Les mots sont-ils responsables des maux ?

L'auteur des lignes, que je publie ici avec grand plaisir, ne manque pas de nous rappeler nos véritables ambitions comme de poser, avec un brin d'humour, cette petite colle: " Les vieux de la vieille", on féminisme comment cette expression ?


Quel est l’enjeu de cette bataille d’écriture : réhabiliter, valoriser à hauteur d’homme la place des femmes ? Ce qu’un humoriste a commenté par ce jugement : « quel manque d’ambition ! » Remplacer « Nègre » par « Noir » ou « Black » a-t-il fait reculer le racisme ? N’est-ce pas plutôt l’abolition de l’esclavage et les lois anti discriminatoires ? Non appliquées ou insuffisamment, certes, mais alors : on change les mots ou on fait appliquer les lois ? N’est-ce pas plutôt l’évolution des mentalités, par l’éducation familiale et scolaire, par la culture : découverte et mise à l’honneur d’artistes aux origines diverses ?
N’est-ce pas un champ d’investigation autrement plus ouvert, foisonnant et enthousiasmant ? N’est-ce pas un champ qui permet d’approfondir les pensées, sentiments, aspirations des êtres jusqu’ici sous estimés ? Et différentes des nôtres, ce qui est plus intéressant… Connaît-on suffisamment les écrits, les musiques, les tableaux des femmes artistes ? C’est un véritable champ d’investigation. Il n’est pas incompatible avec les recherches sur l’orthographe/grammaire, il est vrai, mais c’est beaucoup plus prometteur et on en parle moins!
Concernant cette « problématique » de l’écriture inclusive, tout vient semble-t-il de la contestation d’une règle de grammaire qui n’en est pas une. A savoir : quand un adjectif est commun à deux noms de genres différents, « le masculin l’emporte sur le féminin ». C’est un moyen mnémotechnique que l’on pourrait dénoncer comme trace d’une pensée archaïque et proscrire sans aucun dommage. En réalité, dans la langue française, le pluriel « efface » souvent la notion de genre. Et le pluriel se construit à partir du masculin singulier qui joue alors le rôle de « neutre » (ce qui n’a rien de glorieux !) Ainsi, tout simplement : « le », « la », « les ».
Expliquer cette règle, balayer les interprétations idéologiques, et l’honneur des filles est sauf !
Il est même renforcé si on fait remarquer qu’un certain nombre de mots, non dénués d’importance puisqu’ils désignent des valeurs essentielles n’existent qu’au féminin, ainsi : humanité, amitié, liberté, égalité, fraternité,… (vous aurez noté l’absence du « e » final).
Par ailleurs, la langue française est considérée comme assez belle à l’oral, ce n’est pas un détail : avez-vous essayé de lire à voix haute un texte écrit en écriture inclusive ? C’est imprononçable ! On bégaie !
Concernant la féminisation des noms de professions, pourquoi pas ?
Personnellement : d’accord pour autrice ou écrivaine mais auteure et professeure passent mal. Il semble que les femmes médecins se fassent plus volontiers appeler « docteur » que « doctoresse » (mot qui existe pourtant) peut-être parce que la fonction passe avant le sexe de celle ou celui qui l’exerce. C’est un aspect qui pourrait être pris en compte.
Pourquoi ne demanderait-on pas leur avis aux intéressées ?
Enfin, qui a décidé de changer les règles de l’écrit ? Une langue est principalement conventionnelle pour pouvoir être partagée.
Bien sûr, il est nécessaire et important que les linguistes fassent leur travail d’observation des pratiques de langage telles qu’elles évoluent selon les époques, les milieux et l’âge. Mais en principe on constate cette évolution, on ne l’impose pas. Or, c’est ce à quoi on assiste.
On s’expose au risque d’être considéré comme des dinosaures rigides, des complices donc adeptes du machisme, si on utilise la langue de façon conventionnelle.
Mais si l’on cède à cette pression, on fausse l’observation, n’est-ce-pas ?
Il vaudrait mieux être vigilant et juger des idées selon le contenu, le fond.
Au fait, quand est-ce qu’on parle de féminisme ? Quand est-ce qu’on sort du « modèle » masculin
comme seul horizon à notre émancipation ?
Claire Lartiguet

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