L’été de tous les dangers pour les petits déjeuners… la rentrée… et bientôt l’hiver !

Ça n'a pas été simple de maintenir un service de distribution de petits déjeuners aux exilé-e-s dans le nord-est de Paris durant l'été. La rentrée est (enfin) là, c'est l'heure des bilans et de nouvelles perspectives pour les collectifs engagés. C'est l'heure de nouvelles actions comme la collecte alimentaire de ce samedi, histoire de faire le plein pour l'hiver.

Cet été, à Porte de la Chapelle, le collectif Wilson Solidarité Migrants a fini par mettre un terme à son activité de petits déjeuners. Une décision difficile qui a eu la vertu de renvoyer les autorités publiques à leur responsabilité. La ville de Paris a, en effet, bien compris que sans ce palliatif alimentaire et humain, porté à bout de bras par des gens de bonne volonté, la situation était explosive. Elle a donc subventionné une grosse association pour remplacer le collectif sur ce versant. Mais pour combien de temps, nous n'en savons rien.

Côté bassin de la Villette, l’association Quartiers solidaires et le collectif P’tit dej à Flandre ont quant à eux, choisi de regrouper leurs forces temporairement pour maintenir coûte que coûte une continuité de service dans le quartier. Durant tout l’été un unique petit-déjeuner a été servi au jardin d’Eole tous les matins, week-end compris et près de 200 personnes ont pu en bénéficier. 

Mais on sent que ça tire ! Si les bénévoles fatiguent, les bénéficiaires fatiguent eux aussi. Eux surtout ! A l’usure classique du militantisme fait face une usure bien plus radicale et irrémédiable, qui se perçoit dans les visages vieillis, hagards, qui se perçoit aussi dans les difficultés à tenir la ligne à l’entrée du petit déjeuner de la part de certains bénéficiaires. C’est l’usure insidieuse de la rue. La rue, dans nos quartiers, fait notamment se rencontrer deux populations particulièrement vulnérables : les exilé-e-s et les SDF usager-e-s de drogues dont le centre d’accueil (association Charonne) est fermé depuis un an faute de renouvellement de son bail et sans aucune solution alternative proposée. Ensemble, ils et elles subissent les effets pernicieux de l’absence d’hygiène et de soins (les bains-douches publics étaient fermés cet été), le manque de lieux sûrs pour dormir, le harcèlement policier mais aussi la prédation de certains dealers, et pour certain-e-s une injonction à la prostitution pour s’offrir les quelques kifs que ceux-ci leur vendent.

Plus de 1000 réfugié-e-s vivent disséminé-e-s à Paris en ce moment. La plupart d’entre elles et eux se trouvent dans le nord-est parisien. Devant l'urgence d'une situation humanitaire non prise en compte dans sa globalité par les pouvoirs publics, Quartiers solidaires et P’tit Dej à Flandres, ont décidé de pérenniser ce partenariat qui devait n’être que temporaire. Désormais un unique petit-déjeuner sera servi au jardin d’Eole tous les matins, week-end compris, à partir de 8h30. 

 Les riverain-e-s qui proposent cette aide sont bien conscient-e-s que ce n’est pas la solution de tous les problèmes, mais dans le désert des politiques publiques, il est indispensable de maintenir cette proximité, d’être-là, d’être attentif-ve-s, de faire savoir, d'interpeller pour que le silence ne recouvre pas les drames vécus.

Pour leur permettre de continuer à assurer ce simple geste de solidarité, vous pouvez les aider :

samedi 15 septembre lors de la collecte qui est organisée au Monoprix de Crimée, 117 avenue de Flandre, en faisant un don de l’un des produits suivants : 

  • Briques de lait (longue conservation)
  • Thé noir en sachet (non parfumé, c’est mieux !)
  • Café soluble en pot
  • Sucre en poudre (pas de dosettes svp)
  • Confiture
  • Pâte à tartiner chocolatée (si possible sans huile de palme)
  • Boîte de thon ou sardines
  • Produits d’hygiènes (gel douche, shampoing, dentifrice, brosses à dents, rasoirs jetables, crème hydratante)

 Vous pouvez aussi venir les rencontrer, prendre des infos, des contacts sur leur lieu de distribution (jardin d’Eole).

 © P'tit Dej à Flandres © P'tit Dej à Flandres

 

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