Ne pas s'habituer

Ce qui prolifère donc, en miroir des variants, ce sont les frontières et l'injonction concomitante de présenter, continûment, nos papiers. Nous devons toujours garder en tête que cette résignation au pass sanitaire n'a de sens que temporairement, transitoirement ; que notre pire ennemi est l'habitude.

Le déploiement, cet été, du passe sanitaire dans la plupart des lieux public doit nous alerter – en dehors des positions purement « pro » ou « anti » qui refusent toute complexité à un débat, qui pourtant l'exige – sur au moins un élément : l'espace public que nous avons en commun s'atomise de jour en jour en une série discontinue de lieux auxquels l'accès nous sera tantôt refusé, tantôt autorisé. Ce qui prolifère donc, en miroir des variants, ce sont les frontières et l'injonction concomitante de présenter, continûment, nos papiers.

Mais, si le désir, ô combien fondamental, de se retrouver dans des lieux de partage – au café, dans un musée, dans un train, au cinéma… – nous amène à accepter d'être trackés, nous devrions toujours garder en tête que cette résignation n'a de sens que temporairement, transitoirement ; que notre pire ennemi est l'habitude, qui n'est jamais que le prélude au fatalisme…

Nous croyons à l'ACID que, si le radeau démocratique (1) tend à dériver dangereusement, les films que nous découvrons, aimons, défendons et enfin partageons constituent autant de phares dans nos tristes nuits sans étoiles. Ils nous maintiennent en éveil, attentifs, curieux, ouverts à l'Autre, engagés, enragés, énergiques. Dans des moments comme celui que nous traversons, le cinéma aide à vivre. L'émotion, la joie suscitées par la programmation cannoise de l'ACID, dont les reprises dans toute la France démarreront très bientôt, sont le témoin le plus vif de ce pouvoir du cinéma : les films nous grandissent et prennent soin de nous, individuellement et collectivement. C'est pourquoi nous avons hâte que vous les découvriez, dans vos salles de cinéma, malgré les QR codes.

Parce que, au fil de ces découvertes, nous nous rappellerons pourquoi nous avons besoin du cinéma, de l'art en général, et des autres autour de nous. Nous referons l'expérience commune qu'au cinéma, face à des films qui prennent très au sérieux leur exigence de liberté, nous sommes, en retour, contaminés par ce désir illimité et qui vient à bout de tout ; celui que résume si bien le titre d'un des films de notre programmation, manifeste contre la résignation : SOY LIBRE, « je suis libre ».

(1) Sophie Wahnich

Les cinéastes de l'ACID

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L’auteur·e a choisi de fermer cet article aux commentaires.