent l'Humanité depuis des siècles, les maladies, la faim, la pauvreté, les inégalités et la servitude ne semblent pour elle que des questions secondaires. Le paradoxe est qu’elle utilise des résultats scientifiques du GIEC mais que l'urgence qu'elle souhaite ne permettra pas de mener à bien une transition énergétique basée sur de innovations technologiques issues de la recherche scientifique. La recherche ne sert pas uniquement à établir des constats et à tirer la sonnette d'alarme, elle peut aussi servir à inventer et valider dans le temps des solutions durables, propres et sûres.

Lors de sa démission du gouvernement l’été dernier, Nicolas Hulot a condamné le système libéral incompatible selon lui avec les solutions politiques aux problèmes environnementaux. L'Histoire a cependant montré qu'une idéologie anti-libérale peut souvent conduire au pire (ex. le nazisme, le stalinisme…). L’écologisme pourrait aussi dériver vers une idéologie liberticide. Le « véganisme » qui va jusqu'au bout de sa logique conduit au génocide de toutes les espèces qui ont été domestiquées par l'Homme. Et l’idéologie « anti-spéciste » reviendra à restreindre les libertés de l’Humanité afin de créer de nouveaux droits aux autres espèces animales. A l’extrême, une fraction radicalisée pourrait vouloir la fin de l’Humanité en tant qu’espèce dominante afin que les autres espèces puissent se développer en toute autonomie et dériver vers une nouvelle forme de terrorisme, un « écolo-terrorisme ».

Une alternative serait de proposer un humanisme, c'est à dire un écologisme à visage humain, soucieux de maintenir des libertés individuelles et de diminuer les souffrances humaines. Et pour cela, Gaia ne devra pas être sacralisée, car si la Terre n'a pas besoin de nous pour tourner, nous aurons encore besoin des ressources de la Terre. Le talent des jeunes chercheurs scientifiques et des entrepreneurs permettra alors de trouver des solutions innovantes afin de lutter efficacement contre ces problèmes environnementaux.

Comme le chantait Joe Dassin, "ça va pas changer le monde, il pleuvra toujours sur Londres, et la vie continue". Cela restera vrai au 21ème siècle, malgré le changement climatique !

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