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Billet de blog 31 août 2021

Ça passe ou ça casse !

« L’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne » disait Desproges... Bien plus que la pandémie, la politique sanitaire, telle que mise en place, ne nous obligerait-elle pas à changer de lunettes comme à reconsidérer les choses... surtout à « gauche » ?

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Par la fenêtre d’un RER francilien,  on aperçoit, sur le quai d’une gare, un jeune et long corps d’être humain encapuchonné, assis sur un rebord, un petit sac à dos anonyme à ses pieds. L’arrêt à la station est suffisant pour voir son dos s’arrondir sous le poids du sommeil qui le gagne et sa tête, par-dessus ses bras croisés, partir à l’avant pour rejoindre presque le sol. Il est seul, « propre sur lui » et vaguement coloré. Il sort d’un centre de rétention, il va rejoindre un foyer d’accueil, il fuit ? Qui le saura, qui le dira ?

              Est-ce de cela dont la France se soucie ? Nous en sommes loin. Guère de place pour un peu de solidarité et d’internationalisme  lorsqu’on est occupé à mener bataille entre vac. et antivac. entre passe et antipasse, lorsqu’on se soucie d’obtenir des QR Code, vrais ou faux, pour « avoir la paix ».

               Le gouvernement tire gloriole de ses 48 millions de vaccinés* et de ses lois de politique sanitaire passées à la hussarde, sans se préoccuper du fait que « céder n’est pas consentir » comme le savent trop bien de nombreuses femmes. Et si nombre de gens ont signé « un faux » consentement afin de ne pas perdre leur emploi ou de ne plus se retrouver dans l’embarras, qu’importe ! Il continue à proférer mensonge sur mensonge dont un bien gros, seriné quotidiennement à la radio : « On peut débattre de tout, sauf des chiffres » ! Le moindre des scientifiques vous dira qu’il n’y ait rien de plus manipulateur et interprétatif que les chiffres.

Le gouvernement a de quoi plastronner. Non seulement, hypothèse à ne pas rejeter, il escompterait, en renvoyant dos à dos l’extrême droite et l’extrême gauche, gagner à nouveau les prochaines élections, tout en se frottant les mains de cette remontée de l’antisémitisme pour l’obtention de voix supplémentaires, mais il peut aussi déjà constater que son « Nous sommes en guerre !», marche  et au grand trot !

D’un côté, dénonciation de « complotistes ! » ou « égoïstes ! » ou encore "vous n’avez aucun sens civique !»,  voire « tueurs- terroristes », désignant ceux qui s’opposent à la logique sanitaire en cours ; de l’autre,  crainte, qu’en un « style gilets jaunes », donc « populiste », le mouvement de contestation du passe sanitaire, qui gagne de l’ampleur, ne nous éloigne trop des réalités sociales, des discriminations et de la nécessaire lutte des classes ! Comme si on pouvait reconduire de légitimes revendications salariales, syndicales du « monde d’avant » ou continuer à surfer sur l’intersectionnalité sans plus s’interroger sur ce qui  a changé depuis au moins deux ans ! Car, il n’y a pas UNE tentative de fracturer, de défaire le corps social, d’organiser la  division, la désunion au sein du « peuple de France », mais plusieurs.

               Dont cette division pernicieuse, parce qu’invisible, au sein même de l’intime de nos vies : celle qui produit un  écartèlement entre notre éthique personnelle, nos convictions profondes, et la soumission à des contraintes sociales quotidiennes. Une division qui se rajoute à la lutte chaotique contre la dite pandémie pour nous faire avaler des couleuvres, accepter des absurdités et s’abandonner aux pièges tendus.

 D’abord le règne de « l’absurdie ». 

              L’immense centre commercial à Velizy 2, a obtenu l’autorisation d’ouvrir ses portes à tout client sans présentation de passe sanitaire. Raison officielle ? Parce que catalogué comme lieu de biens de consommation de première nécessité… à cause d’une pharmacie sans voie d’accès de l’extérieur de la galerie commerciale. Les astuces juridiques n’ont, comme le capitalisme, aucune limite.  

              Pas de contrôle dans le métro et les TER bondés, juste dans les TGV. La main-d’œuvre et les ressources humaines à transporter quotidiennement n’ont pas besoin de loisirs, de vacances ni d’amis ou de famille à retrouver.

