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Billet de blog 2 déc. 2011

Profession : bénévole.

On le savait déjà, la bonne volonté ne suffit plus pour travailler dans le secteur humanitaire ou du développement. Mais qu’en est-il du bénévolat ?Avec 13 millions[1] de bénévoles qui agissent en France, leur soutien est devenu fondamental à la survie des associations.

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On le savait déjà, la bonne volonté ne suffit plus pour travailler dans le secteur humanitaire ou du développement.

Mais qu’en est-il du bénévolat ?

Avec 13 millions[1] de bénévoles qui agissent en France, leur soutien est devenu fondamental à la survie des associations.

La question mérite alors d’être posée : qu’est-ce qu’un bénévole ? Quel est son « rôle » dans l’association ?[2]

L’augmentation du nombre de bénévoles a été de pair avec leur professionnalisation.

Un rapide tour sur les sites dédiés au bénévolat suffit pour le confirmer : connaissance de langues étrangères, formation en Droit, en comptabilité, aisance avec les outils informatiques. Les annonces se multiplient pour des « offres » de bénévolat, auxquelles les candidats motivés pour travailler sans contrepartie répondent par CV et lettre de motivation.

Le secteur du bénévolat serait-il devenu compétitif ?

Voici des offres particulièrement représentatives de ce phénomène, parues en octobre 2011, sur un célèbre site français qui recense offres d’emplois, de stage et de bénévolat :

« Le/la gestionnaire de besoins humains devra attester d’au moins une expérience précédente réussie dans le milieu de la communication et/ou des ressources humaines. Le/la gestionnaire de besoins humains doit maîtriser obligatoirement l’espagnol. De solides notions d'anglais sont également exigées. Des notions de base en allemand sont des atouts complémentaires. Un minimum d'implication hebdomadaire (environ 5-6 heures) est le bienvenu. Reporting une fois par semaine.»

Ou encore :

« Connaissance générale en gestion du bâtiment pour faire le suivi et la maintenance d'un bâtiment de bureaux de 300m² (électricité, matériaux, plomberie, équipement de communication, mobilier de bureau.... et protection incendie).
Notion de gestion, contrôle de devis, factures...
Connaissance des outils bureautiques ( word, tableurs..). 1 à 2 jours par semaine dans les locaux de l'association ».

Cette professionnalisation du bénévolat s’effectue également au niveau juridique, avec la recherche d’un statut « officiel » du bénévole, qui inclue notamment défraiement et protection civile en cas d’accidents. Nous laisserons de côté cet aspect pour nous focaliser sur le rôle du bénévole.

Comment doit-on considérer le bénévole ? Est-il seulement une main d’œuvre bon marché pour l’association ou son engagement revêt-il également une autre dimension ?

Tout d’abord, rappelons que l’accueil des bénévoles n’est pas neutre pour une association. Les recevoir, les former, voire les sélectionner prend du temps, et donc de l’argent. On comprend donc l’idée du retour sur investissement : le bénévole doit apporter un savoir-faire, une valeur ajoutée que n’a pas forcément l’association. Le bénévolat peut être vital pour des associations qui n’ont pas les ressources financières pour embaucher.

Mais le bénévole n’est pas un salarié comme un autre. S’il n’attend pas un retour financier, il attend certainement une valorisation symbolique de sa bonne volonté. La sélection de bénévoles devient alors dangereuse. En fermant la porte aux bonnes volontés sans qualifications précises, ne va-t-on pas à l’encontre d’un engagement à mettre l’humain au cœur des démarches associatives, au profit d’un comportement opportuniste des associations?

Soulignons par exemple les propos de Patrick Bertrand, président fondateur de Passerelles et Compétences[3], lors du 6ème Forum National des Associations et Fondations qui s’est tenu le jeudi 27 octobre dernier : depuis sa création, Passerelles et Compétences a reçu les candidatures de 4000 bénévoles, prêts à s’engager auprès d’une association, pour seulement 1000 offres de la part d’association. Où va ce surplus de bénévoles ? La sélection par le biais d’un processus de recrutement classique (CV, lettre de motivation, entretien) et en fonction des compétences, ne risque-t-elle pas d’engendrer des frustrations chez les bénévoles non acceptés ? De même, une recherche de profils qualifiés ne risque-t-elle pas d’intimider des bénévoles tout aussi motivés mais peu qualifiés, ceux qui auraient justement le plus à retirer d’une activité bénévole sur le plan professionnel ?

Pourtant et de manière plus pragmatique encore, accueillir des bénévoles est un excellent moyen pour les associations d’agrandir leurs réseaux de militants et de faire valoir leur cause, non seulement grâce au bénévole lui-même, mais aussi grâce à son propre réseau qu’il peut être en mesure de mobiliser en faveur de l’association. Les bénévoles constituent ainsi une véritable force de plaidoyer. Dans cette optique, refuser des bénévoles ou, tout simplement, ne pas apporter un suivi personnalisé à leur démarche d’engagement, peut s’avérer contre-productif à long terme. Combien de déçus, dont l’envie de s’engager n’aura pas été valorisée, viendront critiquer les méthodes de l’association ?

C’est une dimension qui devrait être davantage prise en compte par les ONGs : le bénévolat peut être coûteux en temps pour les salariés de l’association, mais les répercussions qu’il peut avoir, non seulement en terme d’activités mais aussi en terme d’image ou encore d’éducation au développement, ne peuvent être écartées.

Plaidons donc pour un investissement plus conséquent des associations et une ouverture à tous, afin de ne pas laisser éclore les frustrations chez leurs sympathisants…

Emilie


[1] Selon la Conférence de la Vie Associative : http://www.associations.gouv.fr/IMG/pdf/dp-conf-vie-associative_230106.pdf

[2] Cet article se consacre uniquement au bénévolat dans les associations de solidarité.

[3] Passerelles et Compétences est une association qui « met en relation des associations de solidarité et des professionnels, dans le cadre de missions ponctuelles bénévoles » : http://www.passerellesetcompetences.org

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