Ailleurs, d'autres pays n’ont pas réussi à la sauver des assauts d'un flux plus facile à vendre à des corps comme endormis dans leurs cocons. Le cinéma lui continue de les sortir de chez eux pour les amener à ce lieu d’intérêt public, contre les tentations de repli chez soi et d’engourdissement. En France, on se presse encore pour voir des films dans un espace qui, lui, se redéfinit.
Que devient donc la salle ? Elle reste la grotte familière où nous nous extirpons de nos vies trop lourdes pour accéder à des émotions enfouies, mais elle est aussi un lieu ouvert et chaleureux de rencontres et d’échanges où se resserre un lien social ailleurs élusif. Comme lieu culturel, le cinéma reste dépositaire d’une tradition populaire qui, en plus d’être cet espace public partagé, élabore, dans l’obscurité des salles, un terrain d’entente.
Les édiles qui, à travers un dialogue continu et respectueux de l’indépendance des programmateur.ices, inscrivent les cinémas dont ils.elles ont la charge dans un projet territorial ambitieux, savent leur rôle clef pour l’éducation populaire et l’accès de toustes à la culture, partout. Programmer, éduquer, valoriser la diversité des films et de leurs accompagnements, sensibiliser et impliquer les publics sont autant de compétences qui manifestent un engagement conscient tant des enjeux sociaux que culturels qui sont au coeur de tout programme politique qui se veut démocratique. Le travail des programmateur.ices-exploitant·es prolonge l’émancipation de toutes et tous par l’animation de débats avec les cinéastes, les critiques et les publics reconnaissants de cette occasion d’étendre le champ de leur savoir mais aussi de discuter ou de débattre de sujets qui leur tiennent à coeur.
À côté de la médiathèque dont le projet, inscrit dans la loi, nourrit chez ses lecteur.ices « une pensée complexe et autonome », le cinéma se pense alors comme un lieu d’élaboration du. de la citoyen.ne, spectateur·ice indépendant·e qui pénètre dans un monde où les évènements les plus étrangers peuvent être perçus et ressentis au plus profond de l’âme.
Cette appréhension de l’altérité infinie du monde et de soi-même, rendue possible qu’on habite en ville ou à la campagne, est le fruit d’une politique culturelle ancienne – on fête cette année le cinquantenaire de la mort de Malraux – un patrimoine donc, qu’il faut préserver, revivifier, protéger. À l’heure des tentations de choix court-termistes, invitons tous les maires qui ont la chance d’avoir dans leur ville une salle de cinéma, à inscrire dans leurs programmes la défense de ces espaces essentiels à une joyeuse, plurielle et active vie culturelle et sociale.