Des parcs et jardins de l’île de France,  classés « lieux culturels » et donc rattachés aux musées nationaux, demandent la présentation du passe sanitaire pour acheter un billet en raison du petit sas couvert qu’il faut traverser pour rejoindre l’extérieur. Ainsi en a décidé la haute bureaucratie fonctionnarisée. 

              Aux Antilles, défense de rester allongé sur la plage pour un bain de soleil, défense de se regrouper sur le sable, mais dans l’eau, à deux pas du rivage, des dames papotent en rond et sans masque. Il est bien connu que l’eau de mer éloigne le SARS !

 Quant aux restos, bistrots et autres espaces de consommation-loisir, l’éventail de toute possibilité d’obtenir satisfaction avec ou sans passe est parfaitement déployé : on contrôle ou pas, on demande double preuve d’identité ou pas, jusqu’à des situations ubuesques où la personne munie d’un QR Code sirote, un peu coupable, son verre ou boit son thé en raison de son grand âge, tandis que ses acolytes, qui n’ont rien à présenter,  se tiennent autour de la même grande table, à l’air libre, sans pouvoir consommer ! Les serveurs sont désolés tout comme les employées des musées, mais la hiérarchie en a décidé ainsi ! Il ne s’agit pas de perdre son emploi ni de faire endurer au patron des amendes et contraventions…

 Ensuite, du plus sérieux et parfois dramatique.

Des serveuses sont au bord des larmes devant  le chantage imposé : « Soit je perds un boulot que j’aime, soit je renonce à mes convictions !» Ou bien cette autre, qui choisit, pour ne pas renoncer à son éthique, de se faire tester tous les matins – ainsi en a décrété le patron- avant de prendre son service. Une demie heure de plus à rajouter à son temps de travail, non comptabilisée, bien évidemment. Et ne parlons pas des soignants et soignantes qui brûlent ou déchirent leur passe ! Ni du refus des pompiers et autres cheminots. Les héros d’hier sont devenus effectivement de bien mauvais sujets !

               Le maccarthysme a du bon ! Et puis le chantage et les accusations lors de l’élection de Macron ont si bien fonctionné ! D’ailleurs, l’argument est le même : « Vous profitez de mon vote pour barrer la route au FN et vous, vous ne faites rien contre » est quasi identique à « Vous comptez sur moi, qui me vaccine, pour obtenir l’immunité collective ! Pas de quoi se vanter ! » Dans le premier cas, on connaît le résultat. Dans le deuxième, qui est loin d’être prouvé, question immunité, on assiste à une nouvelle reconduction de culpabilité, de chasse aux sorcières, d’admonestations, y compris au sein de la « gauche », y compris chez les GJ. Et pleuvent les anathèmes et excommunications au sein d’une même famille ou dans son amical entourage. Avec risque de délation, celle qui a si bien déferlé pendant la période du confinement.

Il y a dans l’air comme un aveu d’impuissance. Une plongée dans un assentiment légaliste avec des « J’obéis juste aux ordres ! » ou « je ne veux surtout pas avoir d’histoire ! ». On entend normalement cela en régime de dictature ou d’occupation. C’est donc à prendre au sérieux.

Car sérieuse commence aussi à devenir la fracture entre ceux et celles qui refusent de devenir quasi schizo en abandonnant les exigences de leur conscience, qui refusent de se soumettre quitte à passer pour « traître », et des gens de bon aloi, esprits éclairés soucieux de « réalisme » comme… des prochains enjeux électoraux. Résister aux manœuvres de la politique sanitaire mise en place semble ainsi  aventureux et même dangereux compte tenu du prioritaire combat contre les inégalités sociales, le chômage, la destruction du service public… Comme si l’un s’opposait à l’autre !

