Lagarde au FMI ou Le Pen à l'Elysée ?

La Cour de Justice de la République (CJR) a voulu à tout prix garder Mme Lagarde au FMI, mais elle pousse ainsi Mme Le Pen à l'Elysée... c'est un peu comme si on voulait réparer absolument son chauffe-eau avant qu'un tremblement de terre ne s'abatte sur sa maison !

La Cour de Justice de la République (CJR) a voulu à tout prix garder Mme Lagarde au FMI, mais elle pousse ainsi Mme Le Pen à l'Elysée...

Je m'explique : Mme Christine Lagarde a été déclarée par la Cour de Justice de la République « coupable du délit de négligence par une personne dépositaire de l'autorité publique dont il est résulté un détournement de fonds publics par un tiers, à hauteur de 45 Millions d’euro ».

Si l'ex-Ministre de l'Economie a été dispensée de peine, malgré la gravité des faits, et sa négligence coupable, c'est pour ménager l'avenir de la Directrice du FMI : la Cour, constituée majoritairement de députés et de sénateurs, croit sans doute défendre les intérêts de la France en gardant ainsi Mme Lagarde à la tête du FMI. Il faut voir Mme Lagarde dans cette vidéo pour comprendre le ridicule de cette situation :

http://www.imf.org/external/mmedia/view.aspx?vid=5254448333001&hootPostID=7f88bcd4c79c1f70dba5a2074241a293

L'avocate Mme Lagarde choisit bien ses mots pour "communiquer" sur une reconnaissance implicite de sa culpabilité :

« une décision curieuse : accusée de négligence mais pas condamnée. Il faut savoir tourner la page… ».

Elle joue sur les mots comme savent le faire les avocats, mais la réalité des faits ne change pas : elle a été complice, en n'assumant pas ses responsabilités de Ministre, en se défaussant sur son Directeur de Cabinet, et en se mettant au service de son mentor, par ambition et pour sa carrière. Elle a ensuite atteint ses objectifs en étant soutenu par son mentor au nom de la France pour représenter l'Europe à la tête du FMI.

Elle aurait donc gagné ? Elle serait donc dispensée définitivement de peine pour ses actes répréhensibles ?

D'où l'importance de cette pétition demandant "un vrai procès pour Christine Lagarde" :

https://www.change.org/p/un-vrai-proc%C3%A8s-pour-christine-lagarde

Réagissant au succès naissant de cette protestation de nombreux citoyens, une journaliste du Monde nous explique doctement que nous autres pétitionnaires n'avons rien compris au film si bien écrit à l'avance, du fait de notre ignorance des fondements du droit :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/12/23/proces-lagarde-chronique-d-un-desastre-annonce_5053574_3232.html#fJktKZ5WzX5hoQ12.99

Pascale  Robert-Diard enchaîne d'abord les rappels  qui sont des évidences au niveau juridique, ce qui est très bien pour un journaliste qui souhaite éclairer ses lecteurs :

"Christine Lagarde, n’en déplaise aux pétitionnaires, a été jugée et ne peut pas l’être à nouveau. D’abord parce que les décisions de la Cour de justice de la République (CJR) ne sont pas susceptibles d’appel, mais seulement d’un recours en cassation. Ensuite parce qu’un principe souverain, ayant valeur constitutionnelle, dispose que nul ne peut être jugé deux fois pour les mêmes faits devant des juridictions différentes, a fortiori lorsqu’une condamnation a été prononcée et qu’elle est devenue définitive."

C'est moins sympa ensuite quand elle exprime son petit complexe .... de supériorité face aux pétitionnaires qui n'ont pas tous fait comme elle des études de droit (comme moi !) et qui se laisseraient aller à la passion de la colère en oubliant de faire appel à la raison :

"Cela s’appelle le droit, seule garantie contre l’arbitraire, et c’est un peu plus compliqué que la colère."

Et condamne ces media dont Mediapart qui relaient ce mouvement de protestation :

"Plusieurs grands médias nationaux, sans doute terrorisés à l’idée de passer à côté de l’expression d’un phénomène de société, s’en sont fait l’écho, sans prendre la peine d’expliquer en quoi cette demande n’a pas de sens."

La réalité est plus simple que ce que pense la journaliste du Monde. La CJR est une "fausse" cour de justice. Cette pétition réclame un "vrai" procès, autrement dit dénonce une justice qui n'est pas une "vraie" justice.

Le Monde préfère ne pas voir ce que les pétitionnaires dénoncent : un détournement de 45 millions d'euros de fonds publics au bénéfice d'un tiers doit "vraiment" être condamné. Sinon, le système ne tient plus, et c'est la loi de la jungle, pour les ministres comme pour les citoyens... et c'est un boulevard pour Mme Le Pen pour l'Elysée.

Et si cette pétition aboutit à la suppression définitive de la CJR, elle aura selon moi atteint son "vrai" objectif politique, au-delà des arguties juridiques de la journaliste du Monde qui ne veut voir aucun sens à cette pétition.

Mme Lagarde se dit "inculpée de négligence mais pas condamnée" et veut "tourner la page", la page ne pourra être tournée qu'après que les vraies responsabilités seront reconnues dans  cette affaire ténébreuse.

Garder Lagarde au FMI et pousser ainsi Le Pen à l'Elysée ne me semble pas un calcul très judicieux. C'est pourtant le calcul de la plupart des hommes politiques, de la CJR à Michel Sapin, en passant par François Hollande et François Fillon. Je rappelle que François Fillon avait approuvé sa Ministre à l'époque, ce qui a été rappelé par Mme Lagarde lors de son procès.

C'est un peu comme si on voulait absolument faire réparer le chauffe-eau avant qu'un tremblement de terre ne s'abatte sur sa maison.

 

 

 

 

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