Ils sont vraiment mignons ces occidentaux… Ou l’impossible paix au Proche-Orient

Ils sont vraiment mignons ces occidentaux…Ou l’impossible paix au Proche-Orient  Ils sont bien gentils ces européens avec leur désir de réparation, leur volonté de se rattraper pour pouvoir jeter au loin ces rêves noirs que leur donnaient les révélations de ce qu’ils firent dans leur délire, leur euphorie ignoble. Vous direz – mauvaises langues ! – que ce souhait peut aussi être l’expression d’un égoïsme bien enfantin : « Maman, j’ai fait une grosse bétise, je veux me rattraper ! »Ils sont vraiment mignons ces occidentaux…

Ils sont vraiment mignons ces occidentaux…

Ou l’impossible paix au Proche-Orient


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Ils sont bien gentils ces européens avec leur désir de réparation, leur volonté de se rattraper pour pouvoir jeter au loin ces rêves noirs que leur donnaient les révélations de ce qu’ils firent dans leur délire, leur euphorie ignoble. Vous direz – mauvaises langues ! – que ce souhait peut aussi être l’expression d’un égoïsme bien enfantin : « Maman, j’ai fait une grosse bétise, je veux me rattraper ! »
Ils sont vraiment mignons ces occidentaux…
Début novembre, Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne depuis 2005, acteur majeur dans le déroulement du processus de paix, annonce son retrait de la présidence. Cela engendre de nombreuses réactions de la communauté internationale qui y voit une défaite dans le processus de paix israélo-palestinien. Mais qui croît encore au processus de paix ? Peut-être ceux qui observent stupéfaits la colonisation de la Cisjordanie par les israéliens ? A moins que ce soit ceux qui, un an auparavant, étaient consternés en constatant la violence de ce qu’on appelle maintenant la Guerre de Gaza ?
Pour comprendre l'impasse que représente le conflit israélo-palestinien, il est avant tout nécessaire de se pencher sur l'Histoire du XXeme siècle qui fut son berceau. La montée de l'antisémitisme en Europe, aboutissant sur la Seconde Guerre mondiale et, bien évidemment, la Shoah, fût à l'origine de la création de l'Etat hebreu.
Ca, c’est acquis.
Lorsqu'il découvrit l'effroyable vérité à la libération des camps courant 1945, l'enfant occidental fut pris de stupeur face à cette machine d'extermination et d'atrocités qu'elle cautionna, – que dis-je ? – à laquelle elle s'employa avec la plus fervente détermination. Six millions de juifs périrent en quelques années des coups de nos grands-parents. Ce lourd sentiment de culpabilité justifia le soutien inconditionnel des occidentaux à la création d'une terre d'asile pour le peuple juif qui s'imposa être, comme le soutint depuis la fin du XIXème siècle la doctrine sioniste (dont le ténor n’est autre que Theodor Herzl), la Palestine.
La grande, l’héroïque, ONU s’empara donc de la difficile tâche dictée par le devoir de réparation européen, et réalisa le bien-connu plan de partage de 1947. L’organisation internationale qui voyait là, toute excitée, l’une des ses premières missions majeures, ne fit point oublier les méandres de la Société des Nations de 1920, qui n’avait su empêcher la Seconde Guerre mondiale ce qui, dans le bilan médiocre de son action internationale, n’est pas des moindres. Ce ne fût qu’une erreur de plus, après la déclaration du Balfour en 1917, ou plus tardivement le renvoi des réfugiés juifs de l’Exodus en 1947 vers une zone de contrôle britannique en Allemagne, deux ans seulement après avoir quitté cette terre qui avait vu mourir leurs enfants.
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Pourquoi donc une erreur ? Citer des chiffres est barbant, je l’accorde, mais ils sont là plus que significatifs: le plan proposa une division entre un état juif, un état arabe, et l’établissement de Jérusalem sous statut international. Seulement, 2 % des Juifs, soit 10 000 personnes, ne se retrouveraient ni dans l'État juif ni dans la zone internationale de Jérusalem alors que 31 % des Arabes, soit 405 000 personnes, ne seraient ni dans l'État arabe ni à Jérusalem. De plus, l’Etat juif était sensiblement plus grand (55 %) que l'État arabe qui voyait une très grande part occupée par le désert du Neguev (40 %). L'essentiel des terres côtières cultivables, 55 % du territoire total, 80 % des terres céréalières et 40 % de l'industrie de Palestine furent récupérées par la communauté juive. N’oublions tout de même pas qu’en 1947, il n’y avait en Palestine que 400 000 juifs pour 1,2 millions d’Arabes.

