La guerre vient

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La guerre qui vient

La paix. Nous avons tellement oublié ce qu’elle signifie tant elle ressemble à notre quotidien morne. Nous en avons oublié sa valeur, oublié ce que signifie le conflit, la guerre. Finalement, que savons-nous aujourd’hui encore ce que signifie être en guerre. Des échos lointains, des images télévisuelles. Tel pays est en guerre civile, telle famine en Ouganda, tel missile tiré par la Corée du Nord.

Bien sûr, les hommes dits politiques, les éditocrates médiatiques, qui n’ont rien de journalistes, passent leur journée sur les chaînes d’information en continu à nous dire que nous serions en guerre. Le casus belli de la guerre que nous serions en train de vivre serait les attentats.

Que de honte j’ai pu ressentir. Je suis censé être journaliste, censé avoir une certaine éthique, une déontologie qui doit faire place à l’objectivité. Ces personnes, se prenant soudain pour des grands reporters de guerre qui nous raconte la mort, en direct, avec une sorte de jubilation, presque le sourire au coin. Oui la France entière regardait, ébahie, effarée, avec quelque chose qui relève de la fascination cette guerre qui revenait sur notre sol après des décennies de paix.

Cette fascination morbide, cet espèce de frisson macabre n’est pas condamnable. Il fait partie de l’être humain, et nous en ressentons toujours une sorte de honte. Mais quelle ignominie pour des personnes se prétendant journalistes d’attiser ce frisson, ce côté sensationnel. Quel procédé honteux de monter un direct sur une scène d’attentat comme Michael Bay monte Armageddon.  

Et le lendemain, cette sorte d’orgasme éditorial, jubilant et hurlant à la Guerre, comme d’autres appellent au Djihad. Un concert unanime de « unes », cadavres en pleine page avec en gros titre « Cette fois c’est la bonne (guerre) » !!

Non ce n’était pas la guerre à Paris, non ce n’était pas la guerre à Nice, ni à Saint-Etienne du Rouvray ni à Magnanville, ni à Toulouse. Non. Et pardon pour toutes les victimes. Jamais je n’ai subi un tel choc pourtant, que ce soit pour Charlie ou pour le 13 novembre. Mais ce n’était pas la guerre, c’était un acte de guerre.

La guerre, ce n’est pas trois heures dans une salle de spectacle, malgré les vies détruites par les blessures ou les traumatismes. La guerre c’est chaque jour, les bombes, les bombardements, les fusillades, les exécutions arbitraires, la peur, sans arrêt et justifiée, de mourir. Pour les victimes des attentats et leur famille, mon propos est selon toutes vraisemblances insupportable, si jamais ils venaient à me lire. Pourtant je le répète, ce n’était pas la guerre.

Car la guerre, la vraie, arrive. Elle vient, inexorablement dans une marche lente, sournoise et perfide. Elle se pavane, comme une sombre maîtresse aux portes de l’Europe. Le vieux continent, la poudrière du monde, qui s’effondre sur sa grandeur et sur ses rêves d’union. Nous sommes faibles de croire que la guerre est loin, elle habite déjà nos cœurs et  nos votes. Elle attend à l’orée des manifestations entre deux charges policières et cinq grenades de désencerclement. Elle rit, quand nos Q.I descendent. Elle sait son inéluctabilité, dans les prévisions des scientifiques à propos du climat. Elle attend, s’armant de patience quand nos gouvernements préfèrent eux-mêmes s’armer plutôt que de réduire les inégalités.

La guerre vient, aussi surement que l’hiver. Elle sera la dernière, il n’y aura pas d’ennemis particulier, pas de nations particulières. Juste cette volonté macabre d’en finir, avec l’autre, avec soi, avec ce monde dépourvu de sens à force de l’ensevelir sous un flux de bêtises.

Un mince espoir subsiste, si faible qu’il ressemble à ce vieil homme qui respire encore une fois sur son lit de mourant, repoussant la mort encore et encore, avec cet espoir futile de s’en sortir alors que déjà s’effondre l’esprit. L’espoir. C’est tout ce qu’il nous reste. L’espoir que des personnes intelligentes s’uniront pour affronter les ténèbres qui viennent. Cet espoir repose sur vous, sur moi, sur l’autre.

Je tâcherais ici de faire le plus souvent possible une analyse d’un fait, d’un évènement international, important ou non. J’essaierai en faisant cela de démasquer la manœuvre du monde, la manœuvre des puissants, jouant à une partie d’échecs où les cases sont des pays.

Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour

Rager, s’enrager à l’agonie de la lumière

N’entrons pas dans cette douce nuit.

 

La guerre vient.

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