Abattre l'oppression contre les minorités pour entrer dans le temps de l'égalité

Nos mobilisations collectives ouvrent l'ère du ressentiment et de la violence étatique comme politique.

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Ce texte a été rédigé à l'occasion de la présence d'Act Up-Paris à la Marche des Fiertés de Lyon le 15 juin 2019 aux cotés du collectif des Dragones

Aucune transformation sociale, aucun renversement ou remise en cause de l'ordre dominant ne peut se faire sans anticiper une réaction par toutes les violences possibles ou par une tentative des pouvoirs publics de minorer, de péjorativer ou de caricaturer notre exigence commune, fière et irrémédiable, d'égalité et de liberté dans cette société qu'on nous impose.

Act Up-Paris existe depuis maintenant 30 ans. 30 ans semés de défaites et de victoires. Le sida est politique. La lutte ne peut s'appréhender que par une victoire certaine et totale pour toutes, ici comme ailleurs.

Par conséquent, le combat contre les violences faites aux LGBTQI, aux personnes racisées, ne peut être dissocié de la lutte contre le VIH-Sida. Act Up-Paris a toujours dénoncé sans relâche les répressions, les discriminations et l'incapacité des pouvoirs publics à faire baisser le nombre tristement stable des contaminations au VIH depuis 20 ans.

Act Up-Paris est une association qui agrège les mouvements d'autodétermination, qui promeut le respect et la dignité des personnes dans leur droit à la santé et dans leur droit fondamental à l'égalité.

L'invisibilisation de l'épidémie à VIH-Sida dès qu'il est question des droits des LGBTQI est une réalité institutionnelle. Il ne faut pas traiter ce sujet comme une option qui serait détaché du quotidien des personnes concernées. Les réponses des pouvoirs publics et des acteurs de la vie politique ne sont carrément pas à la hauteur des enjeux de l'épidémie aujourd'hui à Paris, dans sa proche banlieue, comme dans les régions et les Outres-Mers.

Cette obligation au silence renforce les processus d’exclusions telle que la sérophobie. Les obstacles systématiques à l'accès au dépistage, à la prévention et à l'information (VIH, IST, Hépatites) pour toutes sur l'ensemble des territoires, créent des boulevards pour les contaminations et attisent la flambée de l'épidémie dans les communautés les plus exposées. Comme si de nouveau la ministre de la Santé et des Solidarités actuelle nous dirait : « ni responsable ni coupable » ?

Les politiques de répression à l'encontre des travailleurs et des travailleuses du sexe (TdS) incriminent et précarisent. Incapables d'interpréter à la fois les paroles des premières concernées comme des données épidémiologiques les plus récentes, les pouvoirs publics et leurs affidés et relais organisés, enferment dans des processus de répression et de précarisation les TdS ainsi que les personnes trans.Vanessa Campos, assassinée au Bois de Boulogne, et tant d'autres victimes en sont les tristes symboles ! Vanessa Campos est morte. Sa vie fut dégradée par le système d'oppression étatique. Les coupables sont libres !

Dans ce contexte particulièrement funeste, imposé par un gouvernement qui ne veut pas dire de quoi il est fait, nous assistons à une banalisation des insultes et des violences LGBTphobes et des dynamiques racistes. Cet état de fait n'est pas nouveau. Ceci résulte du processus d'exclusion du corps social dominant qui n'a jamais vraiment admis l'existence des LGBTQI ni des héritiers des populations colonisées dans la société française.

 

L'oppression historique et systémique, les appels orduriers de la droite et de l'extrême droite, amplifiés par l'église catholique et d'autres segments réactionnaires, notamment lors des débats parlementaires sur le mariage pour tous, ont imprégné la société française. Cette oppression ouvertement assumée encourage le passage à l'acte. L'église catholique est complice historiquement de la pandémie du Sida en dissuadant les populations d'utiliser le préservatif comme moyen de prévention.

Certains média, amplifiés par les réseaux sociaux, ne sont pas dénués d'un prisme politique nous déformant. Ne nous faisons pas d'illusions ! Les manigances entre Marlène Schiappa et Cyril Hanouna en sont un exemple flagrant qui participe à l'instrumentalisation plutôt qu'à la résolution complète de nos problématiques.

Cette violence d'Etat existe. Elle est exponentielle. Elle se montre à travers les gueules cassées, les visages et les corps tuméfiés et dans certains cas par des morts passés sous silence. Cette violence est présente dans l'ensemble des territoires et des classes sociales. La violence sociale et administrative est également une réalité dans la vie des LGBTQI et des personnes racisées. Elle se traduit par une attaque systématique contre les droits sociaux, contre les droits des personnes malades étrangères, contre l'accès aux soins pour touTEs et par la précarisation au travail, par les expulsions locatives et par les obstacles systématiques faites aux personnes trans dans leur autodétermination.

 

A part la dénoncer et la critiquer, que font concrètement les pouvoirs publics et leurs quelques affidés associatifs en dehors des effets d'annonces sans lendemain et des récupérations politiques qui segmentent la société française ?

Une parole publique furtive, inconséquente, ne suffit pas. D'autant que cette parole publique ne se concrétise pas par un soutien sans faille aux revendications des communautés LGBTQI et aux mouvements contre le racisme. Cyniquement, dans certaines circonstances, la parole et le vécu des personnes agressées sont instrumentalisées contre d'autres populations elles mêmes stigmatisées de longue date et de manière récurrente. L'Etat n'a jamais donné de droits aux LGBTQI ni aux autres minorités sans que ces communautés se mobilisent avec force, les réclament, les exigent et les conquièrent.

 

Act Up-Paris exige :

  • l'arrêt de la répression contre les minorités

  • l'interdiction des déportations des personnes malades étrangères

  • la protection des mineurs étrangers non accompagnés selon les conventions et traités que la France a signé

  • le renforcement de l'offre de soin et de l'égalité de traitement des personnes dans les différents parcours de prise en charge

  • la prévention et l'information les plus accessibles possibles sur l'ensemble des territoires

  • le respect de la promesse de campagne d'Emmanuel Macron par rapport à l'ouverture de la PMA aux couples lesbiens et aux femmes seules

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