Ce plan de partage fut logiquement refusé par l'intégralité des pays du Moyen-Orient, principaux concernés mais derniers entendus, alors que l’Occident applaudissait déjà de ses mains blanchies du sang des autres.
Seulement pourquoi la Palestine aurait-elle à servir de repoussoir au sentiment occidental de culpabilité ? Le grand Mufti de Jérusalem avait certes cautionné la création d'une division SS composée de musulmans bosniaques pour combattre le colonisateur britannique, mais qu'en est-il à côté des fautes européennes ? La faute en revenait à une Allemagne sanguinaire bien sur, mais aussi à un occident plus que passif, complice. Le gouvernement de Vichy mit en oeuvre une politique de collaboration et apporta un soutien de tout instant à la "solution finale" du pays occupant ( rafle du vel’ d'hiv’: 13000 juifs; rafle de 1942: 7000 juifs, camp de concentration de Drancy, lois antijuives, pour ne mentionner que cela). Roumains, Hongrois, Croates, se livrèrent à des actes de barbarie qui n'ont rien à envier au sadisme nazi, et ce fut de même dans tout le reste de l'Europe de l'Est où pas un pays n’échappa à la pathologie meurtrière (ghettos, camp de concentrations, d'exterminations, grands massacres...). L’immobilisme anglo-saxon, quant à lui, bien qu’au courant de l'existence du génocide, refoula le flot d'immigrés fuyant l'Europe continentale à l’aube du conflit. Tous coupables ? Mais qui paye ?
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Là est la clé du conflit israélo-palestinien. La diaspora juive demande légitimement une terre d'asile pour vivre enfin en paix, tant il est vrai que ce peuple a assez souffert. Les juifs furent tout au long de l'Histoire victime d'antijudaïsme, puis d'antisémitisme dès la fin du XIXe siècle. Mais la Palestine n'est pas "une terre sans peuple pour un peuple sans terre", 1,2 millions de palestiniens y vivaient depuis plus d'un millénaire à la sortie de la guerre. Les palestiniens ne peuvent-il pas légitimement refuser de payer pour une faute qu'ils n'ont pas commis ? L'occident veut se faire pardonner, mais ne doit-il pas lui-même sentir le prix de ses erreurs, pour utiliser un euphémisme, plutôt que de repousser la sentence à une contrée lointaine, à une nation qui n'a que de très loin cautionné le massacre du peuple juif (ce qui n'était d'ailleurs pas par antisémitisme mais en tant que lutte contre le colonisateur) ? L'occident ne peut-il pas, comme un grand garçon, assumer la responsabilité de la Shoah, point d’orgue de presque vingt siècles d'antijudaïsme contre le peuple "déicide" ?
Pourquoi ce processus de paix amorcé il y'a maintenant trente ans ne mène-t'il a rien ?
La faute semble partagée.
D'une part, l'opinion publique des deux camps est un frein considérable à l'aboutissement de ce processus. Les extrémistes israéliens et palestiniens s'opposent constamment de manière violente à toute tentative d’évolution, envenimant la haine entre ces deux peuples. Le gouvernement ne peut conclure d’ accord pour la paix sans le soutien du peuple. Ce premier facteur semble considérable, et on voit difficilement comment combattre des actes terroristes ou simplement violents, qui sont le fait de simples militants mais aussi d'organisations comme le Hezzbolah libanais, le Hamas, plus grand mouvement islamiste palestinien ou encore le Fatah.
D'autre part, la politique de la Knesset s'appuie sur la légitimité que lui confère sa lutte contre l'envahisseur arabe. La diaspora juive est de 13 millions d'âmes, dont 5,7 aux EU pour 5,2 à Israel (500 000 en France), et son soutien à l'état hebreu s'appuie sur l’idée de lutte pour sa conservation contre d'hypothétiques ennemis qui veulent sa disparition. Cette notion de légitime défense lui permet de faire totalement n’importe quoi. Cela lui a permit, entre autres, la guerre des Six jours en 1967 qui a considérablement agrandi son territoire, la guerre du Liban en 1982 et sa passivité lors des massacres de Sabra et Chatila, ou encore la toute récente guerre de Gaza, considérée comme sixième conflit armé israélo-arabe. Que fait la communauté internationale ? Rien. La critique de la politique israélienne est constamment taxée de refoulement antisémite, et les ennemis d'Israel sont associés au bourreau nazi. Ce rapprochement empêche quiconque de blâmer la politique de l’Etat hebreu, ne pouvant blâmer un peuple qui lutte légitimement pour son maintien, et encore moins blâmer un peuple pour sa seule nature religieuse ou ethnique.
Ils sont vraiment mignons ces occidentaux…

