Adèle47
Abonné·e de Mediapart

47 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 janv. 2016

La Kippa ? C’est dans la poche !

En quoi la seule kippa serait-elle gage de fidélité à une confession, signe de conviction religieuse ou garantie d’humanisme ?

Adèle47
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La Kippa ? C’est dans la poche !

 Depuis le geste meurtrier d'un jeune Marseillais, c'est à nouveau un déchaînement médiatiqueautour d'un couvre-chef dénommé "kippa". Son retrait ou son remplacement en n'importe quelle autre banale coiffe de tissu sonnerait le tocsin du judaïsme aux dires de M. Roger Cukierman, représentant  du CRIF, mais non de tous les juifs de France.

       Certes, et fort heureusement, tout un chacun peut, en toute liberté,porter la kippa, y compris dans l’espace public. Mais, en  l’occurrence, il nes’agit pas d’une affaire de droit. Il s’agit de savoir  si cette calotte, devenue emblématique, peut porter ou non atteinte à la vie, tout comme de savoir si son abandon porterait atteinte à la foi.

La loi judaïque sur le premier point est claire : tout juif, même pieux ou  simple pratiquant, a obligation de préserver la vie humaine avant tout, la sienne et celle d’autrui. La suprématie de ce « commandement » sur l’observance rigoureuse des pratiques cultuelles est telle qu’il est permis et même recommandé de se sustenter le jour du Grand Pardon (maladie, grossesse) comme de manger du cochon (en cas de pénurie grave) si cette dérogation permet de se maintenir en vie (même règle dans le Coran).

 Accepter aujourd’hui de remplacer temporairement la kippa, n’est donc pas un acte de soumission au terrorisme, ce n'est que l’application d’une prescription essentielle, en cas de force majeure (pikou’har nefesh), pour éviter de mettre sa vie en danger.

         La seule injonction religieuse faite aux juifs pratiquants est de se couvrir la tête en signe d’humilité devant la puissance de l’Eternel ; acte signant et signifiant, en même temps,  leur appartenance à la foi juive. Nul précepte biblique ou talmudique n’impose le port d’un unique et strict modèle de couvre-chef, pas plus de kippa que de chapeau ou de casquette.Sauf à assimiler les  divers usages en vogue à des commandements impérieux venus tout droit du ciel, le choix d’un couvre-chef relève bien plutôt des critères d’appartenance à tel ou tel groupe d’obédience, ou de lieu d’origine, et, en l’occurrence, aujourd’hui, à une volonté de marquer l’espace public d’une présence identitaire.

En quoi la seule kippa  serait-elle gage de fidélité à une confession, signe de conviction religieuse ou garantie d’humanisme ? Au  même titre que le niqkhab ?? Les juifs, de parle monde, portant chapeau ou casquette, seraient-ils moins pieux, ou moinshumanistes que des colons israéliens ultra-orthodoxes portant,  à l’instar des cow-boys américains, kippa et kalachnikov?

 Avons-nous besoin d’une kippa pour savoir comment enterrer nos morts ou respecter nos parents et leur mémoire ? Avons-nous besoin d’une kippa ou d’un voile pour défendre un peu de justice sur terre  et nous opposer à tout assassinat ou meurtre, surtout lorsqu’il est collectif et qu’il porte le nom de guerre ?

 Le port d’une kippa,  réservé avant tout aux enceintes privées et intimes, celle de la synagogue, de la yeshiva, de la maison, n'est qu'affaire de coutume et d’usage. Transformer sa valeur religieuse en « image » identitaire, en signe ostentatoire de démarcation proclamée dans l’espace public vient pervertir encore plus sa fonction. Elle projette dans l’espace public, et au regard de quiconque, l’affirmation (bien souvent fort arrogante) d’une judéité « conquérante » à rebours  d’une autre recommandation essentielle du judaïsme : l’humilité. 