Stopper, enrayer, entraver la mission destructrice du gouvernement, telle est l’affirmation officielle d’une « gauche » qui a tant de mal à se réunifier. Ne peut-elle cesser d’opposer le quantitatif, (notre niveau de vie, nos salaires, notre retraite…) au qualitatif (notre responsabilité éthique, le poids de  notre conscience, le sens de nos vies et du travail accompli, l’utilité réelle de certains « emplois ») et considérer que depuis au moins les dernières grandes grèves de 1995 et l’irruption des GJ, il serait temps d’agir vraiment collectivement ? Ne peut-elle cesser d’avoir peur parce que dans les récentes manifs contre le passe, à droite comme à gauche, on a entendu le même cri : « Liberté ! » De quoi effectivement réfléchir si nous en sommes là !

Une « démocratie » transformée en supermarché d’offres politiques aux prochaines élections ! Des dirigeants de partis politiques, rendus juste soucieux de conserver, voire d’agrandir leurs fiefs, de préserver leur « clientèle »,  tout en se présentant chacun pour l’unité… autour d’eux-mêmes bien entendu !

Si l’on veut vraiment dénoncer le « En même temps », qui semble avoir si bien marché,  histoire de gommer tout conflit de classes ou du moins de limiter les prétentions de ceux qui s’en réclament encore un peu, si l’on veut vraiment combattre l’extrême droite sans se retrouver enfermés dans des idéologies creuses et sclérosantes, il serait justement temps de revoir un peu les choses.

La double irrationalité en cours, la peur de la mort et la peur de l’extrême droite, n’expliquent pas tout. Ni non plus le chantage permanent à l’emploi.

Il y derrière, ou dans tout cela, un défi, un choix drastique : soit les dominés continuent à partager la vision du monde des dominants, leurs représentations idéologiques, leurs modes de vie, soit ils tentent de s’en dégager.

 Soit c’est « Pas touche à mon barbecue ni à mon écran ! » et  on accepte de continuer à consommer à outrance, à changer d’Ipod ou d’ordi tous les deux ans, à se faire du fric comme à se faire concurrence, sous prétexte d’être compétitif en open spaces bien calibrés, à se croire virtuellement relié au monde entier, comme à la Bourse, à penser à la prochaine teuf « pour se défouler, normal vu ce qu’on subit au boulot ! », au petit pavillon qu’on va se faire construire en lotissement, au prochain séjour touristique pour «  se dépayser », sans avoir de comptes à rendre à personne ni aux peuples en souffrance dans le monde. « Faut prendre du bon temps, faut « vivre », quoi ! ».

 Soit les réfractaires, les désobéissants, les contestataires radicaux, et même des marginaux, qui refusent de rejoindre le ventre mou de notre société, sont reconnus pour ce qu’ils sont. Non pas des hooligans, des casseurs, des extrémistes, des petits bourgeois (que nous sommes presque tous !), mais des gens qui se rappellent qu’en d’autres temps, on leur parlait, à gauche,  d’éducation populaire, de culture, de solidarité, d’émancipation collective, qui donne une vraie assurance en soi. Des qui ne croient pas au « développement personnel » à la sauce yoga ou vegan, à la présence de psychologues pour calmer les burns out au boulot, ou encore celles de la télé (si, si, en horaires papy mamy d’après-midi) donnant des explications « spectaculaires » aux souffrances liées à la découverte de secrets de famille peu ragoûtants. Souffrances, il y a, et elles doivent être reconnues comme telles, mais il s’agit de savoir et de décider quelles réponses on leur donne. Certainement pas de manière catégorielle et sectorisée. Le capitalisme est un, ses méfaits sont multiples. Pas une raison d’opposer les gens ! Surtout lorsqu’on déclare vouloir le combattre !

Alors, il y en a qui continue à croire qu’il est toujours possible de se référer avec justesse à un universel de justice et de bon sens.  Des gens qui font, au creux des lits, des rêves, sachant qu’un président lira peut-être leur lettre, s’il en a le temps…

 Adèle47

* la question n’est pas ici de débattre de la validité des vaccins mis sur le marché en France – tout  en écartant d’autres moins onéreux - ni de considérer qu’en vertu de sommes astronomiques mises dans la recherche, notamment aux USA, on a peut-être obtenu, en un temps record, des assurances d’efficacité.  Sauf que d’ici l’automne ou l’hiver personne ne sait combien de rappels de vaccin, pour cause de variants, il faudra endurer (inutile d’élaborer des statistiques ni de produire des chiffres). Et qu'un certain nombre de vaccinés menacent de « craquer » et de les refuser !

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