On n'instrumentalise pas la santé des migrant-e-s à des fins politiciennes

Restreindre l’AME, ou la CMU-C, c’est mettre en péril, une nouvelle fois, la vie des personnes migrantes. Aujourd'hui, en inauguration d'une journée de fortes mobilisations mais aussi journée du patrimoine, nous avons voulu le rappeler à Docteure Agnès Buzyn. Notre plus grand patrimoine: notre système universel de santé !

 © accueil de merde © accueil de merde

L’automne 2019, avec l’ouverture du débat parlementaire sur l’immigration, sera l’occasion pour le gouvernement de remettre en cause l’accès des personnes migrantes aux soins de santé. Le gouvernement envisage la restriction de l’Aide Médicale d’Etat (AME), seul dispositif permettant aux résidents sans-papiers ou en attente de papiers d’accéder à des soins. Les personnes ne disposant pas de titre de séjour demeurent en effet exclues du système de protection sociale universelle. L’AME couvre un panier de soins restreints et essentiels : soins aux urgences, vaccinations obligatoires, dépistage, soins liés à la grossesse, etc. Rendre payant ce dispositif ou limiter la liste des soins couverts signifie mettre en danger des personnes déjà très exposées aux risques de santé, et fragiliser encore plus leurs droits. 

Cette énième remise en cause de l’AME ne nous surprend pas, tant le dispositif a fait l’objet depuis 10 ans d’un travail de sape systématique de la part de politiques de droite et d’extrême droite, au nom de contre-vérités éternellement remâchées - comme le mythe de « l’appel d’air », infirmé par les statistiques officielles – justifiant un discours raciste et xénophobe. Elle nous inquiète profondément car année après année, ce sont de nouveaux obstacles qui rétrécissent l’accès des personnes migrantes à leurs droits fondamentaux.

Nous citoyen-ne.s solidaires des exilé-e-s manifestons contre cette réforme. Nous protestons contre l’instrumentalisation de la protection sociale au service d’une politique d’immigration toujours plus répressive. Nous le faisons en écrivant en lettres de sang AME sur fond d’un « Accueil de Merde »  qui reste le signe de la politique française en matière d’asile. En cette journée du patrimoine, c’est ainsi que nous souhaitons apporter notre pierre à l’édifice de la lutte pour les droits humains.

Nous accompagnons notre action d’une lettre ouverte à Docteure Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé, que nous reproduisons dans ce communiqué.

 

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Lettre ouverte à Madame Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé

 

Madame la Ministre, Docteure Buzyn,

« C’est une bataille permanente que de préserver cette AME face aux coups de boutoir de certains populistes. »

Madame Buzyn, Institut Convergences Migrations, juin 2019

 Par cette lettre ouverte, nous exprimons notre profonde inquiétude quant à la menace qui pèse sur l’Aide Médicale d’Etat, au vu des récents débats qui agitent la majorité. Nous faisons en cela écho aux associations et aux ONG qui vous ont déjà adressé un cri d’alerte le 6 août 2019. Nos plus récentes informations font également état du danger encouru par un autre dispositif fondamental de protection sociale, la couverture médicale universelle complémentaire (CMU-C), ouverte aux demandeurs d’asile en voie de régularisation, et critiquée pour les mêmes raisons fallacieuses.

Nous sommes les témoins quotidiens des conditions de vie intolérables de milliers d’exilé-e-s en France. Nous constatons chaque jour des situations sanitaires contrevenant aux recommandations du Défenseur des droits et aux principes de l’ONU. Nous voyons les personnes étrangères malades, doublement vulnérables, régulièrement exposées au refus de soins.

Depuis le début de votre mandat, vous avez défini la santé comme un bien universel commun, et souligné à plusieurs reprises l’importance de l’AME comme dispositif de santé publique. Comme le Défenseur des droits, vous pensez que la prise en charge des frais de santé de toute personne résidant sur le territoire s’impose à la fois au regard du respect des droits fondamentaux et de la protection de l’ensemble de la population. 

Selon vos propres mots, « à chaque fois que l’on tente de raboter quelques euros sur l’AME (…), les bénéficiaires accèdent plus lentement aux soins, arrivent bien plus malades dans les hôpitaux, ce qui, in fine, coûte beaucoup plus cher, sans compter le risque d’exposition infectieuse de la population française ».

Cette phrase que vous avez prononcée en 2018 nous met tous d’accord : une restriction de l’AME est non seulement un non-sens médical, mais aussi un non-sens économique. L’aide médicale d’Etat est, au même titre que la CMU-C, l’un des maillons de la politique de santé publique responsable que vous appelez de vos vœux et contribue à préserver le système de santé solidaire.

 Madame, vous êtes ministre, vous êtes aussi médecin : vous savez donc que la santé ne peut pas être une variable d’ajustement, un calcul électoral fait uniquement dans le but de s’approprier des thématiques d’extrême-droite. Si Emmanuel Macron est capable de renoncer aux engagements pris lors de sa campagne de ne pas remettre en cause l’aide médicale d’état, nous comptons sur vous pour ne pas en être complice.

Nous vous demandons donc solennellement de faire barrage à toute tentative de restriction de l’accès aux soins des étrangers résidant en France. Nous voulons une protection sociale pour tou.te.s les exilé-es quel que soit leur statut juridique. Ne participez au crime européen qui, décret après décret, loi après loi, contribue à invisibiliser les personnes étrangères, détériorer leurs conditions de vie et multiplier le nombre de morts à nos frontières et dans nos rues. A l’heure où les jeunes et moins jeunes investissent ces mêmes rues au nom du climat, de la justice sociale, de la protection de la vie sur terre, nous demandons que le droit à la santé soit sanctuarisé. 

 

film de l'action par Zag Zoo films

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