Nur... pour toujours !

Nur qui avait fuit le Pakistan a fini par se suicider à Paris. Son corps fut retrouvé dans la Seine le 14 février 2018. Le 22 mars suivant, nous étions venu-e-s dire notre colère et notre chagrin à quelques mètres du parvis de l’Hôtel de Ville de Paris. Une plaque avait été posée. Elle fut arrachée. Un an après Jane des Petits déj's Solidaires lui rend vie, le temps d'un hommage.

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Nur, l’eau, le feu, la pierre.
Nur est mort à 17 ans, en se jetant dans la Seine. Il avait fui les persécutions dans son pays, son frère devait le rejoindre mais est resté bloqué quelque part en Europe.
Nur jouait du violon. 
Il était en formation de cuisine. 
Il voulait ouvrir son restaurant à Paris. 
Il aimait le fleuve, la Seine. 
Il était habité par un djinn qui le persécutait. C’est le djinn qui l’a foutu à l’eau. 
Dans l’Islam, les djinns sont des créatures dotées de pouvoirs surnaturels, ils ont été créés d'un tissage de lumière d'une flamme subtile, d'un feu sans fumée. 
Par deux fois, il a tenté de tuer son djinn en se tuant. 
Le djinn pouvait se dissoudre quand il était en compagnie, quand à un autre on s’accroche pour ne pas tomber dans les fleuves lorsque le djinn brûle trop. 
Pauline qui l’a connu depuis son arrivée à Paris le dit « il ne voulait pas mourir, il voulait vivre, il avait un projet, il avait tout le temps besoin de nous, de nous appeler, de parler ». Son éducatrice à l’ASE le dit « j’ai demandé qu’il ne soit pas placé à l’hôtel où il était seul ». Leurs voix que l’émotion n’éteint pas. 
Le djinn des administrations qui est un feu sans fumée, n’a pas d’oreille, mais a des pouvoirs. 
Nur est resté dans son hôtel avec sa poignée de tickets restaurant pour ses repas solitaires. 
L’âme de Nur a dix-sept ans, elle est légère.
Il nous a fallu hier dire la colère qui nous prend à tout ce que nous avons récolté des abandons d’enfants étrangers isolés. Nos pauvres accompagnements, parfois nous cachant, parce qu’il ne faut pas que l’administration sache que l’enfant n’est pas tout à fait seul. Nos bricolages de tous les jours. Ceux qui sont à l’hôtel alors qu’ils crèvent d’angoisse, ceux qui sont dans la rue, parce que le désert a mangé leurs joues d’enfant et qu’à vue d’œil de djinn, ils ne sont pas des enfants.
Alors, puisque l’âme de Nur était si légère, nous avons apporté avec nous une pierre. Une belle pierre. Avec ses prénom et nom, l’année de sa naissance, l’année de sa mort (comme c’est proche). Et puis ceci : « isolé, sa souffrance l’a emporté dans la Seine ». Et la pierre a été arrimée. Qu’il reste là, le petit. 
Si le djinn arrive à desceller cela, il se peut que la colère s’enflamme.

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