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Pourquoi Israel ferait des concessions alors que les palestiniens n'ont pas grand chose à mettre dans la balance (une politique de sanction régie par le droit international, par exemple, équilibrerait la balance lors des discussions), que ce contexte de guerre permanente lui permet de s'étendre (colonisation de la Cisjordanie) et que chaque effort de modération est suivi de grandes démonstrations de violences ( l’assassinat de Sadate, ancien Président de la République arabe d'Égypte, survint en 1981 à la suite de l'accord israélo-palestinien, ce qui provoqua l’exclusion de l'Egypte de la Ligue Arabe. De même pour l’assassinat de Yitzhak Rabin en 1995 par un extrémiste juif à la suite des accords d'Oslo, ou la Seconde Intifada à partir de septembre 2000, due au désaccord d'une partie de la population israélienne avec les concessions proposées par le gouvernement en place lors des sommets de Camp David II, en juillet 2000, puis de Taba, en juillet 2001…) ?
Se décharger d’un sentiment désagréable, tous les psychologues vous le diront, est en soit on ne peut mieux. Se faire pardonner est un pas vers le bien-être. Nos sociétés ne peuvent plus souffrir des fautes que la troisième génération n’auront bientôt plutôt plus connu. Repousser au loin nos cauchemars sincères, s’en sentir allégé alors que l’on n’a rien réglé, là est l’hypocrisie occidentale. Par son souci de se faire pardonner, l’Occident a créé un conflit insolvable, vieux de plus de soixante ans maintenant. La paix relative que connaît Israël à l'intérieure de ses frontières n'est qu'éphémère, ses affrontements avec le Hezbollah, mais aussi l'émergence de la puissance internationale iranienne, laissent prévoir le pire. Parallèlement avec cette "montée des périls", Israel qui sort d'un conflit sanglant durant l'hiver 2008, la guerre de Gaza, qui a fait plus de 1300 victimes palestiniennes contre une quinzaine israélienne, ne semble vouloir négocier qu'à la condition (ironie ?) qu'il n'y'ai pas de "conditions préalables". Cette volonté d'une paix durable ne peut pas non plus coïncider avec l'actuelle politique de Benyamin Netanyahou de colonisation de la Cisjordanie, impunie par la communauté internationale. Dès lors, peut-on voir dans l'actualité ce qu'on n'a jamais vu durant plus d’un demi siècle de tentatives d'instauration de la paix ? Est-on à l'aube d'une réconciliation ? Non, pas plus que nous le fûmes à la veille des accords d'Oslo, de Camp David ou des accords de Genève, bien que nous en fussions persuadés.
Ils sont vraiment mignons ces occidentaux… mais, parfois, qu’est-ce qu’ils sont cons.

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