Bérénice. Racine. Osinski. ورقة باللغتين. Ya Haram ! Ya Latif ! (1)

Culture et littérature mondiales. Quand la politique et la fiction couchent ensemble en occident. Le tout sous l'angle oriental! Parution hebdo le samedi (un coup en français, un coup la traduction en arabe) الترجمة بالعربية كل يوم السبت

« Oser enfin Racine et son classique Bérénice et se découvrir oriental » pourrait le titre de l’incroyable pari réussi par Jacques Osinski au théâtre de Suresnes en février dernier.

Bérénice est une pièce lapidaire, comme toujours avec cet auteur-là, qui déclarait tout de même : « Toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien ». Bérénice, reine de Palestine aime Titus, roi de Rome. Il doit l’épouser ce soir. Antiochus, le jeune roi turc ,ex de Bérénice du moins par le cœur, se décide à lui déclarer ENFIN son amour total, digne absolu. Il est l’ami fidèle et le meilleur combattant allié de Titus, qui lui sait que Rome n’acceptera JAMAIS un palestinienne comme impératrice (déjà !)

Un texte que les occidentaux ont et peuvent adorer mais qui fait et fera pleurer tous les jours les femmes orientales. Une mise en scène que les orientaux adoreront mais qui est le seul chemin pour les occidentaux.

Au cœur de cette tragédie : Bérénice, la reine Bérénice, l’amoureuse Bérénice, l’amante Bérénice la femme enfin…Bénéfice la femme et c’est là que le yin rejoint le yang et que d’un coup l’évidence saute aux yeux….Bérénice est une orientale avant tout : elle est reine de Palestine.

L’honneur, en Orient a tué, tue et tuera. (Antiochus ne le sait que trop bien)

Le pouvoir, en Orient, a tué, tue et tuera. (Titus en souffre déjà trop)

L’amour en Orient a tué,  tue et tuera. (Berénice est par avance excédée de cette histoire)

C’est donc oui, une tragédie.

En Occident, l’amour tue encore beaucoup, l’honneur un peu, le pouvoir de moins en moins mais cela peut changer, donc; surtout ce n’est pas ce que l’on fait qui compte c’est la beauté du texte, la pureté les lignes, la droiture affichée.

Enfin le grand , l’immense quiproquo central, transversal, omniprésent, nécessaire et pour l’instant, dramatiquement (heureusement) non résolu : la Femme.

En Orient , quelque soit sa condition elle porte tout : l’honneur, le pouvoir et l’amour

En Occident, cela dépend de sa condition mais généralement elle se fout de l’honneur, elle aime le pouvoir maladroitement et …pour l’amour ça va (!) Elle gère en gros.

Amour qui même au mot clé : la vie.

En Occident, la femme fait une dépression, accouche de moins en moins, peut foutre des claques, travaille comme une folle et devient « hystérique », comme on dit….

En Orient, elle fait moins de dépression, ou devient alors carrément folle, accouche clairement plus (!) , ne fout que très, trop, rarement des claques, travaille comme une esclave et part quand elle est reine ou se donne la mort quand c’est la seule issue.

La pièce est somptueuse. J’ai passé une excellente soirée.

MERCI JACQUES, Merci les femmes bédouines de mon cœur, Merci Racine evidemment !

 

 C’est étrange hein… mais je sais que je suis orientale.

 

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 Ceci est mon premier papier de la rubrique "Ya Haram! Ya Latif!" #YaHaramYalatifACR

A suivre...

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