Qweek : le torche-cul qui nous veut du bien

En cette fin d’année, Qweek, le magazine gay de Paris, persiste et signe en republiant dans son format papier une tribune parue en ligne après l’action d’Act Up-Paris au rassemblement du 21 octobre 2018 pour dénoncer les LGBTQIphobies. Voici notre réponse.

 

Act Up-Paris au rassemblement contre les LGBTQIphobies, Place de la République, octobre 2018 © Act Up-Paris Act Up-Paris au rassemblement contre les LGBTQIphobies, Place de la République, octobre 2018 © Act Up-Paris

 

[TRIBUNE]

Act Up-Paris a pris la parole lors de ce rassemblement initié par SOS homophobie et l’Inter LGBT pour dénoncer le piège tendu par la macronie aux associations LGBT suite aux agressions LGBTQIphobes. Le tapage médiatique voulu par Marlène Schiappa pour mettre en place de nouvelles mesures a été une vulgaire mascarade avec pour seule conséquence de ne brasser que de l’air sans proposition de mesures concrètes pour enrayer efficacement les violences systémiques envers les personnes LGBT+. Ces mesures, nous les attendons toujours, tout comme la PMA d’ailleurs !

Nous avons pris la parole car nous sommes une association de lutte contre le SIDA issue de la communauté homosexuelle, n’en déplaise à Christophe Soret1. Nous devons sans cesse rappeler la complaisance de certaines associations envers l’Etat et plus particulièrement envers les forces de police qui n’étaient pas seulement là pour nous protéger. Ne soyons pas dupes à ce point !

Nous rappelons la double violence que vivent trop souvent les victimes d’actes LGBTQIphobes quand ielles sautent le pas de la plainte : moqueries, mégenrage, tentatives d’atténuation de l’agression, non-reconnaissance de la circonstance aggravante d’homophobie/lesbophobie/transphobie. La seule réponse par la répression ne changera rien à cette situation.

La lutte contre le SIDA concerne les migrantEs, les trans, les travailleurSEs du sexe, les usagerEs de drogues, les détenuEs et nous ne nous arrêterons jamais de répéter que ces publics sont durement exposés aux contaminations et aux violences policières. Ce message est parfois dur à entendre pour bon nombre de pédés parisiens qui préfèrent le confort du capitalisme rose. C’est pourtant une réalité sociale.

Nous remarquons aussi que le magazine n°81 du mois de décembre relaie une information du mois d’octobre. Alors que nous avons signalé la révélation d’échanges de mails écrits dans un cadre privé, qui peut être considérée comme une violation du secret des correspondances2, le magazine n’a apporté aucune modification aux informations et aux identités des personnes mentionnées en les outant de force. Cela pose évidemment la question de l’éthique journalistique, qui fout le camp depuis un petit moment dans les rédactions, y compris dans une presse LGBT petit à petit rachetée par des macronistes.

De plus, comme chacunE sait depuis bientôt 30 ans, le mois de décembre débute par la journée mondiale de lutte contre le SIDA avec une manifestation à l’appel d’Act Up-Paris. Il est étonnant de voir qu’un magazine LGBT grand public, disponible gratuitement dans nombre d’établissements « gay-friendly » de la capitale, occulte cette information-là et préfère mépriser une association de lutte contre le SIDA au beau milieu d’articles liés au VIH-SIDA.

La colère et la désobéissance civile d’Act Up-Paris ne datent pas d’hier. Christophe Soret semble pourtant s’en étonner.

Nous lui rappelons que nous avons toujours revendiqué des liens avec d’autres mouvements politiques pour dénoncer la violence étatique. Le combat contre les violences faites aux LGBTQI ne peut être dissocié de la lutte contre le SIDA. Ni d’ailleurs contre le racisme. Act Up-Paris a toujours dénoncé les répressions, les discriminations et l’incapacité des pouvoirs publics à faire baisser le nombre tristement stable des contaminations au VIH depuis 20 ans.

Nous lui rappelons également qu’en 1997, déjà, nous dénoncions les agissements de la police à l’égard des séropos, des migrantEs, des putes et des tox. Cette violence n’est pas nouvelle, elle est persistante, rampante et exponentielle.

De fait, nous ne pouvons accepter cette injonction au discours positif.

Act Up-Paris ne fera jamais aucune concession et sera toujours présent pour mettre les décideurs politiques face à leur responsabilité.

Notre comportement est notre fierté dans la défense de celles et ceux à qui le SIDA a tout pris, y compris la dignité.

 

COLERE=ACTION                                                                                                                                                                                                               ACTION=VIE

 

1 Directeur Général de Qweek et de Garçon Magazine 

2 Loi n°91-646 du 10 juillet 1991 relative au secret des correspondances émises par la voie des communications électroniques

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