Ptit Dej Solidaire, 150 rencontres chaque matin !

Ce matin ils étaient environ 150 à venir prendre leur petit déjeuner, soit 150 individus, 150 corps, 150 histoires. Magali du collectif Ptit Dej Solidaire (fruit de la fusion entre le Ptit Dej à Flandre et Quartier solidaire) nous en raconte quelques bribes.

 © P'tit Dej Solidaire © P'tit Dej Solidaire

Ce matin ils étaient environ 150 à venir prendre leur petit déjeuner, soit 150 individus, 150 corps, 150 histoires.

Souvent, la gestion de la file peut vite devenir insupportable car elle nous met dans une position de "surveillant", alors que du "sur" on se passerait bien! 
Mais ça peut aussi être un vrai moment privilégié pendant lequel on a la chance de pouvoir informer, écouter, discuter, plaisanter, avec celles et ceux présent(e)s.
Alors avec une photo de certain(e)s d'entre "nous", c'est certain(e)s d'entre "eux" que je vais raconter, un peu...

A Zelda il a expliqué qu'en français il ne savait dire que "bonjour" et "merci". Il voulait apprendre comment se disait: «What is your name?», elle lui a répondu «Zelda». Il a semblé un peu étonné et quand elle lui a demandé : «and you?», après un p'tit moment d'hésitation il a répondu «Zelda !».. 
(C'était presque ça ! Ha ha)

Aujourd'hui il a mal aux dents et souhaiterait voir un dentiste. Il a des papiers, parle français, ça fait 2 ans qu'il est arrivé, mais ce qu'il veut par dessus tout c'est trouvé un logement, «c'est trop dur d'être dans la rue».

Comme très souvent il est dans les premiers de la queue, son caddi rempli de toute sa vie rangé sur le côté . Aujourd'hui, comme très souvent, il est énervé/agité/en souffrance, alors les insultes fusent «parce que moi je suis français». Le mieux c'est de l'ignorer, on verra quand il sera calmé.

Il a déjà ses cours de français du mardi au jeudi, il en cherche un pour le vendredi. Il connaît tellement bien Paris depuis plus d'1 an qu'il est arrivé et arpente ses rues, que quand il me demande comment aller à pied d'ici à "place des fêtes", il suffit que je lui montre le montre rapidement le plan pour qu'il se repère.

Quand il m'a entendu en renseigner d'autres en anglais, il m'a dit: «On parle francais!». Je lui ai répondu: «Ah ouais, tu parles français ?! Super !» «Oui tout le monde parle français, on est en France ici! Et tout le monde aime Macron!»
(J'ose imaginer qu'il plaisentait!)

Leur situation est loin d'être plus stable que celle de celles et ceux qu'ils servent, mais depuis un moment ils nous aident à distribuer de façon quotidienne ou occasionnelle. Ca leur fait du bien de se sentir utile et de «rendre ce qu'on leur a donné». Alors quand Murielle a ramené d'une boulangerie solidaire un gâteau au chocolat plein de crème l'un des deux a chanté "joyeux anniversaire" et ils ne se sont pas fait prier pour y goûter.

Elle, c'est quasi quotidiennement qu'elle vient, comme c'est une femme, elle n'a pas à faire la queue, elle le sait. Elle a de l'allure, mais son visage, son corps, sa peau sont abîmés, usés par la rue, usés par sa vie. Elle prend toujours un ou deux cafés avant de nous demander de remplir son thermos. Quand on discute avec elle on se rend compte qu'elle est incohérente. Malheureusement ce matin elle est arrivée trop tard, on avait déjà vidé le thermos de café.

Nombreux(es) sont celles et ceux qui devraient être dans des institutions spécialisées plutôt que dans la rue et qui viennent au p'tit dej. 
Lui a expliqué à Zelda qu'il fallait qu'il aille se faire opérer pour devenir blanc avant de partir à Miami. Puis qu'il devait changer de sexe, «tu sais comme ton copain!». Et quand elle lui a demandé s'il connaissait son copain, il lui a répondu que c'était celui qui avait changé de sexe et qui avait les cheveux longs. 
(Ça aurait pu... Mais non !)

Lui, il a 20 ans, je ne lui en aurais pas donné 18. Il est en France depuis 1 an, ses démarches administratives n'avancent pas vraiment. Il a pris des cours de français, mais n'en prend plus; il en reprendra une fois que sa situation se sera stabilisée et qu'il aura un endroit où dormir.

Ce monsieur il me fait penser à un grand oncle (pas forcément le mien d'ailleurs). Il doit avoir une bonne soixantaine d'années; même un peu édenté, il a un magnifique sourire. Il vient, puis ne vient plus et revient. Parfois on se prend dans les bras comme deux vieux amis qui se retrouvent. Au final je ne sais pas grand chose de lui, il ne sait pas grand chose de moi, mais peu importe, on est juste contents de se revoir.

Voilà, c'est un peu de celles et ceux qui sont venu(e)s à notre rencontre aujourd'hui et qui reviendront probablement demain.

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