         Incluse, notamment dans la notion de « Juste » comme dans celle du sage ou du savant, l’humilité demande, en particulier, que l’on transforme le droit en devoir, non en revendication, encore moins en  ornement provocateur et exhibitionniste,ensigne distinctif d’appartenance communautariste, voire en élément de concurrence religieuse.

On peut donc répondre à M. Cukierman et consorts que, oui, arrêter de porter la kippa (provisoirement ou définitivement) à l’extérieur des lieux consacrés, sonnera effectivement le glas de l’oubli d’une valeur juive parmi les plus hautes : celle de consentir à être Homme parmi les autres.

                                                         Adèle et Rachel.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
#MeToo : Valérie Pécresse veut faire bouger la droite
Mardi, Valérie Pécresse a affiché son soutien aux victimes de violences sexuelles face au journaliste vedette Jean-Jacques Bourdin, visé par une enquête. Un moment marquant qui souligne un engagement de longue date. Mais, pour la suite, son équipe se garde bien de se fixer des règles.
par Ilyes Ramdani
Journal — Violences sexuelles
L’ancien supérieur des Chartreux de Lyon, Georges Babolat, accusé d’agressions sexuelles
Selon les informations de Mediacités, trois femmes ont dénoncé auprès du diocèse de Lyon des attouchements commis selon elles lors de colonies de vacances en Haute-Savoie par le père Babolat, décédé en 2006, figure emblématique du milieu catholique lyonnais.
par Mathieu Périsse (Mediacités Lyon)
Journal — Asie
Clémentine Autain sur les Ouïghours : « S’abstenir n’est pas de la complaisance envers le régime chinois »
Après le choix très critiqué des députés insoumis de s’abstenir sur une résolution reconnaissant le génocide des Ouïghours, la députée Clémentine Autain, qui défendait la ligne des Insoumis à l’Assemblée nationale, s’explique.
par François Bougon et Pauline Graulle
Journal
Sondages de l’Élysée : le tribunal présente la facture
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné ce vendredi Claude Guéant à huit mois de prison ferme dans l’affaire des sondages de l’Élysée. Patrick Buisson, Emmanuelle Mignon et Pierre Giacometti écopent de peines de prison avec sursis.
par Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
Électricité d'État, non merci !
La tension sur le marché de l’électricité et les dernières mesures prises par l’Etat ravivent un débat sur les choix qui ont orienté le système énergétique français depuis deux décennies. Mais la situation actuelle et l'avenir climatique qui s'annonce exigent plus que la promotion nostalgique de l'opérateur national EDF. Par Philippe Eon, philosophe.
par oskar
Billet de blog
Le nucléaire, l'apprenti sorcier et le contre-pouvoir
Les incidents nucléaires se multiplient et passent sous silence pendant que Macron annonce que le nucléaire en France c'est notre chance, notre modèle historique.
par Jabber
Billet de blog
Fission ou fusion, le nucléaire c’est le trou noir
Nos réacteurs nucléaires sont en train de sombrer dans une dégénérescente vieillesse ; nos EPR s’embourbent dans une piteuse médiocrité et les docteurs Folamour de la fusion, à supposer qu’ils réussissent, précipiteraient l’autodestruction de notre société de consommation par un effet rebond spectaculaire. Une aubaine pour les hommes les plus riches de la planète, un désastre pour les autres.
par Yves GUILLERAULT
Billet de blog
Notre plan B pour un service public de l'énergie
[Rediffusion] Pour « la construction d’un véritable service public de l’énergie sous contrôle citoyen » et pour garantir efficacité et souveraineté sur l’énergie, celle-ci doit être sortie du marché. Appel co-signé par 80 personnalités politiques, économistes, sociologues, historiens de l’énergie dont Anne Debrégeas, Thomas Piketty, Jean-Luc Mélenchon, Aurélie Trouvé, Gilles Perret, Dominique Meda, Sandrine Rousseau…
par service public énergie