Coronavirus: Le libéralisme montre ses crimes

Régime d'exception, état d'urgence sanitaire, pouvoirs spéciaux. Dans tous les pays, c'est le branle-bas de combat général pour opposer la puissance publique à une pandémie qui, sans intervention coercitive et massive est en capacité de faire des millions de morts à travers le monde. Preuve éclatante de la force des nations à s'unir face à l'adversité ?

Les jours finissent par se ressembler. Chaque jour, des mesures de plus en plus noires sont envisagées pour tenter d'endiguer la pandémie du COVID-19 qui d'ors et déjà écrit l'Histoire comme aucun évènement humain ne saurait le faire. Chaque jour draine dans son sillage des nouvelles de plus en plus inquiétantes. L'Italie, sacrifiée, compte désormais plus de morts de la maladie que la Chine, et tout porte à croire que chaque pays européens actuellement touché se dirige vers un scénario à l'italienne. La vague est là, intangible, et irrémédiable et elle balaiera des milliers, des centaines de milliers, peut-être même des millions de personnes à travers le monde. Notre seule manière d'écraser cette maladie est de faire la chose la plus simple, rester effectivement chez nous.

Oui mais voilà, les fléaux sont de toutes sortes, et se répondent entre eux. Le fléau qui frappe notre continent est une maladie, certes. Mais les conséquences de cette maladie sont aussi importantes pour nous car nous avons, depuis des décennies, cédés à une autre maladie : le libéralisme. Chaque jour, et cela risque d'empirer encore, quelques mille européens meurent du COVID-19. Savez-vous à quoi cela correspond ? Cela correspond en moyenne à la perte journalière de la France pendant la première guerre mondiale. Et pourquoi ? Parce que cette maladie est inexorable, comme le sont les fléaux ? Non, car en Italie, comme ce sera le cas en France, en Espagne, en Grande Bretagne et ailleurs, l'incurie et l'impréparation du système de santé oblige à choisir qui va vivre et qui va mourir. Cette maladie n'est pas bénigne, certes, mais avec les mesures adéquates, sa mortalité peut descendre en dessous de 1%. Est-ce le cas en Italie ? Non. Est-ce lié à l'incompétence des médecins italiens, des infirmiers italiens, des brancardiers italiens, des gels hydroalcooliques italiens ? Ayons plus de décence que notre porte parole gouvernementale et acclamons les liquidateurs du système de santé italien qui, au prix de leurs vies, remuent le ciel et la terre pour sauver le maximum de monde.

Non, la mortalité est importante en Italie car l'Europe n'a plus assez de masques, plus assez des respirateurs artificiels, plus assez de personnels de santé, plus d'usines ou pas assez pour faire face seule à un fléau. Où sont les personnels de santé ? Pas en vacances de toute évidence. Où sont les masques ? Pas dans nos hôpitaux. Où sont nos respirateurs artificiels ? Dans nos hôpitaux, mais pas du tout en assez grand nombre. La question est simple. Où sont passés les moyens d'actions de la première puissance économique du monde, l'Europe ? La réponse est finalement assez simple, dans le trou noir des politiques économiques néolibérales des 30 dernières années.

Des mois, des années que le secteur de la santé tire la sonnette d'alarme. Combien de manifestations en blouse blanche pour réclamer des moyens pour la santé. Combien de suicides, combien de burn-out, combien de gardes à rallonge, combien d'agressions dans les urgences face à la surcharge du système, combien de morts, et cela avant le COVID-19 du fait du manque de moyen des hôpitaux ?

Qui se souvient de ce Fillon, maintenant condamné à de la prison ferme, et de ces propos face au personnel soignant dans un EHPAD, désormais en première ligne de la pandémie. Qui se souvient de cette police, gazant à terre des infirmiers et personnels soignants, et qui désormais est investi d'un pouvoir tel qu'aucune police n'en a eu depuis le régime de Vichy ? Agnès Buzyn qui fait déplacer des centaines de milliers de votants un dimanche de pandémie et qui deux jours plus tard, sèchement battue, vient nous dire qu'elle savait depuis des mois. De ce Macron, chef de guerre de pacotille, allant au théâtre pour que "la vie continue". La vie ne continue pas, pour les centaines de français morts du COVID-19 et les milliers d'autres à venir, n'en doutons pas.

Nous sommes en guerre. Contre un virus. Un virus dangereux, mais ô combien moins que le virus Ebola qui ravagea l'Afrique de l'ouest dans la quasi indifférence générale en 2014. Ce virus, si faible, n'a eu qu'un allié de poids, l'étroitesse de vue de nos gouvernements, incapables de voir à plus de deux mois les perspectives écologiques, sociales, sanitaires, mais qui sont capable d’ergoter des heures sur le taux de croissance de la zone euro en 2025. Où est-elle désormais votre sacro-sainte croissance économique ? A terre ! Où sont vos grandes idées sur la liberté d'entreprendre, plus fortes que les droits du travail ? A terre ! Où sont vos vérités générales sur la limitation du pouvoir des états face à l'économie ? A terre ! Où sont vos boursicoteurs, si courageux d'investir en bourse ? A terre et quittant le navire comme pendant une épidémie de peste !

Alors quoi ? Que ferez vous une fois que la crise sera passée ? On reprend comme avant ? On demande le zéro lits de libres dans les hôpitaux ? On demande une gestion start-up de la santé ? Et le confinement, vous allez le considérer comme des vacances, retirant de fait des semaines de congés payés ? Et les pleins pouvoir dont vous disposez, allez vous les rendre quand la crise sera passée ? Tous ? J'en doute... 

Car d'autres crises viennent, des crises à n'en plus finir. Sociale, environnementale, sanitaire, politique... Comment contiendrez vous cette vague irrésistible qui finira par se lever, plus haute que les murs que vous avez dressé ? Par des pouvoirs d'exceptions ? La Terre nous adresse l'ultime avertissement. Elle réclame la fin de votre monde, et réclame son dû. Mais c'est nos têtes qui tombent, nos médecins qui se sacrifient, nos infirmiers, nos forces vives qui sont entamées, nos aînés, nos vieux oui. Car cette crise n'est rien, rien par rapport à ce qui vient.

 

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